Affichage des articles dont le libellé est Feeling. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Feeling. Afficher tous les articles

lundi 2 septembre 2019

Un atout coeur lancé dans la bataille : sir Was.

Dans la musique post-moderne des dix dernières années, dans les vrais trucs nouveaux, l'émotion était bannie. C'était à celui qui en mettrait le moins, ou la camouflerait le mieux, derrière des monceaux de violence et de second degré. Plus le droit à l'émoi majeur, plus le droit au frisson, l'ironie était reine, le cynisme de gauche et la bêtise assumée de droite s'entendaient pour faire fermer son claquemerde à la sensiblité. Et je ne vous parle même pas d'une notion comme l'inspiration. Quand à la poésie, elle consistait à mettre ses organes vitaux sur la table en hurlant, ou ceux du voisin, et à laisser les gens se dépatouiller avec la crudité et la cruauté.
Et puis là, il y a un truc qui sort qui palpite de vibrations, celles du field recording, celles des rythmes breakés, celles des sons électroniques travaillés, bref celles de tout l'attirail post-moderne et qui les met au service de l'émotion. Oh, on va se défendre dans la musique de jeune, on ne va pas se mettre à frissoner pour autant. Attendez !...de jeune ?... c'est une nouvelle génération qui arrive, sensibilisée à l'amour de la Nature, à la manifestation, parfois paroxystique, des affects, qui connaissent par coeur le porno hardcore et le sourire triomphant hipster et qui voit plus loin, au delà de la ligne d'horizon qui n'en est plus une. Je fais confiance à sir Was, cet artiste qui m'a bouleversé, et à la nouvelle génération qui va remettre les sentiments et les émotions à leur place : centrale. L'intelligence va souvent à l'encontre du coeur et l'étouffe. Seul compte pour moi ce que j'appelle l'intelligence sensible. Toujours jouer Stendhal contre Flaubert, les égarements sentimentaux contre ceux de la raison, l'humide contre le sec, les larmes...toujours...
Voici donc sir Was, un jeune qui promet. Tiendra-t-il ? Nous verrons.
Sir Was : "In the mist"

Sir Was : "Revoked"

Sir Was : " A minor life " ( Remember Perros et sa "Vie ordinaire")

lundi 19 février 2018

Camille Bertault : le nouveau visage du jazz rance.

Alors que j'ai envie de gifler tout le monde, surtout les femmes et les mômes, ô chance, une tête à claque se présente. D'abord, soyons sûrs d'une chose, le Jazz, sous sa forme canonique est mort, mort et enterré. Le cadavre à des espèces de spasmes zombiesques deux à trois fois par an tout au plus. Et, qu'on se le dise, ce n'est pas Camille Bertault qui va le ressusciter et la hype qui l'entoure et secoue le petit monde du Jazz français ne changera rien à l'affaire. Bertault s'était signalée en reprenant vocalement note pour note le solo de "Giant Steps" de Coltrane et en le balançant sur YouTube où la chose avait rapidement été plébiscitée. Les YouTubeurs raffolent de ces petites sucreries. Ce sont des amateurs de virtuosité gratuite et de monstruosité. Camille Bertault, un monstre ? Je n'irai pas jusque là. Par contre, sur son premier album, qui vient de sortir, elle fait preuve d'une virtuosité à toute épreuve...sauf celle du Jazz. Dans ces vocalises survitaminées pas une once de swing, ni de feeling. Pas une once de Jazz. Elle shoote à blanc, Bertault et, loin de toucher une cible hors d'atteinte, elle étale à longueur de chansons des accents qui tombent mal et des cabrioles qui sonnent faux, même si elles épatent le bourgeois bohème, coeur de cible de ce projet marketing aux longs cours (vous verrez qu'elle finira actrice de films d'hauteur) Elle fait pipelette, elle ne parle pas. Elle ne chante pas, elle tente d'étourdir à coup de trilles acrobates. Elle se branle la glotte au vu et su de tout le monde et elle fait jouir personne. Damned ! Si t'as un tant soit peu de feuille tu ne te laisses pas avoir par cette esbroufe bon chic bon genre, tu refermes le boitier du skeud et tu écoutes You Sun Nah (pour rester dans le relativement frais), Plus tard, tu iras voir le film d'hauteur dans la salle art et essai de ton bled. En causant cinéma justement, elle arrive sans peine à rendre blême la chanson de Danielle Darrieux  "La femme coupée en morceaux", tirée des "Demoiselles de Rochefort", de Jacques Demy, composée par Michel Legrand, modèle de fantaisie et de légèreté. La belle Danielle n'est pas prête d'être détrônée, elle qui chantait avec le naturel d'un oiseau.
Laissons les baudets s'esbaudir et ahaner sous le joug de la mode, Bertault s'époumoner et allons voir dans d'autres territoires où peut se cacher le Jazz, dont l'esprit n'est peut-être pas mort pour tout le monde. Un esprit noir, subversif, libre, mélancolique, sexuel, échappant à toutes les recettes Top-chef des virtuoses, ça doit exister, non ?
Et si le Jazz, de nos jours, c'était ça ?
Joan as Police woman : "The silence".
King Krule : "Czech one"

