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mercredi 15 juillet 2015

Immobile


Pour celui qui reste
Plutôt que de partir
Pour celui qui garde sous ses pieds
Un peu de la terre ancienne dans sa famille
Entre ses doigts, il la sent s'émietter
Il pleuvra, il fera beau, il restera
Pour celui qui connaît par cœur
Pour l'avoir en tout état arpenté,
Un bout de route, un chemin creux
Pour celui qui, sur son aire,
Connaît les nids de ramier
Les nichées de chiots, les vaches bréhaignes
Pour celui qui a des mots pour les femmes
Qui donnent naissance et les jeunes veuves
Qui ont perdu la moitié de leur vie, la moitié de leur lit
Pour celui qui veille
Et qui s'inquiète et surveille
Qui se fait du mauvais sang
Se creuse l'estomac
Tout est si fragile
Et il y a des voleurs.
Pour celui qui accueille
Qui donne un bout de terrain
Pour l'Eternel et pour des gitans
Pour celui qui sème et qui plante
Qui ne sait que cela
Quelques gestes banals
Mais justes, perspicaces, et honnêtes
Pour celui qui récoltera
Dans une noria d'appareils
Toute la nuit car il a pensé au pain
Comme ceux avant lui y ont pensé
Pour celui qui goûte le sel
Venu de loin et qui coûte cher
Trop cher, comme l'étoffe mais c'est tout naturel
Il n'est pas commerçant
Pour celui qui se lave les yeux
En marchant dans la rosée du matin
Qui mise tout sans savoir qu'il a parié
Qui naît, se marie et meurt
Dans le même recoin du Monde
A la même saison qui était la sienne
Et qui rêve benoîtement à demain
Pour celui que la mer n'appelle pas
Ni les mélodies charmantes
Pour celui qui ne voit pas si loin
Qui croit en un destin tiré d'un sillon
Et s'en trouve content malgré les tentations
Et les légendes qui un jour viennent
Ravagent tout et le laisse idiot
Mais toujours certain 
Pour celui qui prend femme du cru
Et s'installe dans une masure
Et couche ses petits là où d'autres lits
Furent mis par d'autres que lui, les mêmes que lui
Pour celui qui est le même que moi
Et dans lequel je ne me noie pas
Car une ride au coin de son œil est une rive
Pour celui qui serre les mêmes mains
Tous les jours et qui parle avec un accent
Celui-ci d'où il est et dont on le chahute
Maintenant, mais qui ne s'éteint pas
Car, mystère, les volets fermés du café,
C'est l'accent qui vient aux lèvres de tous
Pour celui qui dira du mal de moi
De mon travail inutile
Et de ma vie de nabab à crever
Pour celui, qui, quand même, me dit « bonjour »
Car il est bien élevé et un peu sournois
Pour celui qui est poli, qui est aimable
Qui vient à mon devant et me parle
D'aventures minimes, de changements ingrats
Mais dont la parole est une carte de tarot fixe
Et dont l'allégresse ne se tarit point
D'avoir le pas leste par terre
Et tout en même temps solide
Pour celui qui fait avec ses mains
Du sur-place ou du sur-mesure
Et qui la perd dans l'ivresse un soir et se bat
Et fait amende honorable le lendemain
Pour celui qui reste et qui garde
Qui met ses mains dans ses poches
Qui reste debout sans bouger
Pour celui qui veille tellement inquiet
Qu'il en vient à surveiller, la tête penché sur un feu
A celui-ci un bonjour amical, moi
Qui suis juste un pas à coté et qui le vois vivre
Malade, courageux, insensé, industrieux
Et Là, fier maladroitement, lui de n'avoir
Pas eu cette question à se poser

vendredi 6 mars 2015

Y'a bon l'Art !

Ca commence à tourner à l'obsession chez moi, l'idée que la Pop musique est un Art majeur. Voici, au hasard des écoutes, un titre des Undertones sorti en 1979 : "Mars bar". Je ne vois pas ce qu'un gauchiste mal emmanché ou un 'vert" rendu dément par le manque de produits chimiques pourrait ajouter à ce commentaire acéré et acerbe de la "Société de Consommation" (livre de Baudrillard) et de ses dérives. Voyez comment ils parlent (les Undertones) avec finesse de cet acte banal mais typique de la société avancée occidentale : manger une barre de Mars. Ca engage plein de choses, dérisoires et grandioses, de la politique de santé publique aux chansons de David Bowie, de la diététique à l'addiction morbide, du dopage aux dents gâtées et tout est là, sombrement et sobrement exposé. Je mets donc les paroles, vous allez voir, c'est très pertinent et nerveusement rebelle. ("Hey raid the Spar", ça veut dire "Hé, j'ai fait un raid sur le "U express" (pour acheter mon Mars)) Tout ça pour le prix d'un 45 tours, Waoouh ! Après, vous faites ce que vous voulez. Vous intégrez des groupuscules d’extrême gauche (ou droite), vous arrêtez les barres chocolatés, Vous passez au Nutella à haute dose...Moi, je pense que la meilleur chose à faire est d'écouter ce morceau en boucle en bouffant des Mars jusqu'à en devenir diabétique, c'est encore ce qu'il y a de plus chic à ce prix-là. Un peu esthète, quoi ! Non, plus sérieusement, savez-vous qu'après l'Art, il y a encore de l'Art ? Dieu que c'est bon. Miam-miam !

 I need a Mars Bar
Hey raid the Spar
To help me through the day
I need a Mars Bar
I've had ten so far
It helps me, makes me
Work, rest and play
It helps me, makes me
Work, rest and play

I never eat my dinner
I push away the plate
You can see I'm getting thinner
Because I just can't wait

To get my Mars Bar
Hey raid the Spar
To help me through the day
I need a Mars Bar
I've had ten so far
It helps me, makes me
Work, rest and play
It helps me, makes me
Work, rest and play

To Patrick Moore and David Bowie
And all the other stars
There's evidence here to show you
That there's life on Mars

I need a Mars Bar
Hey raid the Spar
To help me through the day
I need a Mars Bar
I've had ten so far
It helps me, makes me
Work, rest and play
It helps me, makes me
Work, rest and play

There's glucose for energy
Caramel for strength
The chocolate's only there
To keep it the right length

I need a Mars Bar
Hey raid the Spar
To help me through the day
I need a Mars Bar
I've had ten so far
It helps me, makes me
Work, rest and play
It helps me, makes me
Work, rest and play

To anybody out there who still eats Twix
Or Bounty, or packets of Buttons
I gave them up when I was six
I hope your teeth are rotten

I need a Mars Bar
Hey raid the Spar
To help me through the day
I need a Mars Bar
I've had ten so far
It helps me, makes me
Work, rest and play
It helps me, makes me
Work, rest and play
It helps me, makes me
Work, rest and play
It helps me, makes me
Work, rest and play

Work, rest and play!


jeudi 25 décembre 2014

Objectif : Survivre à Noël.

J'ai assisté tout à l'heure à un spectacle émouvant. Un papy de 70 ans et quelques tenait sur ses genoux son dernier petit-fils en date, un poupon de 4 mois. Tudieu, quelle vision ! C'était infernal et paradisiaque en même temps. Indécidable. Moi, je n'ai pas de famille ou si peu et je n'ai surtout pas de descendance, forcément tarée. Parfois je le regrette mais les malédictions sont très, très bien faites dans ce monde de fou, alors, ceinture, pas de mômes ! Je vais finir de mourir seul. Mais pas ce soir, je ne pense pas. Néanmoins, la Veillée de Noël peut vous tuer. Ce n'est pas moi qui le dit, c'est marqué dans le manuel. En caractère gras comme une oie gavée avec des trucs pas clairs. Là, ce sont les Everly Brothers qui le chantent. Je dis à la prochaine à ceux qui vont survivre. Pour les autres, c'est pareil, je leur dis à bientôt, ça sera pas en même temps, c'est tout. Eh oui ! Je suis déjà à moitié mort. Pas vous ? Mais bande de cons, minables avortons, Zombie, c'est du dernier chic, très tendance. Seulement, je vous préviens, c'est pas rigolo du tout.

mercredi 3 décembre 2014

A song in the Keys of live.

Bobby Keys, saxophoniste en titre des Rolling Stones, a rangé les seringues, les perfusions, le déambulateur et s'en est allé courir les plaines toujours reverdies de l'infini avec Sitting-Bull et Jimi Hendrix. J'ai dit il y a pas longtemps à un copain que les cuivres n'étaient pas utiles aux Stones. C'est faux bien sûr, et tout particulièrement en live. Voici un extrait du fameux concert de Bruxelles de 1973, donné pour le public français, les Stones étant à l'époque interdit d'entrée sur le territoire de la République Française pour de multiples raisons. Mick Taylor y est exemplaire de qualité guitaristique et Bobby Keys tout simplement incroyable. Pendant un moment on dirait que les Stones, TOUS les Stones, sont son groupe, qu'ils jouent pour lui. C'est merveilleux ! Dans l'ensemble, le concert est impeccable, les Stones de cette époque sont vraiment le meilleur groupe de Rock n' Roll du monde et la musique qu'ils produisent est à la fois chiadée, parfaitement vivante et à haute teneur énergétique et subversive. Mais trêve de superlatif et sus à l'hyperbole, chut !!! Bobby s'est endormi....
The Rolling Stones : "You can't always get what you want", Bruxelles, 1973.

Ce qui fait la qualité de la chose et lui donne son coté démarche chaloupée (qu'on voit bien d'ailleurs faire à Jagger) c'est le fait qu'à un moment ou un autre de la chanson, ils prennent tous des libertés avec les temps du morceau et jouent sur des contre-temps. Ça c'est fort, et très groovy pour une ballade.

lundi 17 novembre 2014

Affreux, propre et méchant.

La presse écrite va mal, et c'est peu que de le dire. Il faut cependant constater que les éditeurs de presse font preuve d'un manque d'imagination et d'audace consternant. Il est nécessaire de s'adapter à ces temps de crise et de tourment et il est tout à fait possible de faire d'une certaine réponse à la morosité ambiante un véritable Art de vivre, "a way of life" comme disent les anglo-saxons. Je ne manque pas d'idées réjouissantes pour tout honnète homme, donnez-moi les moyens financiers et je vous ponds des succès de presse à la pelle. Ce qu'il faut c'est innover, ça veut dire recycler des trucs qui marchaient et les mettre au goût du jour. Ainsi je propose de créer un mensuel pour le public masculin qui s'appellerait "Bien-être et Calomnie" qui serait un croisement entre un magazine de charme à la "Playboy", un magazine de fitness et qui proposerait aussi des témoignages sur les bienfaits de la dénonciation de ses contemporains aux autorités compétentes ainsi que des aides efficaces pour franchir aisément le cap de la "mauvaise conscience" et s'épanouir ainsi pleinement dans cette société sans pitié de guerre de chacun contre tous. Carton assuré. Le complément idéal de ce canard serait un autre journal, toujours destiné au public masculin, dont j'ai l'idée au chaud et qui s'appellerait "Cuisine et Armes à feu". Ce serait un savant mélange de recettes de cuisine du terroir, de pages consacrées à la possession et à l'usage d'armes de tir plus ou moins puissantes et de l'agrément que l'on peut en retirer à tout âge de la vie et, bien sûr, d'un magazine de charme type "Playboy". Rien que de penser aux couvertures que l'on peut mitonner pour ces deux titres, entre des femmes aux multiples talents et des photos de descentes de police ou de tableaux de chasse dans un relais perdu en forêt, je me prends à saliver. Je ne suis pas plus bête qu'un autre et si ça marche sur moi, ça marchera sur d'autres, et plutôt deux fois qu'une. Et encore, ce ne sont là que deux idées parmi des dizaines, si cela vous intéresse et que vous avez quelques argent à investir dans des entreprises aussi jouissives que de salubrité publique, faites-moi signe, je suis ouvert à toutes sortes de propositions plus ou moins malhonnêtes.
Déja, dans les années Trente aux Etats-Unis, des films tentaient de décomplexer le citoyen moyen. "Scarface". Howard Hawks. Si vous aimez ces images, vous aimerez "ma" presse. Critique du film dans la section "Belettes et mitraillettes" du numéro 1 de "Cuisine et Armes à feu", bientôt dans les kiosques.

lundi 13 octobre 2014

Des chansons meilleures que leurs compositeurs. (???)

