Il n'y a pas que l'attitude cool, la coupe de cheveux, les fringues. Tout le star-système à chier.Il y a le talent, nu, rugueux. Un diamant brut. Qui pourrait reprocher ça à Rod Stewart ? Moi, j'écoute ça et je pleure, comme quand j'écoute "Nature boy" par Nat King cole. Je ne suis pas né à "Gasoline alley" mais pas loin et c'est là, pas loin, que je finirai, près de ma mère.
.
Y' peut tout se permettre ce con, ça passe. Et pourtant je n'aime pas Radiohead....
J'aime Alan Vega, par contre, et il a suffit à Christophe de quelques borborygmes de Vega en bout de course pour trousser un tube Dance au poil : "Tangerine". Je pense que Vega dit à peu près n'importe quoi. De toute façon il "chante" de manière incompréhensible.
Sur YouTube y'a rien de bien bandant. Allons-y pour ce live un peu anémique (le son que ça a sur le CD...).
Dans les années 90 Vega tissait sur mesure une toile cubiste de blues avec Ben Vaughn et Alex Chilton. Ca peut sembler prétentieux, c'est du nanan, du miel. For diabétiques only.
Les Stones en 2016 ? Bah, ça roule, ça roule, ça continue de rouler...L'album de Blues que je leur réclame depuis 20 ans a fini par tomber. Il est bon, impeccable même. On dirait des noirs, les mecs; c'est pourtant des Londoniens. Il y a eu des mutations génétiques, des altérations psychiques et physiques du patrimoine british au profit de celui de Chicago. ET ce N'EST PAS un album de Blues de plus, MÊME Clapton est bon là-dessus, c'est dire... Jusqu'où ça ira comme ça ? Oh, personne n'en sait rien, même pas Dieu, même pas le Diable...
A part ça j'ai regardé la vidéo du concert à la Havane et c'est assez anodin mais c'est là et c'est assez bon tout de même avec deux ou trois moments incroyables. Il y a celui ou Keith chante "You got the silver" sans s'occuper plus longtemps de jouer de la guitare, et ça passe sans problème. Celui où Jagger dit à la foule, après avoir massacré "Sympathy for the Devil", "Vous savez ce qui vous attend maintenant." Eh, Eh, fini le petit Paradis communiste hors du temps, les balles vont recommencer à siffler et le sang à couler à flots, en même temps que les dollars. Celui où le même Jagger se met à courir d'un bout à l'autre de la gigantesque scène comme s'il avait trente ans alors qu'il en a quarante de plus ! Et puis, celui, infernal (INFERNAL) où la choriste qui a remplacé Lisa Fischer, usée, envoie "Gimme Shelter" haut dans la nuit cubaine.
Tout cela est bel et bon Mais est-ce que vous savez pourquoi le DVD s'appelle "Havana moon" ? Parce que c'était la pleine lune ce soir de concert-là ? Aussi, mais en fait nan, c'est à cause de ça, ci-dessous. Tellement génial. En attendant le nouvel album....de Chuck, hein !
Fait chier, Leonard Cohen est mort. C'est un guide, un phare d'occident qui disparait. Après un album testament où il se mettait en règles avec ses amis et amantes et avec son Dieu, il nous a dit "So long..." en nous laissant des sanglots dans le coeur et de la vie plein les mains. Ne nous reste plus qu'à célébrer sa mémoire en écoutant ses disques, en lisant ses livres, en écoutant sa voix, magnifique, profonde et magique. C'est nos idoles qui meurent les unes après les autre, NOS idoles, je dis bien, ceux venus avec nous de nulle part, du pays de la jeunesse reine et perdue, rêvant de toutes ses forces et se cassant la figure sur la terre pour se relever la gueule de traviole; venue d'un autre pays, un peu en marge du réel qu'il fallait bien rejoindre pourtant parce que pour que tout soit VRAI, il fallait aussi l'épreuve du réel. Cohen disait la VERITE,il disait les choses comme elles sont, en rêve ou en réalité; il a joué de sa lyre, il ne nous a jamais trompé ni menti; il n'a jamais triché. Moi, je SENTAIS que c'était une parole libre et juste, de faiblesse et de force, de tendresse, d'amour; de la poésie très pure. Je le COMPRENAIS aussi, ça me pénétrait en bonne et due forme, comme il avait pénétré ses muses de toutes sortes. Magie du grant ART. On aurait aussi bien pu lui filer le Nobel. Maintenant, j'ai jusqu'à ma mort pour le réécouter, le mijoter dans ma cervelle avec la beauté des ritournelles en sus pour rajouter à ma joie, avant de partir en règle, moi aussi, quand je dirai à quelqu'un " Vous le voulez plus sombre...., je suis prêt, Seigneur.".
Bonnie Raitt ? Comment dire ? Elle a pas peur du machin. Elle joue de la guitare comme un mec. Parce qu'elle a étudié le manche. Alors, elle sait quoi en faire, contrairement à pas mal d'autres bonnes femmes. Et c'est pas un nègre plus ou moins propre avec une grosse queue qui va lui foutre les jetons. Pour peu qu'elle ait envie, si tu as envie, tu vas avoir du répondant. Plus ça sent fort, plus ça glisse, mieux ça rentre. Seule équivalente encore en état de marche : Stevie Nicks (plus crade).
Même la pétasse d'Elvis Costello l'a repris ce truc-là (en le rendant mièvre, evidemment). C'est dire si ça leur parle, au fond du fond, aux gonzesses, être prises sans pitié.
C'est la ratabaise
La bonne baise en rata
La Bonne baise à Papa
Joli minet
Joli minois
Belle bouille à baise
Ouvrez-vous à moi
Ma Jolie minette
A museau rasé
Nez en trompette
Sonnez musette
C'est l'heure du rata à Papa
Le bon Roi de la baise
Le bon Roi ratabaise
Qui Ratiboise le bas et
Le haut par en dedans
Par douze coups à la douzaine
Et le compte est bon
Et bonne la recette à Papa
D'abord bande à l'aise,
Sois baba et sens-y la rose
Le nez ras la moquette puis
Fourre la courgette
Jusqu'à la base éprise
En l'aubergine fourrée
Et sans biaiser envoie
La purée d'Aziyadé
Et le jus de fraises des bois
C'est la ratabaise
C'est la ratabaise à Papa
C'est la bonne baise à l'émoi
Qui sent la cuisine
La cuisse et la pine
Et toi, tu la sens ?
La bonne odeur
La bonne odeur de caca
Du rata qu'on fait
TOI ET MOI
Moi, vous savez, j'suis simple et compliqué à la fois, j'écoute principalement les Stones. Des trucs un peu rares, pas très connus. Pas pour ça, pas parce qu'ils ne sont pas connus, pas par snobisme, non, parce qu'ils sont souvent un peu meilleurs que les trucs qui brillent et qui sont parfois, je dis bien "parfois", un peu de pacotille. "Get out off my cloud" par exemple, c'est tout à fait surfait, Mi-La-Si, pom-pom-pom, bof-bof-bof, ah si, les paroles sont bonnes. Mais c'est pour les filles en priorité, les pisseuses (d'ailleurs Chrissie Hynde disait qu'on ne pouvait faire plus "EXCITANT" que "Get out off my cloud"), mais les trucs un peu bluesy-vintage, un peu roots, c'est sur les faces B des singles qu'on les trouve, ou sur les albums (et encore, ça dépend des pays). Donc, il faut chercher un peu pour entendre ce blues délicieux qu'est "the Spider and the Fly", ou le très caustique "Under assistant West Coast promo-man" dans lequel Jagger fout une grande baffe à ses employeurs et, en général, à tous ceux qui les utilisent. Piqures de rappel à go-go, les talentueuses Stars, c'est eux, les Stones. Personnellement, je n'ai jamais pensé le contraire et le show-business n'a, pour moi, jamais été un problème sauf quand il est devenu émollient et astringent pour les artistes. Je ne suis pas un gauchiste masqué qui défonce des vitrines d'hopitaux à la masse.
Mais mon juke-box interne me joue parfois des tours. Il sursaute et passe d'un artiste à l'autre sans prévenir.Et il fait le grand huit, des fois. Et si je vous en faisais profiter.
Ainsi, si nous rendions hommage à...GILBERT BECAUD, ça serait bien, non ? Et pourquoi pas. Je l'aime bien Bécaud, c'est un très bon dans son genre. Quel genre ? Variété française tellement bien faite qu'elle s'exporte mondialement. Universelle, quoi ! "Et maintenant", entre autres, est un tube d'airain que rien ne peut altérer. C'est une poutre maîtresse sur laquelle on peut bâtir sûrement.
Eddy Mitchell cover.
ll
The Temptations cover, génial !
L'autre soir, ce satané Georges Lang a passé le premier morceau ci-dessous dans son émission "Les Nocturnes" sur RTL, "Slip away" de David Bowie, tiré de l'album "Heathen". Quelle idée, quelle drôle d'idée ! Ce truc est splendide. C'est une longue et noble déploration sur le temps qui passe et bouffe tout, emporte dans le néant les choses et les êtres les plus précieux. C'est d'une beauté ! A pleurer. Le genre de truc que seul David Bowie pouvait pondre. Alors ? Qui va faire naître les larmes aux coins de mes yeux pour ces raisons magnifiques que sont des chansons tristes ? Bowie, il est out, mort... Le synthé à la fin du morceau m'a fait penser à celui de Prince au début d'"Around the world in a day", qui est cependant plus chamaré, plus gai. Mais Prince, il est out aussi, mort aussi. Plus d'"Annastesia" habité ou l'homme se montrait sous son meilleur jour, celui du fervent croyant en l'Amour et en Dieu. Ca, ça a glissé entre les doigts aussi, l'Amour. Il y a son ombre, tout au plus. On dirait des standards des années 30, ces chansons; du Ellington, un truc comme ça. !
Alors, il me faut aller chercher dans de vieux livres de Flaubert, de Brassaï, de Loti, de Dominique de Roux d'autres raisons de poursuivre ma course, d'autres interpellations, d'autres interrogations que celles auxquelles ces chanteurs donnaient vie. Ces auteurs m'eurent tous trouvé pathétique a pleurenicher sur moi comme un enfant coupable. C'est comme si je les entendaient m'enjoindre de me redresser. D'accord, je veux bien moins pleurer. Les larmes, c'est pourtant ce qu'il y a de plus clair en moi, de plus net.
Heureux encore
Celui dont le blues
Vient sécher les larmes
Et prendre le coeur
Qui sent encore la tristesse, au fond
De n'être plus aimé
De l'amour dont on ne pensait
Pas pouvoir se passer
Celui qui frissonne encore
Sans plus chanter lui-même
Au chant du sang qui coule
Laissant sa trace rouge
De vie et de passion
Comme dans l'arène
Rougit le plastron du toréro
C'est un chant plaintif et cruel
Qui fait mal et qui guérit
C'est un chant maternel
Crève-coeur ma mère
Crève-coeur mon père
Que ce sang roule et coule
Doucement comme les larmes coulent
Après qu'on a entendu
Délicat et rustre
Le blues venant à la tête
Encore
Vous savez quoi ? J'ai les boules. Ca va bientôt faire cinquante deux ans que j'ai les boules et je fatigue. Je ne chante plus, j'ânone. La preuve. 3 minutes 17 secondes de malheur.
Ne me restent que les yeux de ma mère pour pleurer. En français : "...nager dans la bouse."
Il était mort. Symboliquement. En effet, la crise d'inspiration qu'il traversait ne semblait jamais devoir se terminer. Même Gilles Verlant, un de ses plus grands fans, l'avait dit, avant de mourir pour de bon lui, Polnareff était à sec, cuit, finito. Et puis, il y eut ce single de Noël que rien ne laissait présager, avec force arrangements de cordes et vents grandiloquents et voix puissante qui chantonne facile dans les aiguës. C'était "L'Homme en rouge" et Polnareff nous replongeait habilement dans sa mythologie enfantine, et renouait avec elle. A coté de Mathieu qui n'a qu'un cheveu et de la Poupée qui fait non, se tient maintenant ce traitre de Pére Noël qui ne passe pas pour tout le monde. Et ça marche, c'est gamin certes mais on peut comprendre cette colère de minot terriblement seul qui semble encore habiter Polna. Ces blessures-là sont toujours vives et l'argent et la gloire n'y changent rien si l'on est un fils de l'Ombre, on reste un fils de l'Ombre et cette filiation horrible nourrit jusqu'à la mort, effective, les âmes rebelles qui en naîssent. Autrement dit, il peut y avoir d'autres bonnes surprises à venir de la part de notre ami maltraité et puni Polnareff. Car il est toujours en vie. Et il chante encore, seul et contre tous, comme tous les bluesman.
Il faisait bon savoir que David Bowie travaillait quelque part dans le monde sur un projet musical qui allait se révéler au minimum intéressant, voire brillant, mais jamais anodin. Maintenant qu'il n'est plus là le monde est plus inconfortable, plus pesant. Bowie n'était pas léger, non, ce n'était pas une plume, mais quand on l'écoutait on se sentait plus libre, on soufflait, on respirait. Son travail libérait de la place pour autre chose que Coca ou Peugeot dans la tête. Pour de la Vie ("V" majuscule). Bowie était en perpétuelle évolution, en perpétuel changement mais toujours il restait intelligent, alerte, à l'écoute, vif, perclus d'angoisses, apte à en faire une matière de travail, jamais véritablement en repos, affrontant le chaos, y donnant de la voix, sa voix si particulière. Sa sensibilité était si singulière. D'où venait-elle ? Souvent il faisait référence à son enfance, à son frère schizophrène, à son besoin d'incarner quelqu'un d'autre, à ses maîtres et futurs amis en bizarrerie. Il me semble que sa musique, sa création était le point d'équilibre entre ses rudes peurs de n'être rien (ou tout) et sa soif de vivre à plein tube en tant qu'homme complet. Il était un grand et véritable artiste, et toujours, il a été de bonne compagnie, de bon conseil, il nous a fait du bien, ce qui est la marque des plus grands. Il était comme nous sauf, qu'il était un peu plus affuté, un peu plus aiguë, pointu comme une lame, tranchant comme un sabre et ce qu'il nous donnait à voir et à entendre, jouant du couteau et bataillant avec lui-même, éclairaient notre nuit, parfois d'un soleil sombre, le plus grave, le plus durable.
L'effet que sa disparition me fait, en réalité, c'est celui d'avoir perdu un ami très cher qui était infiniment plus doué que moi pour dire "des choses" communes à tous et qui était en sus aussi généreux dans sa vie et sa vision qu'un artiste doive l'être, c'est à dire faisant ce qu'il sentait devoir faire, ne devant rien à personne et étant payé très cher pour ça. Ah merde, il me manque ! J'ai toujours vécu dans un monde AVEC Bowie, il n'est plus là, et moi, où suis-je ? ("Where are we now ? where are we now ?..."
Deux chansons presque au hasard, qui me touchent. "Afraid" et "I've been waiting for you", issues du même album "Heathen".
"Afraid" Ecoutez les paroles.
"I've been waiting for you" signée Neil Young. Même ses reprises sont dorées sur tranche. Pas de hasard.
Un matin - il avait fait un froid de canard depuis au moins une quinzaine de jours - un type était dans une baraque du Mississippi, il se les gelait grave et il avait faim. Il a avisé des bûches et il s'est dit : "Je vais faire un feu." Il avait pas d'outils pour casser ou scier les bûches alors il essaya de les fendre avec son front. Ca n'a pas marché et il avait du sang sur la tête. Alors il se mit a bouffer la bûche, comme ça, avec ses dents. "C'est vachement bon !" dit-il et il n'eut plus faim. Ca faisait au moins un problème de régler. Ce mec, c'était T-Model Ford. Le voici chantant : "I'm insane" ("Je suis cinglé"), le gros des paroles de la chanson consistant en une apostrophe envoyée à Dieu sait qui et qui dit : "I'm gonna put my foot in your ass." ("Je vais te foutre mon pied DANS le cul."). Gouleyant.
Sur le même label de Blues étonnant, Fat Possum : R.L. Burnside, qui racontait cette histoire à son public quand il était en forme :
"Un jour, un jeune homme a ramené chez ses parents une ravissante jeune fille et leur a annoncé qu'il avait l'intention de l'épouser. Les parents furent un peu pris de court et le père du garçon manqua d'avaler une bouchée de Cherry Pie de travers mais il fut convenu que l'on en reparlerait. La jeune fille avait apparemment fait bonne impression sur les parents mais, après le repas, pendant que la maman du gars faisait la vaisselle, son père le prit a part et lui dit très sérieusement "Tu sais, fiston, j'ai été jeune moi aussi et je n'étais pas aussi sage et discipliné que toi. J'ai folâtré à droite et à gauche et j'ai trompé ta mère - Dieu me pardonne. Petit, tu ne peux pas épouser cette fille parce que c'est ta soeur - Dieu aie pitié de moi - enfin ta demi-soeur. Tu comprends ?" Le fils avait très bien compris la situation et était sonné par la révelation que venait de lui faire son paternel. Il tirait une tête de six pieds de long et avait l'air salement déprimé. Sa mère le voyant ainsi le prit discrêtement à part et lui demanda ce qui se passait. Le fils craqua aussi sec et lui raconta ce que venait de lui dire son père, en pleurs. Sa mère pris sa tête sur son giron et lui dit : "Allons, allons, ton père ne comprend rien à ce genre de choses et, crois-moi, tu peux épouser cette jeune-fille l'esprit tranquille parce que si ce vieux singe croit qu'il est ton père, il se trompe !"
R.L. Burnside : "I wish I was in Heaven sitting down". ("J'aimerais bien être au Paradis à rien foutre.")
Y'a un type, un jour, il a voulu faire un paté dans le désert. Ca lui a paru pas idiot comme idée. Eh ouais, le désert c'est plein de sable. Alors il s'est attaqué à la chose avec son seau et sa pelle. Il s'est aperçu que les patés qu'il essayait de faire tenaient pas debout parce que y avait pas d'eau dans le sable. Y s'est dit : "Je vais quand même pas pisser dans le sable pour faire un chateau ! Avec ma propre pisse !". Tout ça l'a enervé et il a tout cassé : la pelle, le seau, le désert et lui. Il était vachement furax. Ce mec c'était T. Model Ford.
Tiré de l'album "You better keep still", ("T'as intérêt à te tenir tranquille.") "To the left, to the right."
Tout à l'heure j'ai pleuré en écoutant "Hello" d'Adèle...Et quoi ! je suis triste et c'est bien naturel. Je m'essuie les yeux, je tiens bon, je me soigne. En l'occurence avec deux blues atypiques (comme moi) que je vais mettre ici en écoutant Bruce Springsteen chez Georges Lang s'époumoner sur "Santa-Claus is coming to town". Vous ne saviez pas que le Père Noël allait venir faire un tour en ville ? Ben si. En attendant, tiré du très bon film "Performance" de Nicolas Roeg, un blues du Diable interprếté par Mick Jagger.
Et ça, "Scumbag Blues" ("le blues du sac à merde." Tu te sens concerné ? Non ? Tu devrais.). de Josh Homme avec Dave Grohl et John Paul Jones.
Là, on frôle l'os.
Ca ne va pas ? Tout est gris et morbide ? La malfaisance règne en maîtresse. Je suis d'accord. Alors, harmonisons en coeur avec Roscoe Holcomb pour chauffer la peu de sang qui nous reste dans les artères. Tristeza, Saudade, Blues, Bourdon, c'est la même chose. Qui chante sa peine l'enchante. C'est en faisant cela avec une certaine constance que l'on devient chanteur de métier.
Roscoe Holcomb : "A man of constant sorrow".
Paul Éluard, “À Peine Défigurée” (La vie immédiate, 1932)
Adieu tristesse,
Bonjour tristesse.
Tu es inscrite dans les lignes du plafond.
Tu es inscrite dans les yeux que j’aime
Tu n’es pas tout à fait la misère,
Car les lèvres les plus pauvres te dénoncent
Par un sourire.
Bonjour tristesse.
Amour des corps aimables.
Puissance de l’amour
Dont l’amabilité surgit
Comme un monstre sans corps.
Tête désappointée.
Tristesse, beau visage.
Sagan était si singulière, si forte, si subtile, tout l'inverse de ces cons de terroristes.
J'ai de la chance. Je désespérais de trouver un jour sur YouTube ce morceau interprêté deux fois par Otis Taylor sur son dernier album "Hey Joe Opus red meat". Et paf le voilà ! En ce moment, la viande rouge a mauvaise presse. Raison de plus pour se payer une bonne entrecôte et écouter plutôt deux fois qu'une les versions saignantes de "Hey Joe" par celui qu'on appelle le Blue-Eyed-Monster C'est vrai qu'il a une tronche d'équarisseur Otis Taylor. En fait, il est doux comme un agneau et joue du luth en tutu dans les plaines du Wyoming à cheval sur une vieille mûle. Bon, nous étudierons les conditions de vie de l'Otis Taylor en milieu ordinaire plus tard, place à la musique. Je mets les deux versions de l'album, comme ça tout le monde se fera son idée sur laquelle des deux est la meilleure. La violoniste, Anne Harris, fait merveille.
J'en remets une couche sur B.B. King car je n'ai pas l'impression qu'on pleure beaucoup sa disparition dans les chaumières françaises. Ce type était fabuleux, chic, gouailleur, plus noir que noir et en même temps ouvert à tous, sans distinction de race ou de classe sociale. Et il envoyait la sauce comme personne. Il était né en 1925, premier quart du XX ieme siècle (quel siècle bon sang !) et il a grandi et travaillé dans les champs de coton. Rien que ça, ça sent la légende. On en verra plus des comme lui.
"Aussi longtemps que ça sera moi qui paierait l'addition, ça sera moi le patron !" Clair, non ?
Et puis une chouette version de son tube "The thrill is gone" avec Tracy Chapman, qui n'est habituellement pas ma tasse de thé mais là, c'est bon. Y'a du feeling et B.B. a une allure pas possible.
Et enfin, un duo sudiste pur jus avec Billy Gibbons des ZZ Top, dont je parlais dans un post précédent, duo qui n'est vraiment pas sans charme et même que ça groove joliment.
Je pense que les Etats-Unis sont un bordel inter-ethnique et inter-culturel d'une ampleur dont on a pas idée en France et en Europe. Au bout de quelques trois siècles de brassage raté, chaque race m'a l'air d'avoir les armes aux pieds, prêtes à servir contre un "ennemi" de toujours si par hasard un "frère" venait à avoir un pépin. Les blancs, en particulier, m'ont tout l'air d'avoir la gâchette facile quand il s'agit de flinguer du "nigger" et, en retour, ceux-ci sont désormais suréquipés d'armes de guerre pour défendre leurs territoires et leurs business, le tout sous le regard d'un Etat central bienveillant qui préfère voir ses citoyens s'entre-détruirent plutôt que de se rebeller contre une dictature du marché et de la finance. De toute façon, il y a longtemps que l'alpha et l'oméga de la vie politique, et de celle de tous les jours, est le billet vert et les différents moyens de les amasser. Il n'y a plus de combat que pour la vie et rien de plus. C'est terriblement régressif comme ambiance et, dans ce pays, il vaut mieux devenir une machine à tuer qu'un être humain. Ceci étant dit, la Liberté qui règne aussi là-bas permet à la vitalité de certains, artistes entres autres, de nourrir des formes d'expression incroyablement vivantes et pleine d'énergie, qui peuvent, elles, être source de mélanges, de croisements, de rencontres. Résultat des courses, les "niggers" et les "whiteys" se retrouvent parfois autour d'une guitare ou d'un poème (rap ?) pour le ou la partager avec une force décuplée, gagnée sur tout ce qui est là pour empêcher qu'il y ait quelque chose au lieu de rien. Et là, ça devient tout de suite assez géant. Un bon exemple de ce métissage rayonnant est ce qui se passe régulièrement chez le chanteur blanc de soul Daryl Hall et qui est retransmis sur le net. J'en mets trois exemples tonitruants. D'abord, Billy Gibbons des ZZ Top vient jammer le Blues avec Daryl et ses petits amis sur son classique "La Grange". Dans l'ordre, Billy entame les hostilités par un solo de grande classe au style reconnaissable entre mille, le second guitariste est moins dedans, puis le premier clavier prend la relève un peu mollement avant que le troisième guitariste ne morde profondément dans le lard et que le second clavier ne se déchaîne comme un aliéné enfin libéré. Notre héros reprend la main et là intervient un petit laïus de Gibbons sur....B.B. King et le tirant des cordes de guitare des bluesmen. C'est un peu technique mais ça vaut le coup d'oreille et ça me permet de rendre un hommage indirect à cet être humain qui semblait délicieux et qui vient de nous quitter pour entrer dans la légende et l'Histoire, alors que le seul fait de le savoir vivant dans le même monde que moi m'aidait à vivre. Mais Gibbons est encore là et il semble avoir hérité de la gouaille et du bagout d'un nègre du bayou ce qui sent bon l'Amérique généreuse et me rassure.
Ensuite, il y a Smokey Robinson, un des rois de la Motown noire, invité à chanter sur un morceau de Hall "Sara smile", très bel exemple de Soul blanche que le papy-hibernatus sorti du freezer prend manifestement du plaisir à entonner jusqu'à ce que tous les musiciens enchaînent quasi naturellement sur le "Ooo Baby Baby" de Robinson, chanté avec le sourire par notre soulman blanc, Daryl Hall. Pour finir, je mets ici un morceau de bravoure qui voit Hall et sa bande reprendre avec panache et une âme impeccable l'inégalable "Tears of clown" de Robinson qui est, on le voit bien, complètement sonné d'entendre qu'on puisse encore jouer son tube des sixties comme ça au XXI ème siècle. Il va ramer pour recoller au peloton sans y parvenir mais son regard traduit un tel étonnement que, même si le chant est plutôt faiblard, ça reste beau.
Comme quoi, avec un peu de bonne volonté, on peut transcender sa race et ne plus se reconnaître que dans la grâce et la beauté, baumes universels mais pas sans origine. Ici strictement américaine, de ce pays jeune à l'histoire chaotique et qui nous a tant promis.