King Gizzard & the Lizard Wizard : "Polygondwanaland".

Complètement con ? Peut-être pas tant que ça...



lundi 30 octobre 2017

Joe Henry is alive and well (et amoureux).

Lui, je le découvre et il me bouleverse. Il chante quelque chose que je crois : l'amour est suffisant. Je dédicace pompeusement ce morceau à Danielle Darrieux. Et la femme que j'aime.... ??? Elle n'est pas loin.

lundi 23 novembre 2015

Pain killer.

Là, on frôle l'os.
Ca ne va pas ? Tout est gris et morbide ? La malfaisance règne en maîtresse. Je suis d'accord. Alors, harmonisons en coeur avec Roscoe Holcomb pour chauffer la peu de sang qui nous reste dans les artères. Tristeza, Saudade, Blues, Bourdon, c'est la même chose. Qui chante sa peine l'enchante. C'est en faisant cela avec une certaine constance que l'on devient chanteur de métier.
Roscoe Holcomb : "A man of constant sorrow".

Roscoe Holcomb : "Graveyard blues".

samedi 17 octobre 2015

Belote et re-belote.

L'autre jour, j'ai mis sur ce blog un morceau du groupe Cousteau dont le chanteur est une sorte de crooner moderne un peu délavé. En fait, je suis partagé sur les crooners. J'adore Nat King Cole mais je déteste Sinatra, j'aime beaucoup Dean Martin et sa distance de fanfaron (son numéro d'autodérision dans "Embrasse-moi, idiot" de Billy Wilder reste inégalé) et j'exècre Tony Bennett. Mais en matière de Pop musique il est une voix de crooner qui m'emballe et m'emporte au loin avec elle, c'est celle de Scott Walker. Ce type est imbattable, ses compos sont géniales (ses reprises aussi), ses arrangements sont sompteux et sa voix est un miel suprème pour séduire et aguicher les oreilles un peu lasses. Allez zou, un petit Scott Walker : "Montague terrace (in blue)".

Evidemment, quand on arrive à un tel niveau d'élégance et de raffinement dans la musicalité et le chant c'est dur de passer après et on se retrouve à penser immédiatement aux tout meilleurs pour enchainer sans déprimer : Hazlewood, Spector, Bacharach, les Beatles, Brian Wilson des Beach Boys. Arrêtons nous un instant sur Brian Wilson, en sachant qu'on ne fera pas mieux que lui, aussi bien peut-être, mais pas mieux. Depuis quelque temps déjà tout le monde y va de son commentaire avisé sur le génie de Wilson, de sa petite pépite exhumée d'une cave ou des bandes magnétiques étaient empilées sans raison ni ordre. Il y a même eu un film fait sur Wilson récemment par ce machin à produire des crétineries qui s'appelle Hollywood : "Love & Mercy" avec John Cusack. Et bien, je vais y aller moi aussi de ma perle rare. Voici les Beach Boys "a cappella" dans "Lavender". C'est tellement planqué comme enregistrement que le nom du groupe ce n'est même pas les Beach Boys c'est les Pendletones, c'est dire...