Au delà de la fortune et de la gloire, y'en a qui ne se rendent pas tout à fait compte de leur chance et qui, s'ils s'en rendaient compte, seraient à genoux à remercier Dieu (ou qui vous voudrez) plus souvent qu'à leur tour. Les Stones, par exemple, ont une chance de pendu. Ils composent des chansons, certes bonnes, mais qui sont reprises par des mecs et des nanas qui sont très largement meilleurs qu'eux ! Ca paraît invraisemblable et pourtant c'est vrai. Un jour ils ont fait une espèce de parodie de chanson country, genre qui fascine Mick Jagger et Keith Richard; et bien cette chanson est tellement bien faite, dans les règles de l'Art country, que la parodie s'est effacée et qu'un des plus grand chanteurs de country de tous les temps, l'immense Townes Van Zandt, l'a faite sienne et l'a faite acceptée au pays des ploucs sudistes heureux (ou presque), elle qui venait des rives de la Tamise. Voyons cela.
Les Stones live au Texas en 1972. (C'était vraiment l'endroit où enregistrer cette chanson.)


 Townes van Zandt live aussi, chez lui, à la campagne. Austin ? Nashville ?

Même histoire pour "Miss you", scie discoïde, que Jagger avait ramenée aux studios parisiens où les Stones enregistraient. Cet impeccable et salace petit riff de pédé sera repris, sorti du ruisseau où il était si bien et porté au pinacle de la classe urbaine soyeuse par la reprise qu'en fera en 2000 Etta James sur l'album "Matriarch of the blues". C'est un honneur incroyable et je crois que Keith Richard en est conscient. Mais le truc le plus incroyable là-dedans, c'est que la version des Stones (en particulier la version du maxi 45t) demeure MEILLEURE que celle d'Etta James...! Les Stones. Le clip est génial. Petite frappe c'est tout un style, toute une histoire. Jagger, dans son petit pantalon moule-burnes chante en direct et affole les ados. "Laisseriez-vous votre fille épouser un Rolling Stones ?" titrait la presse anglaise en 1965. Euh, 15 ans après, vaut toujours mieux pas ...
Etta James. "Hum, hum, laisseriez-vous votre fils conduire la limousine d'Etta James ? Risqué...La Mama a de l'appétit pour deux.
Mais, vous allez peut-être me dire "Qu'est ce qui nous prouve qu'Etta James et Townes Van Zandt sont meilleurs que les Stones ?". Puisqu'il faut bien VOIR (comme Saint Thomas) et régler cette question, voici des preuves indiscutables. Etta James "I'd rather be blind" en 1975, à Montreux. A coté d'elle Jagger est juste amusant.
 Townes van Zandt.  Keith Richard tuerais pour avoir un dixième de l'intensité de ce mec.
 



mardi 30 septembre 2014

Post sur la Post. Pour jouer. Encore.

L'aventure post-moderne, me dit mon jeune frère.....Je me demande bien en quoi ça consiste et en quoi ça va consister ? Est-ce qu'il y en aura du consistant, justement ? Du brûlant, du qui envoie en l'air, du rêve de mine d'or ou de sel, du kilowatt de concert pour soutiers du système libéral avec cocaïne et guitar-hero ? Hein, hein, hein ? Apparemment, il va falloir se fader des trucs louches, des ersatz délicats à éclaircir, des nourritures extra-terrestres pour âme de retour là-ici-bas en mode "E.T. go home".
Tenez, par exemple, l'odyssée paresseuse d'un gras du bide barbu style goguenard en pilotage automatique au milieu de petites culottes bien remplies et de yaourts aux logos néo-seventies, avec coups de langue mollassons et hasardeux juste au-dessus du "top"?
Oui, ça, entre autres
- L'avion décolle à quelle heure, Mademoiselle ?
- Nous sommes déjà en vol, Monsieur.

Ou alors ça ? Un girl-squad de figures de mode, atmosphère, atmosphère, à la belle petite gueule sous cheveux acidulés balançant une cosmétique soupe élégante que Pink Floyd a oublié d'inventer par manque de progestérone sous les aisselles rasées de la mineur(e) ?
Pourquoi pas ?
- Et on atterrit à quelle heure ?
- Oh, Commandant !  Vous le savez mieux que moi!

Est-ce assez consistant ? Est ce que ça craque assez sous la dent ? De toute façon les morceaux de choix sont partis dans des estomacs plus anciens et pas plus robustes; peut-être plus goinfres. L'aventure post-moderne consiste à manger les cures-dents.

jeudi 14 août 2014

L'amour rend aveugle.

Par chez moi, on ne se fait pas de cadeau. Un homme de 79 ans qui avait peur que ça femme de 77 balais le quitte l'a tuée à coups de hache.
Entendu le lendemain dans un bar :
- La dame était atteinte de cécité, je crois ?
- Non, elle avait des problèmes aux yeux.

mercredi 13 août 2014

"The Look" a fermé les yeux.

Lauren Bacall est morte. Même question que dans le post précédent pour Robin Williams : "Etait-elle une bonne actrice ?" La réponse est non, comme hier.  Mais avec son mari Humphrey Bogart elle formait un couple évident et électrisant (4 films ensemble, quand même),et là, elle a été bonne. Pour le reste c'est une parfaite quiche que seul Minnelli a par deux fois sauvée du naufrage complet dans des films d'une beauté et d'une intelligence bien spéciales qui n'appartiennent qu'à lui :"La toile d'araignée" et "La femme modèle". Songez que le sujet de ce dernier long-métrage tient dans le couple mal assorti qu'elle forme avec l'endive Grégory Peck, elle, dans la haute couture et la comédie musicale, lui, dans le journalisme sportif. Comprenez-vous bien l'antagonisme radical masculin/féminin qui les sépare ? Avec un tel sujet en plomb massif, Minnelli fera un film en état de grâce qui emporte tout sur son passage, et déclenche des avalanches de rires. Sinon c'est "Waterloo, morne plaine". Il y a un film complètement con ou elle est en vedette avec Marilyne Monroe et Betty Grable ("Comment épouser un milliardaire ?") et elle est vraiment deux tons en-dessous des deux pin-up stars de l'époque, qui trouvent le moyen de sauver leurs atours (en clair, leurs fesses) de se scénario catastrophique et cinématoscopisé.
Enfin, tout lui est intégralement pardonné pour ses films avec son mari et en particulier pour ça :

De nos jours frappadingues un mythe tient à ça. C'est suffisant ? J'aurais tendance à dire non mais ça marche quand même, alors ?
Ah, il y a autre chose, qui a été capté par la caméra. Une certaine allure, rehaussée d'un peu d'élégance. Ce n'est pas la même chose, l'une est plus animale que l'autre.  Mais c'est un raffinement qui attire et elle l'avait.

mercredi 16 juillet 2014

Golden State Folklore.

Tom regardait d'un oeil vague une vidéo scato sur le site pOO.com. Il avait du mal à se concentrer et les jeunes asiatiques se couvrant de leurs excréments ne l'excitaient guère bien qu'il se tirât sur la nouille, la main dans son futal de jogging. Il n'était que 16 heures, il n'était pas opérationnel aussi tôt, pas encore. Il allait lui falloir se rouler son deuxième joint de skunk pure ; boire un jus de fruit fait maison (mélange de bananes, poires, fraises et d'un peu de Jim Beam) ; commander des nuggets de poulets au KFC du coin de la rue et là, il allait commencer à y voir un peu plus clair. Quelques souvenirs de la soirée d'hier revenaient à sa mémoire, ce qui était bon signe. Un prénom surtout. Kelly.
Tom vivait dans un bordel repoussant. Il était entouré de déchets, d'emballages de chez KFC ou Domino's, de reliefs de pizzas ou de poulets dans lesquels étaient plantés des mégots de joints et des capsules de bières, dont les canettes et les bouteilles jonchaient le sol qui fut jadis une moquette beige devenue invisible et bleuâtre par endroit, là où on avait vomi du Curaçao et du valium. Mais ça, seul Tom le savait, car il était le seul à savoir exactement ce qu'il y avait dans son appartement et à le contrôler. Car il contrôlait tout ce qu'il y avait autour de lui et il n'était pas question que "le reste" s'insinue dans son chez lui, pas plus que dans son esprit. Le "reste". Le soleil de la Californie, la circulation de Los Angeles, les femmes et les hommes qui travaillaient ici, l'Océan Pacifique, tout proche, une brise marine dans les cheveux de filles qui faisaient de la musculation sur la plage. Non, lui, il avait refusé cela, sans même le vouloir consciemment. C'était en lui depuis le début. Les volets étaient soigneusement fermés 24 heures sur 24, il se faisait livrer tout ce dont il avait besoin et des gens passaient la nuit fumer de la beuh ou lui en acheter. John la lui amenait. C'était le problème de John. Lui il la vendait, c'était son problème. Le reste n'avait pas d'importance. A part la police, ça n'existait simplement pas.
On sonna à la porte de la porte avec insistance, sans enlever le doigt de la sonnette. C'était foutrement anxiogène comme façon de sonner. Tom bascula le moniteur sur un vieil épisode de "Game Of Throne" qui était toujours prêt à partir au cas ou et se dirigea vers la porte d'entrée qui donnait accès à la cuisine.
- Qui est-ce? fit-il
Ca a continué de sonner un petit peu et puis ça a répondu sur un ton ironique :
- Ton vieux pote Avril, Tommy !
Tom étouffa un "Merde, fais chier", il se passa la main dans les cheveux et ouvrit.
Avril entra vivement en le bousculant. "Salut, salut, frère zombie, c'est l'heure de payer ces impôts. Qui paye ses dettes s'enrichit, dit le dicton !"
La tête de Tom était lardée de coups de sonde qui lui faisaient mal et le rendirent atrocement nerveux en quelques secondes. Il savait pourquoi Avril était là mais il avait du mal à se figurer clairement ce qu'il pouvait y faire. L'énergie de l'autre le molestait et le paniquait.
- Tu dis quoi ?
- Fais pas l'idiot, Tommy. Je passe prendre mon du, c'est tout.
Oui, il savait ça mais maintenant qu'il avait refermé la porte, à l'éclairage artificiel de la lampe il voyait bien mieux ce con avec sa gueule de beau gosse californien et ses cheveux blonds frisés, et il eut l'envie de se révolter contre cette agression en bonne et due forme.
-J'lai pas. Enfin si, les intérêts. V'là 50 dollars, repasse jeudi pour le reste.
-On EST jeudi, coco.
-Jeudi prochain alors, je te re-filerai des intérêts. 50, ça te va ?
Avril se campa sur ses deux jambes croisa les bras et considéra Tom.
-"Non, mais tu t'es regardé pauvre débile, tu te défonces à longueur de temps, t'as pas vu le jour depuis une éternité, tu pues, t'aurais besoin d'une bonne douche et d'aller chez le coiffeur, tu vis dans des chiottes et tu me demandes de t'accorder une semaine de plus, pour que je me repointe dans une semaine dans tes mêmes chiottes pourries et que tu me repasses le même baratin !"
-J'les ai pas, j'te dis. Sois cool. Repasse dans une semaine.
Avril sourit
-T'auras fait le ménage et tu seras allé chez le coupe-tif ?
-Oh charrie pas !
Avril posa ces deux bras au milieu de la table de la cuisine et les écarta lentement jusqu'à ce que tous les objets qui se trouvaient dessus eurent dégringoler par terre. Puis il saisit le gros robot mixer qui se trouvait près de l'évier. Il le leva au-dessus de sa tête comme s'il allait le balancer à travers le mur.
-Non! fit Tom complètement paniqué par l'appréhension de ce qui pouvait arrivé à son blender allemand. Je te le donne, je l'ai là, attends !"
Il fila dans sa chambre mit sa main dans son oreiller et en sortit plusieurs billets de différentes valeurs. Il en pris deux de cent dollars et revint dans la cuisine hors d'haleine.
-Voilà. Pose ça maintenant, s'il te plaît. Je te remercie. je sais pas ce qui m'a pris de te faire ce plan, je voulais déconner, juste déconner. M'en veux pas.
Avril posa le blender Krups au milieu de la table de la cuisine et arracha les deux billets de la main de Tom.
-Tommy, c'est très vilain de faire des blagues à quelqu'un qui vous a rendu service. Tu connaissais toutes les conditions en m'emprumtant ce pognon, alors pourquoi jouer au con ?
-J'sais pas, je voulais rire, déconner un peu avec toi. T'es trop sérieux peut-être..
-Moi, sérieux ? J'suis réglo mais sérieux...Faut pas pousser. Tiens tu veux que j'te raconte une bonne blague bien salace ?
-Ouais, fit Tom en souriant
Avril lui décocha une énorme droite et tom s'effondra, le nez pissant le sang.
-T'as pigé la chute ? Il lui décocha un coup de pied dans les côtes, se dirigea vers la porte et sortit sans dire un mot de plus.
Tom resta allongé contre le mur quelque temps puis le sang cessa de couler et il se releva pour aller dans la salle de bain.
Il ouvrit le robinet d'eau froide et entreprit de se laver jusqu'à ce qu'il n'y ait plus trace de sang sur son visage. Son nez n'était pas cassé. Il aurait une marque sous l'oeil gauche et c'est tout. Il s'apercut qu'il se regardait dans un miroir avec une certaine attention pour la première fois depuis un sacré bout de temps.
Il se considéra attentivement puis dit à voix haute.
-Ce con a raison, j'ai besoin d'aller chez le coiffeur.


jeudi 16 janvier 2014

Histoires de familles.

Moi, je suis comme mes frères, un mordu, un fan des Beatles. Alors ça, ça me rend heureux. Voilà ; dans la vidéo ci-dessous, George Martin, son fils Gilles et Dhani Harrison, le fils de George Harrison, exhument un solo perdu de celui-ci, enregistré à l'époque pour "Here comes the sun", morceau tiré d'"Abbey Road". C'est émoustillant ce son de gratte du guitariste pastoral qui sort tout droit du passé et renaît à nos oreilles avides du moindre chuchotis vintage des Beatles, et c'est émouvant aussi. C'est émouvant de voir Gilles Martin, aussi classe que son père, le guider à travers les sons qu'il entend désormais à peine. C'est émouvant de voir Dhani Harrison excité comme une puce, qui découvre un petit mot, une petite notule oublié de son père et qui le prend à cœur, pour lui, et qui en est si reconnaissant aux Martin père et fils. Et puis Georges Martin compare délicatement Dhani à son père George et, au fond, complimente les deux. Exit toute forme de pathos, tout cela est fin, distingué, positif, comme les Beatles eux-mêmes et tout ce qui semble les toucher de près ou de loin. Beau.
George Martin : " You're like your father."

mercredi 25 décembre 2013

A taste of 1924

Hier soir, pendant le repas de Noël et entre divers alcools plus ou moins forts, j'ai pu boire un peu d'une goutte millésimée 1924. Bientôt centenaire. et très très virile. Comme me l'a fait remarquer mon hôte : "La polonaise qui en boit au petit déjeuner, elle tousse un peu quand même.". Moi, j'ai fait diverses grimaces à chaque goulée, pour aider à la faire passer. C'était tout à fait fameux.
Les années 20 sont d'une richesse artistique confondantes, l'élan de l'immédiat après-guerre était invraisemblable : Jazz, Surréalisme, Expressionnisme, Dada, Dodécaphonisme, Bauhaus, brillante Littérature européenne et américaine. L'envie était démesurée souvent, la vie parfois. Néanmoins, pour moi, 1924 c'est d'abord ça :
Oui, l’École.

L'élan créateur est pour demain.

J'ai entendu l'autre jour à la radio un psychiatre ou un psychologue affirmer que l'état dépressif n'avait rien d'anormal et même qu'il était annonciateur de l'acte créateur. Oh la la, les amis, je vous raconte pas ce que je vais vous pondre ! Ça va être dément, les mecs, une véritable Chapelle Sixtine du blog, un Codex total digne de Léonard en 80 000 posts où j'aurais TOUT mis, vous m'entendez, TOUT, et même le reste. Une Bible, un Talmud, Le Coran, la Recherche du Temps Perdu du petit Marcel, l'équivalent de l'oeuvre entière de Jean-luc Goldman (ça commence à bien faire Jean-Jacques, hein ?), tout ça en des pages subtiles et raffinées à l'extrême. Du concentré de Génie, le vrai truc, du pur porc. Enterrés Spinoza, Homère, Cervantes et Shakespeare. Dézingués Patrick Topaloff et Jean Roucas.....J'arrête, là, je ne voudrais pas pérorer par avance sur ce qui va ADVENIR, que rien ne peut empêcher d'arriver et ce qui changera la face de notre planète. Bon, en attendant, je vais prendre mes deux Prozac, un grog et je vais me coucher, je commencerai demain, hein ?. Je vous donnerai régulièrement des nouvelles de ce Grand Oeuvre en marche. N'hésitez pas à me demander si j'oublie, je suis si négligent des fois. Bon, allez, à plus dans le bus et à bientôt en bateau. Ça va être énorme. Purée, j'ai envie de dormir, moi. Énorme. Bonne nuit.
J'avais pensé illustrer ce post par l'intégrale des quatuors a cordes de Beethoven, un truc consistant, quoi. Mais, je sais rester modeste, en dépit du destin grandiose qui m'attend. Un peu de rire de bon goût ne peut pas nuire. Allez, soyons fous : Odeurs.

mercredi 11 décembre 2013

Lou Reed est-il mort ?

C'est bizarre quand même, Lou Reed est mort il y a un mois et il fait encore de la pub pour un équipement Haute-Fidélité. Voyez ci-dessous.

 Je vais lui filer un coup de pieu dans le coeur à cette vieille vache, histoire qu'il vienne plus nous casser les couilles avec des sentences du genre" My life is music"
Déjà, prends ça dans ta face, Lou, ça va te calmer un peu.

Je te conseille d'écouter ça au casque, bien fort, poète de la marginalité de mes deux.

mardi 12 novembre 2013

Prix littéraires 2013 : Carton plein pour la merde et un petit article vite torché.

Bon, on touche le fond là. Yann Moix vient à peine d'obtenir le prix Renaudot avec son dernier caca nerveux de 1200 feuillets (oui, oui, le Yann Moix de "Podium" !), Bernard Pivot s'extasie encore sur "l'écriture cinématographique" de Claude Lemaître, Goncourt 2013 (eh oui, les gars !), que la troisième couche arrive et nous aplatit définitivement dans la crotte littéraire : Marie Darrieussecq a décroché le Fémina pour un énième plagiat de Mamie Duras ! Ah, on est mal, on est mal, moi, je vous le dis. Mais ne nous laissons pas abattre. Allons-y gaiement. !

Je vais mettre un extrait. C'est le début. Et puis avant un petit prologue simple. Comme un plaisir simple comme il en est parfois. Simplement. Comme au détour d'une rue qu'on connaît. Une silhouette qui disparaît. Puis revient. S'enfuit encore. C'est P.O.L. L'éditeur et celui qui l'aime, elle. Il rit, lui. Elle se répète son nom : P.O.L. Paul-Otchakovsky-Laurens. Il revient, il la prend dans ses bras, la serre. Trop fort. Il aurait pu s'appeler Pierre-Otchoukoiev-Simons. Mais non. Elle le repousse. Plus loin. Trop. Elle pense à sa queue. Sa belle longue queue d'homme. Cet homme nommé P.O.L. Paul-Otchakovsky-Laurens. En atteindrait-elle jamais le bout ?

Bon, je mets le bidule, vous allez voir que j'exagère à peine. Prologue donc, puis début. Beaucoup plus drôle que moi.

"On prend la mer et on atteint un fleuve. On peut
prendre un avion, je ne dis pas. Mais on atteint un
fleuve et il faut entrer dans le fleuve. Parfois il y a
un port, et des grues, des cargos, des marins. Et des
lumières la nuit. Un port sur la part de delta habitable.
Ensuite, il n’y a personne. Seulement des arbres, à
mesure qu’on remonte le fleuve."


"C’était un homme avec une grande idée. Elle la
voyait briller dans ses yeux. Sa pupille s’enroulait en
ruban incandescent. Elle entrait dans ses yeux pour
suivre avec lui le fleuve. Mais elle ne croyait pas à
son projet. Ça ne se ferait jamais, en vrai. Atteint-on
jamais le Congo ?
Il y avait ce qu’il était lui : un problème. Et sa
grande idée coûtait trop d’argent. Demandait trop à
trop de gens. Et pour elle la grande idée était comme
une autre femme, et elle ne voulait pas qu’il la suive.
« À force de penser au Congo je suis devenu un
Congo bruissant de forêts et de fleuves où le fouet
claque comme un grand étendard. » Il lui lisait
Césaire. Qui n’était pas son écrivain préféré. Mais
qui a laissé de bonnes pages, on ne peut pas dire. Et
qui était noir, ça a son importance. Sans doute. Elle
était de là, elle aussi, désormais. Du pays impossible,
avalancheux et débordant.
Chaque matin elle s’éveillait affligée d’une mala-
die de peau. Ses épaules, ses seins, l’intérieur de ses
bras, tout ce qui venait au contact de lui – sa peau
était creusée de lignes, de broderies. Elles couraient,
incrustées. Elle frottait mais ça ne partait pas. Elle se
douchait mais l’eau n’y faisait rien, et dans le miroir
elle voyait, sous la peau, courir les galeries étroites et
régulières, de fins colliers de perles en creux.
La maquilleuse même n’y pouvait rien. Elle qui
était censée jouer la Française diaphane, ni tatouée ni
scarifiée. Le visage est ce qu’on ne voit pas de soi. Le
dos non plus, je vous l’accorde. En se contorsionnant,
on attrape un éclat d’omoplate, un peu de clavicule et
de reins. Mais on porte devant soi son visage comme
une offrande. Il la voyait. Elle ne se voyait que dans
les films ou le miroir. Ce visage intact, où s’impri-
maient d’autant mieux les marques.
Et lui c’était qui ? Un acteur comme elle, second
rôle un peu connu – on connaît sa tête, pas son nom, et
difficile à prononcer. S’il y avait en lui quelque chose
de militant c’était peut-être ça : cette obstination à
garder son nom – faire carrière avec un nom pareil."


Hum, hum, voyez le genre... C'est assez indéfinissable. Que dire ? Bof, ça parle bien tout seul, non ?

Pour se changer les idées. Le Duke et une partie de sa "Congo Square Suite."


jeudi 1 août 2013

"C'est curieux quand même !"

Partout, à la télé, à la radio, dans les journaux, c'est la mode des cuisiniers, des bons petits plats faits maison, de la bonne bouffe soit-disant pas chère. Et qu'je te prend des beaux produits de la ferme à pas de prix par-ci, et que c'est un jeu d'enfant à cuisiner par-là. Et on fait mariner par-ci, et ça se fait tout seul par-là, faudrait être bête pour ne pas en profiter et gna gna gna, et gna gna gna ! Ces connards essayent de faire culpabiliser les gaillards de mon espèce parce qu'on mange des pâtes en sauce made in Super U et des Pizzas livrées à domicile, mais ça ne prend pas. Non, définitivement, non. Moi, j'aime pas ça faire la cuisine, c'est une afféterie de pédale et je n'en suis pas. Mon taux de cholestérol parle pour moi : je n'ai jamais "émincé" quoi que ce soit, comme disent ces demoiselles, et encore moins "émonder". Non, moi, je tape dans le tas à l'arme lourde ; dans le camembert à la petite cuillère et dans le beurre à la plaquette de 125 (grammes, pas millimètres), et si un abruti me détaille une recette de ..., merde, comment ça s'appelle ? Ah oui : nem, Non..., ah voilà sushi, je l'équeute.
Ah, évidemment, si les cuisiniers-tantouzes (manchots, en plus !) de maintenant présentaient les choses comme Michel Galabru dans l'extrait ci-dessous, je pourrais faire un effort, il y aurait une possibilité de négociation. Mais non, je n'ai pas vu un cuistot digne de ce nom à la télé française depuis les rediffusions nocturnes de "Très chasse, Très pêche" sur TF1.
A noter  dans le film : le couteau électrique. Ah, le couteau électrique ! On en avait un à la maison. C'était le bon temps, un temps d'abondance, d'insouciance. Maintenant, il faut tout recycler, tout trier et il faut, en plus, chier dans des chiottes dégueulasses pour faire soi-même son compost. M'en tape, je veux chier dans l'eau et que mon étron disparaisse loin de chez moi emporté par un torrent d'eau fraîche et potable. Et je veux un couteau électrique.

dimanche 21 juillet 2013

L'Entrée des Artistes n'a pas changé de place.

