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lundi 24 juin 2019

Ce Prince était un roi.

Ça devait arriver tôt ou tard, Prince me manque. Je l'ai chéri de très près, je l'ai admiré et, curieusement, quand il est mort, je n'avais pas éprouvé de tristesse. Il s'était paumé dans des quadruples albums et d'autres opus vendus avec des journaux quotidiens et il était devenu illisible à mes yeux, même si ses disques contenaient de bonnes choses. Ça, on s'en rendra compte plus tard, dans cent ans. Pour l'instant, ces ayant-droits ont entrouvert les portes des inédits et on peut voyager avec délice dans le temps à ses cotés. Et c'est là qu'on comprend qu'il y a un problème avec son nom. Être Prince c'est n'être jamais roi, c'est rester à jamais un mineur assis au pied du trône. Michael Jackson n'avait aucune validité à s'autoproclamer "King of Pop". Il était devenu trop fou et trop mauvais pour mériter ce titre un rien marketing. Néanmoins l'idée de royaume était dans l'air. Un trône était vacant, des sujets réclamaient un chef. C'est Prince qui aurait du décrocher la ceinture "heavyweight" et la couronne. Il suffit d'écouter les versions originales conçues et jouées par Prince de morceaux popularisés par d'autres pour se rendre compte que c'était lui le Patron, lui le Maître, qu'il a eu la main sur la Pop plus que n'importe qui d'autre en son temps. Quand il a intenté un procès à Warner, sa maison de disques, qui entretenait habilement la rareté du génie du bonhomme, quand il s'est mis à s'écrire "Slave" sur la joue, quand il s'est fait appelé AFCAP ou The Artist, il a perdu l'occasion de régner de manière indiscutable sur le business et la musique populaire au même titre qu'Elvis Presley l'avait fait. le Prince est resté Prince et il est mort Dauphin. Mais écoutons amoureusement cet album de pépites originales et rendons lui la couronne qu'il mérite. Il était un Roi. un Roi à la maestria inégalée. Que son règne arrive sur nos cœurs endoloris, béni par nos larmes et nos regrets. En effet, il n'est jamais trop tard pour pleurer. Pleurer d'amour.
Prince: sa version de "Love thy will be done", qui fit un hit pour Martika, est un très beau Gospel comme Elvis aimait en chanter.

lundi 3 juin 2019

Pour en finir avec la philosophie, son fossoyeur colèrique: Iggy Pop.

En matière de Rock il est quelques phares qui balisent de loin en loin le destin de cette musique tripale et enthousiasmante, malsaine et vivante. Iggy Pop en est un et un maousse. Je ne sais pas ce que je serais devenu sans l'influence déterminante de Pop et des Stooges. Je serais probablement mort en implorant un quelconque pardon d'un Dieu hypothétique. La matérialité brute du Rock et son esprit explosif et vivifiant m'ont sauvé d'une fin insensée. Aucune philosophie ne tient la route face à cet hymne rageur tiré du dernier album de Pop. Dieu lui-même se casse en catimini. Comme il le dit lui-même dans ce disque : "I'm nothing but my name." James Newell Osterberg Jr, dit Iggy Pop. Moi je ne veux pas de pierre tombale avec mon nom dessus. Rien. Je veux disparaître. Le monde à venir sans moi est une autre histoire, qui ne m'intéresse pas, qui ne me concerne pas. J'ai trop à faire avec l'actuel. Je veux juste qu'il y ait des fleurs, des coquelicots, des marguerites à l'endroit où je serai enterré et où les vers feront leur travail. J'espère que j'aurais fait le mien. Du mieux possible.
En attendant j'envoie chier tous les minables qui font leurs comptes avec Iggy dans cette déclaration de haine fraternelle :"Paraguay"

lundi 6 mai 2019

Un dernier pour la route ? Bof, même la route est usée...

Oui, on finit par trouver deux ou trois petites choses. Empruntées, le plus souvent. Une âme ? D'arme à feu.... Ce qu'on peut faire de mieux c'est en faire une chanson, un film, un livre. Et puis on meurt. Dans la solitude et la douleur. Peut-être il y aura-t-il une trace ? Pas sûr. Il n'est pas certain non plus que "l'après" soit de tout repos.
Type O Negative : "Everything Dies"
Peter Steele, le chanteur, et leader du groupe est le seul mec que j'ai vu avoir une contrebasse en bandoulière autour des épaules, genre basse électrique, et ne pas avoir l'air complètement con. Il est mort, évidemment.

Paul Weller en forme de John Ford accompagné par le clavier des Zombies et le chanteur des Villagers, excellent combo folk-rock britannique : "The soul searchers". Lui, il sait des choses.

lundi 8 avril 2019

Agnès Varda nous fait sourire de là-bas.

Les obsèques d’Agnès Varda ont été une sorte de garden-party joyeuse et colorée, rock et drôle. Je trouve merveilleux de susciter ce genre d'émotions, au-delà de la tristesse, le jour de son enterrement. Ca tient vraiment à ce qu'elle était, à son enthousiasme, son espièglerie, son goût du partage et de la mise en scène comme un travail à effectuer dans la gaieté. Alors, il y eut de la joie, comme quand on enterrait les Saints mais, contrairement à ce qui se passait avec eux, pas trop de lamentations et pas d'hystérie. Jusqu'à ces derniers instants à la surface de cette planète elle est restée spirituelle et prosaïque au travers des autres. Enfin, elle leur a transmis ça : l'esprit et le goût du réel. Elle a fait le job. Au revoir Madame Varda (J'espère que les obsèques de Luc Moullet seront du même tonneau, chez lui, dans les roubines, parmi les fous.)
Coup double en hommage : Scott Walker chantant "My death". Les seuls versions supportables des chansons de Brel sont celles de Walker.

mardi 26 mars 2019

Scott Walker Black Label

Scott Walker vient de mourir et c'est triste. J'aimerais pondre un post chiadé, chantourné, aristocratique, comme ses chansons l'étaient. Je n'y parviendrai pas. C'est un génie, et pas moi. Je peux dire deux ou trois choses tout de même. La première est que la Pop vue par lui se transforme en grand Art, qu'il a marié comme personne des ambitions littéraires et musicales et le format de la chanson populaire d'origine rock. Il parlait de Stalinisme, de spleen dandy, du "Septième sceau" de Ingmar Bergman, le tout avec un sens de la mélodie impeccable, sur des lits d'arrangements pour orchestre eux-mêmes renversants qui servaient sa voix incroyable. C'est la deuxième chose, la plus notable : son timbre de crooner véritable, chaud et distancié à la fois qui m'a toujours ému, voire bouleversé. Il n'était pas sceptique, ni cynique, sa façon de mettre son âme en jeu était toujours noble, travaillée et soignée à l'extrême -comme le faisaient Spector, Wilson, Bowie- propice à l'élévation. Il misait sur l'intelligence de l'auditeur et ça marchait, La sienne ne lui a jamais fait défaut. Son corpus intrigant de chanson est à pleurer, son exigence louable, ses disques immortels. Ces traces musicales de chemins escarpés et de sommets solitaires il fait bon les emprunter seul aussi, se laissant aller à ces berceuses sophistiquées qui amènent avec joie au silence, au repos, au sommeil. Je me dis donc ceci : que Scott Walker dort et que moi je vais remettre un de ces albums, enchanter ma peine par son chant à lui, magique. Les meilleurs LP, à mon goût, s'appellent "Scott 1", Scott 2", 3 et 4. Pile de quoi, quand on finit le tome 4, se replonger plus précisément à chaque fois, dans le premier.
Il a fini par retrouver sa "Time oprator", au bout de la nuit.

Un avertissement aux jeunes du bloc de l'Est qui croyaient à un assouplissement du régime communisme.On peut rêver plus glamour comme thème de chanson. On ne peut pas rêver de ligne de basse plus groovy.
"The old man's back again."

"Montague terrace in blue" Motif italien, batterie tonitruante, larmes retenues.

lundi 18 mars 2019

Hal Blaine bat le tambour du Rock n' Roll

J'ai le coeur qui bat trop vite et trop fort. Je ne devrais pas écouter autant de rock n'roll, c'est mauvais pour moi, pour ma santé. Mais c'est comme ça, certains avancent à un rythme modéré, à la coule; d'autres sont tellement zen qu'ils sentent à peine leurs jambes avancer et leur coeur battre au rythme de la marche; moi j'avance au son du tambour ("beat of a drum"), grognant et rugissant. Au fond, je suis comme n'importe quel groupe de rock lambda : j'ai besoin d'un batteur. Et justement l'un de ceux qui m'ont fait le plus me ruer à fond de train vers à peu près tout, y compris la déchéance, et la fatigue, vient de mourir. Il s'agit d'Hal Blaine et je lui rend hommage. Il était musicien de session à Los Angeles et disait avoir 35 000 enregistrements à son actif. Membre fondateur du "Wrecking crew", il a officié dans des disques classiques et même canoniques de Phil Spector et ses Ronettes, des Beach Boys, des Byrds, de Sonny and Cher, définissant un son, imposant un gimmick. A tel point que quand je ne connais pas le nom du batteur qui joue avec tel ou tel artiste des sixties ou seventies et que je le trouve bon, je me dis que ça doit être Hal Blaine qui tambourine sur ma poitrine. Ce n'est pas un poids mais ça pulse, ça pulse et je me fais vieux, toujours plus vieux. Et, fin du fin, je suis toujours autant en colère. Ce n'est pas bon d'être aussi en colère à mon âge. Cependant Bowie disait, quand il a chanté dans Tin Machine : "You belong in rock n'roll". Oui, c'est ça, j'appartiens au rock n' roll, jusqu'au bout, jusqu'à la dernière ligne du dernier rouleau, envoûté, marabouté, à ma place. Au bout du bout, à l'heure du calme et du repos obligé, mon dernier battement de coeur, je le devrai peut-être à Hal Blaine.
Tin Machine : "You belong in rock n'roll"

Imparable. Le mur du son de Spector. Les Ronettes : "Be my baby".

Ce qui amènera Dylan au Rock. C'est Blaine qui joue.

lundi 26 novembre 2018

Roeg, Bertolucci : le bon et l'abruti.

A force de parler de la mort ça finit par arriver. Mais de quoi voulez-vous parler d'autre, à part d'amour, de sexe et d'argent ? La nature ? Certes, mais la nature c'est la mort pour une grande part. Donc Nicolas Roeg et Bernardo Bertolucci sont morts. Je laisse Bertolucci à sa pesanteur et à ses mini-scandales encore plus lourds, sa betise théorisée, ideologisée.
Des deux, le bon c'est Roeg. Deux films de lui à voir : "Performance" d'abord avec James Fox et Mick Jagger, où un gangster poursuivi par des ex-collègues se planque chez une rock-star déchue. Là, dans cette maison/prison, le réalisateur appuie sur les similitudes entre le show-bizz et la pègre et montre les rapports homo-érotiques dominant/dominé qui s'instaurent entre les protagonistes dans une ambiance sordide et baroque arbitrée par la perverse Anita Pallenberg, copine de Keith richard, dont la scène de cul avec Jagger gagna en son temps un prix dans un festival de films pornos. Décadence, déchéance, mort. Nous y voilà.
Ensuite " Ne vous retournez pas." Film d'angoisse pure dans lequel un couple, Julie Christie et Donald Sutherland excellents tous les deux, essaye vainement de se remettre de la mort de leur petite fille, tentant un deuil impossible dans une Venise labyrinthique, hivernale hantée par les vents et les fantômes. Mort, impuissance, frayeur, mort encore. Le tout éclaté comme un kaléidoscope baroque, brillant, virtuose, déboussolant. Atteindre son objectif (faire peur) sans battre la mesure, sans surligner l'effet mais en soutenant l'effort, c'est là la marque d'un bon cinéaste. Plus une mise en scène est visible, avec des tics et des trucs, moins elle est bonne (c'est pour cela que les frères Coen et Tarentino sont des merdes). Chez Roeg elle est voyante (médiumnique), elle affole mais ne fait pas de clin d'oeil,  elle est électrique, dérangeante, pleine de baroquismes haletants et finit par emporter le morceau du goût esthétique par sa course échevelée. C'est un moyen de prendre le spectateur dans un tourbillon pour lui faire rendre gorge et l entraîner dans le malaise. Un moyen maîtrisé qui fait mouche plutôt que du plat. Mais attention, on est pas dans le classicisme et très loin de l ascèse ! Nicolas Ray faisait des films comme ceux de Roeg : fiévreux, emportés, chargés d affects et pourtant sans un pet de graisse.
Deux choses à noter : l'importance des couleurs dans le cinéma de Roeg, et de la lumière. Il avait éclairé "Laurence d'Arabie" pour Lean en son temps. On est pas près d oublier le petit anorak vermillon parcourant Venise comme une brise putride ;deuxièmement, la B.O. de "Perfomance" permit à Keith Richard d'apprendre de Ry Cooder l'accordage de guitare en open-tuning en Sol qui offrit à Keith ses plus grands tubes. C'est Ry qu'on entend sur le morceau "Memo from turner", excellent, turpide, visqueux, chanté par un Jagger habité que l'on voit aussi, dans le film, entonner un blues primal et effrayant, encore plus morbide.


lundi 12 novembre 2018

Les Beatles jusqu'à la mort et après.

Les Esher demos viennent de sortir officiellement à l'occasion de la parution d'un coffret célébrant le cinquantième anniversaire du "White album" des Beatles, sorti en 1968. Elles tendraient à battre en brèche l'idée que le "Blanc"a été enregistré par des musiciens qui ne se parlaient quasiment plus, tous à couteaux tirés les uns avec les autres. Elles ont été faites à la coule chez George Harrison, à Esher, et les Beatles ont l'air tranquilles, sereins. C'est pareils pour les inédits studio, en particulier les jam-sessions captés à Abbey Road et qui les montrent riants, détendus et géniaux. Le travail de remixage effectués par Gilles Martin, le fils de George Martin qui enregistra l'album à l'époque est tout simplement remarquable et on peut enfin écouter les titres avec une bonne stéréo, qui se rapproche de celle du vinyle. Le mix inédit des deux guitares de "Révolution" et de la batterie primaire de Ringo est formidable, je l'ai écouté les yeux fermés, quasi en transe. Purée! Tout est d'un niveau exceptionnel, et vaut l'achat ou l'abonnement.
Et pourtant alors que tout semble baigner dans l'huile, quelques années plus tard, John Lennon enregistrera ce titre magnifique et acerbe destiné à Paul Mc Cartney où il se demandait comment son ex-complice dormait la nuit. Dans la chanson, il le traite carrément de "con". Harrison est là, Klaus Voorman aussi, fidèle depuis la période allemande, et Nicky Hopkin,s qui assure le clavier avant de se retrouver à Nellcot, en France à enregistrer "Exile on main street" avec les Stones.
Lennon dira plus tard qu'il peut très bien avoir eu cette colère contre Paul et que ça ne signifiait rien de profond.
Quand Lennon fut tué et que Yoko en avertit Mc Cartney, celui-ci lui demanda ce que John disait à son propos. Yoko lui répondit que John ne cessait de dire qu'il était son frère. Rasséréné, Paul raccrocha et alla affronter les caméras. A la télé, il apparut froid. Qu'importaient les médias, il savait ce qu'il voulait savoir.
Moi, je ne sais pas à quel point ces deux-là se sont aimés et haïs. Je sais qu'ils étaient géniaux ensemble (que celui qui reste l'est encore). Alors, je suppute, je m'interroge et mes questions n'auront jamais de réponses, des bribes peut-être, le reste est dans les limbes. Qu'importe au fond, je chicane; la musique est là, intacte, merveilleuse, profonde à l’extrême.
Je vomis tous les jours l'assassin de Lennon et je me demande pourquoi personne ne veut tirer sur Pascal Dusapin ou Philippe Sollers ? Pourquoi ? Le Star-système est bien fait et ils n'en valent tout simplement pas la peine. C'est pas "pas assez connus", ils sont ultra-connus, c'est simplement pas assez bons pour qu'on prenne le temps de délirer sur eux. Pas assez vitaux pour personne.
Du vital, donc : John Lennon ; "How do you sleep ? "

lundi 17 septembre 2018

David Bowie, Glen Campbell : deux gentils fantômes

Il était temps qu'un artiste majeur s'y colle. C'est Weller qui l'a fait sur son dernier album, très beau, très épuré "True meanings". Faire quoi ? Rendre Hommage à David Bowie Voici la chanson. C'est bien que ça soit Weller et pas Elton John. Elton John il est bon pour Lady Di et George Michael, pas Bowie, même si.... Vous comprenez ? Non ? Alors révisez.
Après, une petite interview du Modfather sur ce qui l'influence et le motive.
Paul Weller : "Bowie"


Ci-après l'hommage d'un artiste moins important mais néanmoins très bon.
Bertrand Burgalat : "Tombeau pour David Bowie". Les Tombeaux....une bien belle tradition.

L'autre jour quelqu'un me parle de Glen Campbell, le créateur du très grand morceau "Wichita line man", composé par Jimmy Web. En France sa mort est passée quasiment inaperçue l'an dernier. Lang en a parlé sur RTL, il y a eu une page dans le numéro récap de l'année des Inrocks et c'est à peu près tout. C'est peu pour un mec qui a travaillé avec Elvis, Johnny Cash, les Beach Boys etc, etc...
Ce n'est pas très grave, un type qui chante ses dernières chansons entouré de ses petits enfants ne doit pas se soucier outre-mesure des hommages, de toute manière il a réussi sa vie. Il est mort des suites de la maladie d'Alzheimer alors, effectivement, il y avait des "fantômes dans le canevas". Qu'importe? Moi, je me souviens aussi de Glen Campbell.
Pour combien de temps ? Pas très grave. L'ami qui m'a parlé de Campbell est jeune, lui.

lundi 20 août 2018

Death Disco.

Il y a la peste et le choléra, le vulgaire palu, le Sida, l'ancienne phtisie, toutes sortes de pandémies reconnues par l'O.M.S comme détestables car sévèrement infectieuses et létales. C'est d'accord. On peut ajouter que les catastrophes naturelles courent les rues en costumes de typhon, de tsunami, d'avalanche et autres gamineries de ce genre (qui s'amuse ? On ne sait.). Oui, c'est vrai aussi. Les menaces endémiques à l'espèce humaine : l'atome, le réchauffement planétaire, les famines provoquées par de sombres conflits de voisinage pullulent et nous jettent un oeil plein d'ardeur..... Et puis il y a John Ozila
John Ozila n'a pas encore été catégorisé par l'O.N.U dans l'ordre des Armageddons probables et sa diffusion est resté cantonné à quelques dance-floors surchauffés et à quelques esprits savamment décadents à la des Esseintes. Heureusement. Car si quelque terroriste un peu à la page de l'armement moderne s'avisait de répandre cette musique à grande échelle sur la planète, cela sonnerait le glas de tout forme de civilisation un tant soit peu avancée. Bref, la fin des haricots, du beurre et du muscadet qui se marie si bien avec les deux. Je vous avertis, ce qui suit est à manier avec la plus grande précaution. Éloignez les enfants, gagnez votre panic-room, enfermez vous-y et écoutez. Si vous commencez à taper du pied, vous êtes fait comme un rat. HA HA HA, Hasta la vista, baby !

Rien que la pochette, c'est cuit. Le groove de la Mort, c'est lui.

mardi 22 mai 2018

Voir des choses.

Sur le cinéma, que dire ? Que ce qui pourrait être un art majeur, décisif, éclairant, dans le grand panorama des arts, n'est plus qu'un paysage délétère et obscur qui mène infailliblement à la pornographie. Qu'on aurait du se méfier de cette essence pornographique du cinéma et n'en faire qu'avec beaucoup de précaution, se méfier de la pulsion voyeuriste qu'il satisfait. Qu'il a fallu un code aux Etats-Unis (le code Hays) et pas mal de bonne volonté dans d'autres pays (et même l'aide de certaines dictatures) pour que ça ne soit pas immédiatement les hommes et les femmes les pires qui fassent du cinéma. Que ce temps est arrivé, qu'il n'y a pas pire qu'un Dolan ou un Von Trier, pas pire qu'un Vim Diesel ou qu'un Jason Staham et qu'on ne voit plus à l'écran que de la violence ou du sexe, calculés pour nous faire jouir à l'heure exacte et voulue entre deux repas au Mac Do. Fini le cinéma, ratiboisé, à de très rares exceptions près, qui continue d'exprimer quelque chose avec le mouvement enregistré et projeté, ce que Robert Bresson refusait d"appeler "cinéma" et qu'il appelait "cinématographe", toujours. Que les marges elles-mêmes ont disparues, nettes propres, emportées avec la frénésie de tout voir qui se déchaine en particulier sur le net, et dans les séries, qui font encore "plus vrai", qui permettent "d'aller plus loin". Que le cinéma, comme l'opéra du XIX siècle et la tragédie du XVII, est mort de trop de puissance, dépassé par les monstres qu'il a lui-mêmes engendré : la télé et le net. Pleurer ? Peut-être, en regardant de vieilles images muettes. Comme dans "Le rayon vert" de Rohmer, l’héroïne pleure. "Le rayon vert"... quelqu'un se rappelle que c'est tiré d'un bouquin de Jules Verne ? Qui dit qu'on ne voit bien qu'avec le coeur. Le coeur... ce qu'il y a plus facile à berner et à saisir. Aujourd'hui rongé d'images putrides et de sons abrutissants;  qu'on calme comme on peut, avec des Xanaxs ou des joints et qui a besoin de nourritures saines alors qu'on le gave de mal-bouffe sentimentale et émotionnelle. Le coeur, ce qu'il faut tuer pour avoir le pouvoir. Et ça marche. Le coeur est mort, avec John Wayne, avec E.T., avec "Apocalypse now", "Heart of darkness" et les sucreries qui se vendent à l'entracte, tout droit sorties de la chambre froide. Pleurer ? Merde alors !
Ci-dessous. La fin des haricots. La mort, tout confort.

Et elle se plaint Asia Argento ? Non, mais de qui se moque-t-on ?


lundi 5 mars 2018

Le jeune homme et la Mort. Une histoire rapide du Rock.

Mais qu'est-ce que c'est donc que le Rock ? Ah, ça c'est de la question !
Le Rock, dans son acception première, la plus primitive, est une une musique simple, ultra simple qui insuffle à ses auditeurs une énergie phénoménale, monstrueuse, dantesque. Cette énergie est celle du Principe du Plaisir qui dit que tout ce qui n'est pas jouissance doit être balayer au profit de cette jouissance et que seul compte la puissance ravageuse de l'orgasme. Le Rock est une éructation qui dit "Merde" à tout type de contraintes : les parents, la bienséance, la politesse, l'école. Le Rock est un appel à l'orgasme, répété encore et encore jusqu'à ce que mort s'en suive, sans que le Principe de Plaisir n'ait pu se transformer en un mode de vie durable et supportable en se confrontant au Principe de Réalité. Le Rock est tourné vers la Mort, vers la Jouissance, irrécupérable par la Vie mais -Attention !- pas par le Business. C'est une psychose qui explose la tête et si vous n’atterrissez pas d'une manière ou d'une autre au terme d'un apprentissage du Désir et du Réel, vous mourrez fou, pauvre et seul. C'est aussi une manière de se purger de la Pulsion de Mort et de continuer à vivre plus ou moins bien.
Voilà c'est d'abord ça le Rock. Pas brillant, hein ?
Ensuite, il y a des nuances crées par la vie de chacun et il peut revêtir des significations et des formes qui ne sont pas entièrement folles, morbides et négatives. Négatives ? Oui... mais...mais je dois dire que je prends encore un plaisir coupable -et morbide- à écouter ce que je vais mettre en-dessous, que je suis encore dans le déni de tout ce qui m'empêche de jouir et dans l'exaltation de cette forme de musique qui me tient lieu de psychologie pour un temps primaire et bref. Je reste parfois, à 50 balais passé, un jeune con de seize ans, qui est frustré et trouve dans le Rock un moyen de se libérer. Cette libération est bien sûr une horrible prison dont on ne sort que les pieds devant à moins de s'en libérer à son tour et de passer à autre chose. Mais comme dit l'autre "Andrew W. K. est le Chevalier Blanc du Fun" et je me rallie parfois encore à son panache crasseux. Fucked forever !
(A noter que dans la vidéo le gars est tout seul, complètement seul et, en fait, il se branle...)
Monte le son, bébé ! Andrew W. K. "She is beautiful".
Je suis mort ? Ouais, plein de fois.

lundi 26 février 2018

" Rock is dead, they say, long live Rock ". Pete Townshend

Le Jazz rance ? Le Jazz mort-vivant ? Et le Rock, me direz-vous ?
Et bien le Rock est dans le même état. Finito, mortibus, dead. Évidemment on en entend encore un peu à la radio et des vieux grognards de 7 à 77 ans en parlent comme s'il s'agissait d'une force vive. C'est faux. Ce n'est plus qu'un souvenir qu'on peux réactiver à l'envi sur les étagères bien remplies du monde post-moderne. Qu'est-ce que vous prendrez mon petit Monsieur ? Du Eighties en compote (Fishback) ou du grunge anémié en flocons (Screaming Females) ? Moi ? Oh, du vintage svp, avec fuzz et second degré. Mettez-moi du Liminanas, monsieur le businessman. C'est rance au possible mais jouissif. Pour moi, je dis bien pour MOI, qui suis un pauvre type qui voit son idiome musical naturel complétement moribond s'écrouler un peu plus tous les jours que la Machine Molle (cf Jagger et le film "Performance") nous met sous le nez....Ce sont maintenant le Rap et l’Électro qui remplissent les fonctions "chansons" et "exutoire à énergie mal dirigée à faire autre chose que de la politique". Et c'est très bien comme ça. King Krule et Migos font le boulot d'Hüsker Dü et de Pavement et je n'y trouve rien à redire.
Parfois (rarement) il se produit un truc bizarre, des types sortent des chansons qui sont tellement belles qu'elles viennent prendre leurs places parmi les classiques du Rock après un chouïa d'écoute. C'est pas de l’esbroufe, c'est "The real Thing"! Ariel Pink fait des trucs comme ça. Deerhoof aussi. Ça actualise d'un coup la vieillerie rock et la peinturlure aux couleurs du temps présent, neuve et exquise. J'écoute en ce moment quelque chose de beau qui me met les larmes aux yeux sans trop de ridicule ni de rimmel et ce n'est pas un groupe-clone de Kiss ou de New-Order. Ce sont les Lemon Twigs. Ces mecs sont au niveau de Brian Wilson et sont pourtant frais et jeunes en un mot : actuels. Ca coule de source, une source où boire sans fin la meilleure eau du Rock. C'est pas Jack White, bande de neuneux, c'est plus inventif, plus moderne ( carrément post-moderne), ce sont les The Lemon Twigs ! Des preuves ? Depuis le temps, mes bons Saint Thomas, vous devriez savoir que j'en ai sous le coude...


lundi 11 décembre 2017

A mort Johnny !

Hypothèse...et si Johnny y passait aussi....
Je me souviens d'une copine qui me disait : "le jour où Johnny va mourir tu vas voir les mémères balancées par les fenêtres. Ca va valser..." Jusqu''à présent on ne dénombre pas trop de cas de défenestration, enfin, j'en n'entends pas trop parler ; ça viendra. Mais Johnny c'était le chanteur résilient par excellence, non ? C'est pour ça que les gens l'aimaient., non ? On s'en fout A part les tous premiers trucs, c'était vraiment de la merde, tout simplement.


mercredi 13 septembre 2017

Steely Dan moins raide que la mort...

Comme je l'avais dit dans un post précédent, les idoles toujours plus nombreuses et plus imprimées dans l'esprit des gens depuis la grande époque des médias de masse triomphants décanillent maintenant dans l'au-delà à vitesse grand V. Ce n'est pas surprenant mais ça tombe dru et c'est parfois triste. La disparition de Jerry Lewis ne m'a pas fait plaisir. Il m'a tellement fait rire celui-là. J'aimais le fait qu'il soit encore en vie, ça me rassurait. Au moins Jerry Lewis était de ce monde, cette pensée me rassérénait.
Et puis, Walter Becker est mort il y a peu. Il était le guitariste et co-fondateur de Steely Dan qui reste un de mes groupes préférés, de ceux qui produisent une musique "populaire" qui s'élève à la hauteur de la musique dite "savante". Donald Fagen, son comparse de toujours, doit être dévasté. Moi, ça ne me plaît pas non plus. C'est pareil que pour Lewis, je me disais que quelque part en Californie ou ailleurs ces deux-là fourbissaient un coup de Jarnac du rock, encore un album impeccablement bon, dans la haute lignée des autres, tous excellents depuis le début. Voilà c'est fini. Reste la cire, les CD, les MP3, que sais-je encore ? pour rendre les sons magnifiques des guitares de Becker, de sa basse. Bah, c'est même pas la peine, au fond. Vous savez pourquoi ? Les parties guitare du morceau que je vais mettre ci-dessous, je les ai tellement en tête que je n'ai même pas à l'écouter pour les entendre. Allez, in memoriam.
https://g.co/kgs/8nTs1M

dimanche 27 août 2017

"Rock is dead, they say..." The Who

Je vais te dire un truc. Tu vas mourir. Tu le savais ? Ouais, t'y as jamais vraiment réfléchi... Et bien imprègne-toi de cette idée et maintenant retourne vivre. Je te conseille de t'accrocher à quelque chose (même au Rock) parce que ça va secouer dans tous les sens, et toi, tu seras pas le dernier à t'agiter et à touiller la bouillabaisse en espérant tirer les marrons du feu... En vain ? J'ai pas dit ça. Pour mourir il faut d'abord être en vie. Mais tu vas mourir.

mercredi 2 août 2017

Jeanne, Jeanne, réveille-toi, il est l'heure. Jeanne, Jeanne, endors-toi, il est temps..