Pas mal, hein ?

jeudi 6 août 2015

Le Jazz façon Roland Kirk et Pompidou.

Si vous croyez que c'est Brad Melhdau qui a inventé les reprises de hits de la Pop du moment et leur passage à la moulinette Jazz, vous vous trompez. Ca a été comme ça de tout temps, tant et si bien que des chansonnettes pour midinettes ou mémères sont devenus des standards du Jazz. Dans les années 70, Roland Kirk sacrifiait volontiers à la tradition en reprenant des hits de Burt Bacharach ou des Beatles.
Roland Kirk était aveugle, il avait la pèche et pouvait jouer de trois saxophones en même temps, ce qui fait de lui une sorte de bouffon génial des "soufflants" puisqu'il jouait aussi de la clarinette et de la flûte dans le même set, j'allait dire d'un même jet. Et effectivement ça en jette méchamment et ça swing drôlement. C'est pop, virtuose et étonnant, beaucoup moins intello que Jamal mais plus fun.
Rpland Rahassan Kirk à Paris sous de Gaule et Pompidou. 1970

mercredi 20 mai 2015

B.B. King goes down.

J'en remets une couche sur B.B. King car je n'ai pas l'impression qu'on pleure beaucoup sa disparition dans les chaumières françaises. Ce type était fabuleux, chic, gouailleur, plus noir que noir et en même temps ouvert à tous, sans distinction de race ou de classe sociale. Et il envoyait la sauce comme personne. Il était né en 1925, premier quart du XX ieme siècle (quel siècle bon sang !) et il a grandi et travaillé dans les champs de coton. Rien que ça, ça sent la légende. On en verra plus des comme lui.
"Aussi longtemps que ça sera moi qui paierait l'addition, ça sera moi le patron !" Clair, non ?

Et puis une chouette version de son tube "The thrill is gone" avec Tracy Chapman, qui n'est habituellement pas ma tasse de thé mais là, c'est bon. Y'a du feeling et B.B. a une allure pas possible.

Et enfin, un duo sudiste pur jus avec Billy Gibbons des ZZ Top, dont je parlais dans un post précédent, duo qui n'est vraiment pas sans charme et même que ça groove joliment.

dimanche 10 mai 2015

You gonna know my name by the end of the night.

Un jour, j'ai entendu Marc Ribot, fameux guitariste, parler du Blues. Le mec avait eu une épiphanie et il avait compris une fois pour toute ce que c'était que le Blues, enfin une forme du Blues, en l’occurrence électrique avec groupe et soliste. Il avait vu juste le bougre et ça donnait ça : Dans le Blues avec guitariste soliste, le shuffle, la cadence, c'est à dire la basse, la batterie et éventuellement un instrument rythmique, c'est le Destin, le Fatum des tragédies grecs et latines, ça plie, ça broie, ça avance, c'est inexorable. Pensez à un train. L'instrument solo, la guitare quoi, c'est le cri du héros contre ce Destin, un refus, une supplique colérique faite aux Dieux de lui donner une autre voie (de chemin de fer) et contre eux de lui laisser le chemin possible; un combat perdu d'avance -enfin presque-, n'était la beauté et la portée du chant rageur de ce héros qui se fait entendre par-delà les mers et les montagnes et qui transcende tout, sa peine, ce qui l'entoure, ceux qui l'entendent, en beauté surhumaine et en montée de fièvre capable de changer les cartes, IGN et de tarot. Ribot est un faramineux guitariste et sa vision est digne de cette musique prométhéenne qu'est le Blues. Justice lui soit rendue ainsi qu'à Gary Clark Jr. