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mardi 10 mars 2015

A man vanishes.

Me voici revenu à Bashung. Comment cela se fait-il ?  Je l'ai méprisé tant d'années... Peut-être la mort que je sens présente. Je l'avais quitté en 1986 avec "Passé le Rio Grande" et le mirobolant single "S.O.S. Amor", subtile et bavarde éclaircie d'absurde rigolo du parolier Boris Bergman et me voilà en train d'écouter "Comme un Légo", prêté au déjà malade Bashung par le grave et impitoyable Gérard Manset. On ne peut pas dire que la vie ait été légère à l'alsacien. Il avait trouvé une sorte de posture d'équilibriste du désespoir toujours élégant du temps où je l'écoutais plus jeune. Les bombes H et les SS 20 étaient désamorcés par des rires francs et terribles qu'on osait pas pousser jusqu'au bout, jusqu'aux conséquences ultimes, trop trash, trop, violentes. Bashung nous aidait à dédramatiser, chic envapé de fumées trop épaisses qui traînait sa carcasse dans les mêmes parages que nous. "Nous" ? Une bande d'artistes trop frais, trop naïfs, trop méchants, pas assez durcis, pas assez cyniques, pas assez comédiens. Des branleurs. Le temps a fait son oeuvre délétère. Et là, paf, maintenant, "Comme un Légo". Chloé Mons, la compagne de Bashung, disait un jour qu'elle s'était engueulé avec son homme parce que celui-ci avait décidé de la chanter sur scène et que, pour elle, ça voulait dire que Bashung abdiquait devant la Mort qui arrivait. C'était vrai. On ne chante pas les chansons de l'oracle Manset sans conséquence et le trouvère grave trouvait là un exorcisme final dans la litanie sépulcrale qu'il fallait sortir sans tergiverser, les yeux dans les yeux de la Mort et le poids de la Vie sur les épaules. Bashung à eu à coeur de finir comme ça, dans le sublime et calmement. La Beauté n'est plus alors une option, une conséquence, "toujours ça de pris", c'est un cadavre qu'on exhibe sur ses genoux et qu'on fait parler comme une poupée de ventriloque. C'est ce qu'il s'est astreint à faire, durement, lentement, sûrement, sans défaillir. Puis il est mort, bien sûr, libéré d'une quête aboutie, loin du Rio Grande, loin des oiseaux et des lavabos, simplement mort.


mardi 25 novembre 2014

Des nouvelles du Rock : Joujou.

L'autre jour, j'ai vu un très bon groupe de Rock à Rennes, un duo nommé Joujou. J'ai chopé l'article d'un enervé de la plume qui se laisse aller à la dithyrambe de manière exagérée mais pas si conne. Je le mets.
"
C'est le 20/11/14 au soir que le duo originaire de Bayonne, Joujou, s'est produit à l'Antre2Café, le café associatif de la rue Papu et y a déclenché l'enthousiasme d'un public certes peu nombreux mais choisi. Joujou ? C'est joli comme nom, mais qu'est ce c'est au juste ?
Et bien Joujou ce sont des mélanges ultra-toniques et super-soniques à finir de vous réveiller les morts-vivants que nous sommes tous plus ou moins et à transmuter les chagrins et les questions en vif argent. Tout d'abord, il y a cet homme et cette femme. Opérateurs en Arts sonores divers et Poésie à mach 3. Benjamin, à la fois bonhomme et nerveux, est derrière sa batterie ou bidouille des samples mélodieux et bizarres à partir d'un simple élastique trituré. Branché sur sa comparse, il assure une dynamique mordante et débridée à l'ensemble. Agnes, branchée sur son comparse, silhouette svelte enserrée de noir de pied en cap chante, hurle, danse et joue sur une petite mitraillette de bois, tout à fait «Joujou», qui se révèle être une basse à une corde qu'elle martyrise sans relâche et qui, pas chienne, le lui rend bien. A eux deux, ça pastèque, ça « groove » et ils dégagent une énergie roborative comme j'en ai rarement vue et reçue.
De ce duo bien assorti naît focément un fameux mélange, une sauce piquante qui prend d'entrée de jeu. La voix forte d'Agnes d'un coté hurle à travers la réverbération et s'envole sur le tapis de déboulés de batterie savamment libertaires venus de celui de Benjamin. Ils se regardent, se connaissent, sont en phase, et, comme on dit, «méchamment Rock, n' Roll». C'est un Joujou qui tourne et virevolte et se scratche, un Joujou pour les grands. S'en suit un concert impeccable qui alterne (et mélange) les morceaux bruitistes au format chanson, les hymnes poétiques dit/criés, les poèmes parlés doucement et des envolées free-jazz stratosphériques que je n'hésiterai pas (je ne crains personne pour les adjectifs) à qualifier d'afro-punk ! Quelqu'un dans la salle crie «Fucking Rock n Roll». Mon dieu ! Mais c'est moi qui parle en langues ! Sors de ce corps, mon Amour!
Joujou fait ainsi montre d'une énergie débordante et contrôlée pendant un temps que l'on ne voit pas passer tant est forte l'intensité des textes (magnifique injonction magique : «Prends forme!»), du son, de l'implication scénique. On finit essoufflé, un rien « destroy » mais diablement heureux, de ce bonheur paradoxal qu'éprouvent parfois les malheureux quand ils subliment leur peine. Il y a chez Joujou quelque chose de primitif et d'urgent qui fait se craqueler le vernis du sourire que l'on se met sur la bouche parfois quand on voudrait pleurer. Grâce à Joujou,«ça» sort, ça prend sens, et, en plus, ça se danse.
Il est certain que ces Joujou là nous aurons envoyés en l'air un peu plus que des maquettes Heller, même grand-format, et c'est très bien comme ça. Seuls les sales gamins méritent de vilains jouets. Les plus beaux, les plus déjantés.
  • Alors Maman, tu me le donnes ce Joujou ?
  • Uniquement si tu n'est pas sage, mon chéri, uniquement si tu n'es pas sage...."
C'est signé d'un certain G.C. Connais pas. Comme c'était vraiment bien, voici le lien du site des Joujou, pour que vous puissiez vous faire une idée vous même.
:joujoujoujou.wix.com/joujou