On glose beaucoup sur Michel Audiard. C'est parfois bon, il est vrai, surtout quand il s'applique, mais il était souvent en roue libre. Dans les années 30, 20 ans plus tôt, les dialogues de qualité sont la norme dans le cinéma français. Le néo-réalisme n'ayant pas encore été inventé, il est de mise d'"écrire" les films et même de les sur-écrire quelquefois. Ca a donné de bien belles choses et permis à de merveilleux acteurs de faire étalage d'une maestria aujourd'hui disparue et qui semble aussi datée aux âmes simples que miraculeuse aux gens un peu avertis
Là, c'est Henri Jeanson qui s'y colle. Il était très désagréable, hâbleur et m'as-tu-vu. Et surtout pétri de talent. Jouvet glisse petit à petit dans son délire en traversant la scène comme un halluciné. Magnifique. Mise en scène plate de Marc Allégret. Rien à dire.

Là, c'est Yves Mirande qui peaufine l'argot de l'époque pour Arletty et Michel Simon. Mirande était par ailleurs un excellent metteur en scène.
"-Comme vous me voyez en ce moment c'est comme si j'couchais avec le Ministre de la guerre.
- En somme vous êtes en vacances..."

mercredi 31 octobre 2012

"Dernier Royaume" de Pascal Quignard. Un livre trop loin.

Mr Pascal Quignard  nous a ouvert avec bonheur les portes de son "Dernier Royaume", il y a maintenant quelques années. Au gré des six premiers livres qu'il a rassemblés sous ce titre, il nous en a fait parcourir avec élégance quelques allées mystérieuses, nous en a dévoilé quelques splendeurs évanouies, les faisant ressurgir à la lumière, à la clarté. Ces jours-ci, il publie le tome VII de ses pérégrinations sans fins dans les arcanes des cultures, de l'Histoire et de la Psyché des Hommes, intitulé "Les désarçonnés" ; et là, je dois le dire, je cale, je ne peux plus vraiment le suivre. Pourquoi ? Toutes ces Terra Incognita qu'il arpentait, il les mettait à jour par une connaissance risquée et lumineuse, un travail d'éclaircissement précis, rigoureux, avec un style rêche d'artisan opiniâtre, dur à la peine mais jamais avare d'un secret dévoilé d'un coup net de beau Français classique. Mais, ça a changé, et dans "Les désarçonnés", Mr Quignard ne peut plus continuer son travail de la même façon, puisqu'il ne sait plus tout à fait de quoi il parle.
Qu'en est-il ? : "Les désarçonnés" évoquent ceux qui sont tomber de cheval, au sens propre, qui ont survécus à cet accident et qui se sont mis à écrire, se laissant la bride sur le cou, après qu'ils ont failli se le rompre. Ayant approchés la Mort, et comme débarrassé de son angoisse ( mais pas de son souci) pour l'avoir trop côtoyée, ils entreprennent de se libérer de ce qui les empêche d'être pleinement. Dans le sillage de Michel de Montaigne, de George Sand, d'Abélard, nous voici dans un exercice de libération que Pascal Quignard affectionne tant et aime à faire vivre. Mais il va trop vite, trop loin, sans l'attention à laquelle il nous avait habituée. De quoi est-il si important de se libérer ? Des injonctions de "la Société" d'abord. Oui, c'est vrai qu'elles sont nombreuses et pénibles. Mais pourquoi nous inciter à le faire à grand coup d'injonctions inverses ? "Lâcher prise" ! "Ne vous conformer pas" ! "Cessez d'obéir"  ! (celle-là, elle est pas mal), sensées nous mener à une forme d'épanouissement. Laisser tomber le "groupe humain", comme il l'a fait lui, en quittant toutes ses responsabilités éditoriales chez Gallimard, c'est une chose, et pas n'importe qu'elle chose, mais ça va plus loin, et ça devient plus gênant quant il s'agit de l'individu. Il faudrait aller jusqu'à une forme d'évanouissement, jusqu'à la dissolution du "Moi", illustrée dans son dernier et excellent roman, "Les solidarités mystérieuses", par le personnage de Claire. Ah la la, la "Perte du Moi", cette tentation majeure de l'Occident, à l’œuvre dans toute sa Littérature du XXe siècle, s'avère encore au travail au XXIe. Et comme tous les autres, de Musil à Beckett, eux aussi parfaitement sains d'esprit, parfaitement en sécurité à "l'endroit où ils parlent", Quignard nous conseille de nous perdre et de nous laisser porter "ailleurs", jusqu'à la Folie, dont, dit-il, "il ne faut pas avoir peur".
Mais que sait au juste Quignard de la Folie, et du désarçonnement ? C'est là que ça devient problématique. Pas grand-chose, au fond. Il le dit lui-même, "Je ne suis jamais monté sur un cheval". C'est déjà assez embêtant comme constat. Car faire du cheval, c'est très, très particulier. Je ne vais pas m'étendre là-dessus mais il aurait du réfléchir à ce qui se joue et se noue entre un cavalier et sa monture avant de s'aventurer sur ce terrain délicat, sans plus de précaution, cela l'aurait peut-être averti un peu et à moindre frais sur ce que c'est que d'être désarçonné, que ce n'est pas si simple qu'il dit, ni si réjouissant. Enfin, passons. Mais Quignard est par contre, on le sait, un très bon musicien. Pourquoi n'est-il pas parti de là ? Il sait parfaitement ce qui se passe quand on fait de la musique, seul ou avec d'autres : Il faut d'abord S'ACCORDER. La proximité de la Mort peut jeter un éclairage autre sur l'ensemble de la Vie, l'expérience d'une forme de désaccord profond d'avec soi ou d'avec les autres est une brûlure si vive que l'on prend avec des pincettes ceux qui font profession de l'appeler ou de la souhaiter. Mais, je crois que Mr Quignard ignore parfaitement cela -même s'il en parle- et que, du coup, il n'a pas pensé à parler de ce qu'il avait sous le nez, de ce qui arrive quand on est un "désaccordé". Qu'en est-il quand on arrive plus, par aucun bout, à se joindre au groupe pour "jouer avec" ? Car jouer ensemble est vital, quelque soit la dimension du groupe dans lequel on désire jouer. Et même dans le silence d'un couple, quel qu'il soit, si l'on se tait, c'est ensemble, au même moment, et c'est déjà un accord qui se fait. Et qu'arrive t-il quand, seul avec soi-même, le désaccord intérieur se fait si puissant qu'il scinde la Psyché en deux, pour aboutir à des pathologies psychiques graves comme la schizophrénie, la psychose dissociative et les souffrances atroces qu'elles engendrent ?
C'est à mon tour d'éclairer modestement Mr Quignard. Par expérience, parce que je le sais, pour l'avoir vécu, ce "désaccord", j'aimerais lui dire, que le "Moi", même s'il pèse parfois, même s'il encombre, est la condition incontournable de toute existence humaine viable et non-souffrante "a-priori", qu'il faut d'abord que ce "Moi" soit construit, pour avoir quelque chose à se mettre sous la dent si d'aventure l'envie nous vient d'en faire l'économie. Sans le travail d'"accordage", de soi à soi, de soi aux autres, il n'est aucune musique possible, aucun chant, aucune Littérature, aucun lecteur, aucun Quignard. Or, il y a fort heureusement des lecteurs et fort heureusement un Quignard, et qui continuera à arpenter son "Royaume", pour notre bonheur. Parlez-nous, Monsieur Quignard, à la façon orfèvre que vous avez, de votre travail d'accordage, de vos petits travaux d'ajustements minuscules et majuscules, de votre musique, mais, de grâce ne parler pas d'Ombres dont vous ne connaissez pas la portée (sur les vôtres), de Ténèbres telles que, si l'on en sort à peu près vivant, on n'a de cesse de ne plus évoquer ces stridences inhumaines qu'avec appréhension et de les éviter avec soin. Dans votre "Dernier Royaume", qui s'avère être aussi le nôtre, si vous tenez à vous aventurer de ce coté-là, il n'est pas juste d'en ramener une parole qui soit une invitation à y aller. C'est par trop présumer de nos forces potentielles et ignorer la réalité horrible de certaines de nos faiblesses. C'est faire fausse route. Remonter à cheval et retourner sur ses pas ne signifie pas être arrivé à la fin ironique du Royaume qui ne se voit plus comme tel, cela peut-être un autre moyen d'en prendre, avec milles précautions, possession. Je vous souhaite bonne route. Je nous souhaite bonne route.

