Me voici revenu à Bashung. Comment cela se fait-il ? Je l'ai méprisé tant d'années... Peut-être la mort que je sens présente. Je l'avais quitté en 1986 avec "Passé le Rio Grande" et le mirobolant single "S.O.S. Amor", subtile et bavarde éclaircie d'absurde rigolo du parolier Boris Bergman et me voilà en train d'écouter "Comme un Légo", prêté au déjà malade Bashung par le grave et impitoyable Gérard Manset. On ne peut pas dire que la vie ait été légère à l'alsacien. Il avait trouvé une sorte de posture d'équilibriste du désespoir toujours élégant du temps où je l'écoutais plus jeune. Les bombes H et les SS 20 étaient désamorcés par des rires francs et terribles qu'on osait pas pousser jusqu'au bout, jusqu'aux conséquences ultimes, trop trash, trop, violentes. Bashung nous aidait à dédramatiser, chic envapé de fumées trop épaisses qui traînait sa carcasse dans les mêmes parages que nous. "Nous" ? Une bande d'artistes trop frais, trop naïfs, trop méchants, pas assez durcis, pas assez cyniques, pas assez comédiens. Des branleurs. Le temps a fait son oeuvre délétère. Et là, paf, maintenant, "Comme un Légo". Chloé Mons, la compagne de Bashung, disait un jour qu'elle s'était engueulé avec son homme parce que celui-ci avait décidé de la chanter sur scène et que, pour elle, ça voulait dire que Bashung abdiquait devant la Mort qui arrivait. C'était vrai. On ne chante pas les chansons de l'oracle Manset sans conséquence et le trouvère grave trouvait là un exorcisme final dans la litanie sépulcrale qu'il fallait sortir sans tergiverser, les yeux dans les yeux de la Mort et le poids de la Vie sur les épaules. Bashung à eu à coeur de finir comme ça, dans le sublime et calmement. La Beauté n'est plus alors une option, une conséquence, "toujours ça de pris", c'est un cadavre qu'on exhibe sur ses genoux et qu'on fait parler comme une poupée de ventriloque. C'est ce qu'il s'est astreint à faire, durement, lentement, sûrement, sans défaillir. Puis il est mort, bien sûr, libéré d'une quête aboutie, loin du Rio Grande, loin des oiseaux et des lavabos, simplement mort.
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mardi 10 mars 2015
mardi 25 novembre 2014
Des nouvelles du Rock : Joujou.
L'autre jour, j'ai vu un très bon groupe de Rock à Rennes, un duo nommé Joujou. J'ai chopé l'article d'un enervé de la plume qui se laisse aller à la dithyrambe de manière exagérée mais pas si conne. Je le mets.
"
:joujoujoujou.wix.com/joujou
"
C'est le
20/11/14 au soir que le duo originaire de Bayonne, Joujou, s'est
produit à l'Antre2Café, le café associatif de la rue Papu et y a
déclenché l'enthousiasme d'un public certes peu nombreux mais
choisi. Joujou ? C'est joli comme nom, mais qu'est ce c'est au
juste ?
Et bien
Joujou ce sont des mélanges ultra-toniques et super-soniques à
finir de vous réveiller les morts-vivants que nous sommes tous plus
ou moins et à transmuter les chagrins et les questions en vif
argent. Tout d'abord, il y a cet homme et cette femme. Opérateurs en
Arts sonores divers et Poésie à mach 3. Benjamin, à la fois
bonhomme et nerveux, est derrière sa batterie ou bidouille des
samples mélodieux et bizarres à partir d'un simple élastique
trituré. Branché sur sa comparse, il assure une dynamique mordante
et débridée à l'ensemble. Agnes, branchée sur son comparse,
silhouette svelte enserrée de noir de pied en cap chante, hurle,
danse et joue sur une petite mitraillette de bois, tout à fait
«Joujou», qui se révèle être une basse à une corde
qu'elle martyrise sans relâche et qui, pas chienne, le lui rend
bien. A eux deux, ça pastèque, ça « groove » et ils
dégagent une énergie roborative comme j'en ai rarement vue et
reçue.
De ce duo
bien assorti naît focément un fameux mélange, une sauce piquante
qui prend d'entrée de jeu. La voix forte d'Agnes d'un coté hurle à
travers la réverbération et s'envole sur le tapis de déboulés de
batterie savamment libertaires venus de celui de Benjamin. Ils se
regardent, se connaissent, sont en phase, et, comme on dit,
«méchamment Rock, n' Roll». C'est un Joujou qui tourne
et virevolte et se scratche, un Joujou pour les grands. S'en suit un
concert impeccable qui alterne (et mélange) les morceaux
bruitistes au format chanson, les hymnes poétiques dit/criés, les
poèmes parlés doucement et des envolées free-jazz stratosphériques
que je n'hésiterai pas (je ne crains personne pour les adjectifs) à
qualifier d'afro-punk ! Quelqu'un dans la salle crie «Fucking
Rock n Roll». Mon dieu ! Mais c'est moi qui parle en
langues ! Sors de ce corps, mon Amour!
Joujou fait
ainsi montre d'une énergie débordante et contrôlée pendant un
temps que l'on ne voit pas passer tant est forte l'intensité des
textes (magnifique injonction magique : «Prends
forme!»), du son, de l'implication scénique. On finit
essoufflé, un rien « destroy » mais diablement heureux,
de ce bonheur paradoxal qu'éprouvent parfois les malheureux quand
ils subliment leur peine. Il y a chez Joujou quelque chose de
primitif et d'urgent qui fait se craqueler le vernis du sourire que
l'on se met sur la bouche parfois quand on voudrait pleurer. Grâce à
Joujou,«ça» sort, ça prend sens, et, en plus, ça se
danse.
Il est
certain que ces Joujou là nous aurons envoyés en l'air un peu plus
que des maquettes Heller, même grand-format, et c'est très bien
comme ça. Seuls les sales gamins méritent de vilains jouets. Les
plus beaux, les plus déjantés.
- Alors Maman, tu me le donnes ce Joujou ?
- Uniquement si tu n'est pas sage, mon chéri, uniquement si tu n'es pas sage...."
:joujoujoujou.wix.com/joujou
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