J'écoute Gainsbourg toute la journée, je glandouille, je marine tranquillement et le soir arrivé, j'apprends le décès de Jeanne Moreau. Bing ! Les liens entre Gainsbourg et Moreau sont légions, il lui avait même promis un album mais, finalement, il ne l'a jamais faite chanter. Je ne mettrais pas un truc de l'un pour l'autre mais je dirais l'importance qu'ils ont eu dans ma vie. Gainsbourg a défini en partie mon esthétique et m'a procuré des émotions musicales et littéraires sans pareil mais c'est encore plus "grave" pour Moreau. Elle fait partie des quelques actrices françaises qui ont construit mon image mentale, fantasmatique, réelle, de la femme. C'est immense. Jeanne Moreau, elle est dans ma tête à jamais, comme B.B., Romy Schneider, Jane Birkin, Isabelle Huppert, Miou- Miou, Danielle Darrieux, plus quelques actrices américaines et italiennes. C'est tordu, Jeanne Moreau a eu sa part dans mes plaisirs, dans mes amours. Ca paraît un peu dingue mais je suis un enfant de la télé au moins autant que de mes parents. Il y a un film que j'adore c'est "Viva Maria", entre Barbot en tendron érotomane, Moreau passionaria, sur une partition enlevée de Jean Claude Carrière dirigée avec vivacité par un Louis Malle en forme, c'est du cinéma bohème de 1920 dans les années soixante-dix et finalement Moreau, pour moi, elle vient de là, de Paul Morand, de Fargue et Brassaï, du Montparno libre des années vingt et trente mais pour le grand public. Ca a mis trente ans à arriver et elle l'a incarnée comme personne cette liberté...Et puis, je ne peux pas rêver d'une meilleure interprète pour le chef-d'oeuvre de Mirbeau "Journal d'une femme de chambre", mis en scène par ce diable de Bunuel. Alors je vais juste mettre une photo et c'est tout, une image, une magie, pas "la" photo, une parmi tant d'autres. Pour Jeanne Moreau, une photo d'elle en blonde platine avec Claude Mann sous la caméra caressante de Jacques Demy dans "Baie des Anges". Le jeu, la liberté, l'amour, la mort.


mardi 23 mai 2017

Va, Chis(tophoros) Cornell, repose-toi. Il n'est rien arrivé à Manchester ce jour-là

Ainsi Roger Moore, lassé de son boulot d'ambassadeur de l'UNICEF, s'est fait péter la couënne après un concert d'Ariana Grande à Manchester, Royaume-uni, entrainant dans son ultime voyage bondien de jeunes décérebrés venus voir s'agiter quasi nue la jolie star américaine. Peut-être même était-il en train de se faire sucer par une ado à peine pubère qui le prenait pour le père Noël en vacances. Tu parles d'une éjac....
Non, ça s'est pas passé comme ça. Je ne devrais pas écrire ça, c'est de mauvais goût.
MAIS, l'humour étant le refuge ultime des desespérés et outrepasser les limites du bon goût étant le seul moyen que je connaisse pour rétablir en ma faiblesse mentale des bornes vacillantes, je vais laisser le texte quand même, comme une tentative d'exorcisme sale, dégueulasse.
Ainsi Roger Moore est mort...
Ainsi les djihadistes font des cours de morale à nos petits hédonistes en herbe...
Dejà il y a largement de quoi pleurer toutes les larmes de son corps. J'apprends par là-dessus que Chris Cornell est mort. Il s'est suicidé.
J'avais, comme pour Moore d'ailleurs, une tendresse pour Cornell. Il était peut-être un peu limité parfois mais il a composé quelques bonnes chansons et les a surtout chantées de sa voix puissante et mélodieuse. Je crois que ma dilection pour Cornell tient en partie au fait qu'il était malade, dépressif avancé. Il chiquait pas au truc, il chantait tant qu'il pouvait mais sinon ce n'était vraiment pas la joie. D'ailleurs dans la fournée Grunge de Seattle, il y avait beaucoup de malades psy qui ont fait des morts plutôt propres (Vous connaissez le programme de la rock-star, non ? "Live fast, die young, leave a clean body".) Cornell avait mon âge, ce n'est plus si jeune et pas si vieux. Oui mais voilà, il n'avait pas mon sens de l'humour. Ca l'a tué le pauvre.
Allez, deux trucs de lui que j'aime bien.
En solo, "Sunshower". C'est toujours des ténèbres que l'on parle le mieux des "douces douches de soleil".
"Je marchais dans la nuit vers le Marché+, comme tous les soirs de l'hiver. Il n'était pas loin de 21 heures, l'heure de la fermeture. Il faisait froid, j'avais ma veste doublée en laine, des gants et le casque de mon balladeur sur les oreilles. Au Marché+ j'allais peut-être voir une caissière mutine que j'aimais bien. C'était une perspective agréable. C'était ma seule marche de la journée, j'avançais facilement. Je revenais juste d'un pays d'ombres et de voix, ensorcellé et maléfique. Il faisait bon goûter la morsure du froid, l'idée d'une jeune-femme, l'allant de la marche. J'écoutais "Sunshower" de Chris Cornell et le lyrisme du morceau convenait bien à mon état d'esprit de décalage plutôt réjoui, d'humeur claire/obscure et de disponibilité à un peu de courant de vie. Dieu me pardonne, mais, si ce n'était certes pas le Paradis, il faisait bon marcher dans l'hiver en écoutant cette "Douche de soleil" et vibrer au son de la voix et de la guitare de Chris Cornell. Oui, le son dans ma tête était bon, et le goût sur ma langue était doux."

Avec Soundgarden : "Rusty cage". Il n'en est jamais sorti. C'est ça la beauté terrible de la folie.



Ce truc a été repris par Johnny Cash, qu'il est de bon ton de déprécier cet an-ci. Fuck off, c'est méchant ce truc, ça mord, ça mort, c'est Cash "You scare me John..." dit son ami Kris Kristofferson.

lundi 16 janvier 2017

Débuter - Finir

A force de me réduire à l'impuissance quasi totale de peur qu'au moindre geste esquissé la merde me tombe dessus à pleins seaux, j'en suis arrivé à une vie presque complètement végétative, presque nulle. Le coeur bat trop vite pour ce temps froid, le sang peut se figer d'un instant à l'autre dans l'angoisse. Je m'y connais en auto-mutilation et ceux qui m'entourent savent me faire tenir à ma place (garde-à-vous-fixe) qui existe à peine, sur le bord du bord de la vie. Donc pas de résolutions de nouvelle année. L'attente de la mort idiote et souveraine et l'espoir, fou, de sentir et de voir à nouveau un printemps. Ciao.
J'ai pas vu le clip, s'il est mauvais tant pis.



mardi 22 novembre 2016

Mort de Leonard Cohen, deuxième.

Je ne sais pratiquement rien de Leonard Cohen... enfin, un peu quand même...Je vais vous dire...Je sais qu'il était orphique, à la coule jusqu'à charmer les pierres, "Allright" dirait Mick Jagger. C'est quoi mon parcours avec Leonard Cohen ? D'abord, c'est mal parti. Je l'ai vu en concert en 1985-86 dans un festival au fin fond de la Bretagne où j'étais allé pour voir les Ramones. En plein après-midi, sous un soleil de plomb ses "chansonettes" ont gavé mon âme de jeune ignorant bouché qui n'aimait rien tant que le volume sonore puissant et la rage. Les Ramones furent annulés, pour moi, le clou (et la bonne surprise) de la journée, ce fut Depeche Mode...Je ne sais pas si Cohen était bon ou pas, rien vu de lui ce jour-là.
Un peu plus tard, en 1987-88, il sort un album plutôt électronique et j'ai saisi la beauté de l'effort, sa réussite. J'ai écouté les paroles de l'hymne "First, we take Manhattan" "I don't like what you did to my sister....then we take Berlin...." S'il y avait bien une ville à delivrer c'était Berlin. Pas des cocos, pas seulement, de tout, du poids de l'Histoire et recommencer tout de A à Z, là-bas. Ca me paraissait une bonne idée. J'étais raccord avec Leonard, je le suis resté. A l'époque il produisait aussi des albums pour sa choriste fétiche, Jennifer Warnes, qui étaient bons aussi. De temps en temps, il donnait des nouvelles de lui et du monde. Orphique tant et plus, il nous le révélait comme un phare, une balise, jamais avare en questions, en prières, en réponses esquissées et lancées vers nous comme des...pierres, lourdes mais pouvant servir à paver une route. Il y a eu l'album tribute "I'm your fan" et quand j'ai vu le casting des musiciens qui rendaient hommage à Cohen, j'ai compris définitivement l'influence énorme qu'il avait sur la musique contemporaine. Des étés malades durant j'ai écouté "Lover, lover, lover" chanté par Ian McCulloch. Jeff Buckley à enfoncé le clou avec sa reprise mirifique de "Halleluja". Buckley (le fils) m'ennuie en général, pas là. La chanson est tellement bonne, je découvre l'originale, elle est pratiquement aussi merveilleuse. Les grandes oeuvres, c'est comme ça, ça encaisse presque tout. Pendant ces années, Cohen se planque dans un monastère Bouddhiste en Californie tenu par un japonais et un allemand. Un cauchemar étonnant dans lequel il persiste, lui que je croyais lié definitivement à la Méditérannée. Mais y a-t-il si loin de l'île d'Hydra au mont Athos ?
Et puis il y a eu le retour, sur disque et sur scène. La voix plus grave qu'un secret de jeunesse éternelle, le chapeau cachant le cheveu ras et blanc, la douceur et la force du voyageur. Le voilà incarné en ce qu'il a toujours été : le juif errant, détenteur de toutes les histoires, gardien secret d'incantations, créateur de remèdes antédiluviens. Cohen m'enchante définitivement, encore et encore, il allait mourir. Il chantait à Londres, à Dublin. Les albums se succédaient, il berçait mes nuits réveillées chez Georges Lang, tout roulait. Le dernier opus est arrivé un peu rapidement; Bowie nous avait fait le coup, ça n'a pas loupé, une dernière prière - qu'il va falloir décrypter de près - et il est parti.
Voilà ce que j'ai vécu avec Cohen. C'est peu, je l'ai dit mais c'est assez intense. Je ressort moins con de sa fréquentation et empli de beauté, c'est pas mal. Il me reste un peu de temps pour me pencher sur son corpus littéraire (romans, poèmes) et ses disques maintenant que mes a-prioris de jeune dingo ne sont plus.
Je suis un vieux fou alors, je vais bien écouter, bien lire et profiter, et me souvenir. (Pendant que j'écris ces mots, il passe à la radio, sa voix est si belle).