jeudi 27 septembre 2012

Raie-publique des Lettres.

Tout n'est pas rose à l'Académie Française. Jean d'Ormesson, qui raconte désormais des blagues scatologiques sur RTL, ressemble de plus en plus à un anus fripé hors d'âge. Moi, un trou du cul vieille France qui me fait de l’œil, ça me fait pas envie ; mais d'Ormesson a au moins le mérite d'être maintenant au niveau de son œuvre.
Chez les Goncourt, ce n'est pas tellement mieux. Bernard Pivot semble muter en serpillière usagée équipée d'un dentier ramasse-miettes. Aie, aie, aie ! Qu'est ce qu'il vont encore trouver comme vieille lune à distinguer début novembre ?

dimanche 20 mai 2012

Live from Daryl's House. Une bonne raison d'avoir internet.

Daryl Hall a eu une très bonne idée. Maintenant qu'il est un peu rangé des voitures, plutôt que de refaire "ad libidum" le coup de la reformation du duo avec Oates et de remplir les stades de nostalgiques des années 80, il a lancé sur le net le show régulier "Live from Daryl's House". Enregistré chez lui, il y invite des copains musiciens de toutes les horizons à taper le bœuf sur les chansons qu'il composa jadis et qui sont devenus, peu ou prou, des classiques. Le tout avant ou après un bon petit barbecue dans le jardin de la maison. Il est sympa Daryl.
L'émission est diffusée sur le net en direct ou en différé. Ainsi on a pu voir Smokey Robinson, Booker T.Jones, Todd Rundgren, Mayer Hawthorne passer faire un saut chez Hall et revitaliser "Sarah smile", 'Wait for me", "I can go for that" et autre "Maneater" dans une ambiance relax, cosy et boisée. C'est à dire trois générations : celle qui a inspiré Hall (Robinson, Booker T.etc, etc ...), celle avec laquelle il a travaillé (Rundgren a produit Hall and Oates), et celle des jeunes qui viennent payer leur tribut à ce petit maître de la Soul blanche ( Mayer Hawthorne, Chromeo etc, etc...). Les musiciens qui aident à l'accouchement sans douleur de ces rencontres sont tous de fringants routards quadras ou quinquas qui n'en sont pas à un petit miracle près, habitués qu'ils sont aux conditions de parturition les plus improbables. Ici, tout est parfaitement au point pour que "ça" se passe bien et résultat, "ça" à effectivement lieu. Ça, c'est quoi ? Et bien, le genre de truc que je met dans la vidéo ci-dessous. Quelque chose d'à fleur de peau et de profond qui fait dodeliner de la tête doucement et suer des mains d'un bonheur un rien suranné.
Voilà le topo : Hall, aux anges, balance une petite version californienne chaloupée de "I can go for that" en compagnie de Chromeo, jeune duo arabo/juif de musique Westcoast, dont un des deux gaillards chavire avec son vocoder-sirop, et aussi de zicos pur jus de papaye, dont un guitariste hors-d'âge au chapeau de paille façon Walter Brennan dans "Rio Bravo" qui emballe un savoureux solo de guitare électro-acoustique. Le tout est du miel conçu pour les oreilles sensibles. Il y en a des dizaines comme ça disponibles sur le net, plus ou moins bonnes, j'allais dire plus ou moins "parfaites", parce qu'on est souvent pas loin d'une sorte de perfection, et à tout le moins, la plupart du temps, on est dans l'excellence. Tout ce truc pourrait être poussif, auto-suffisant, écroulé. Une espèce de branlette de papys sur peau d'ours miteuse devant une flambée d'ennui. Et bien pas du tout, c'est tout à fait réjouissant et je me demande ce qu'attend Bob Dylan pour faire la même chose.
En dessous je met une vidéo de la grande époque d'Hall & Oates, enregistrée au Japon, où l'on voit le talentueux chanteur faire un petit numéro vocal rassérénant. C'est à la fin de la chanson, dans un silence de cathédrale (gloire aux nippons!), il faudra attendre ou faire "fast-forward". A vous de voir.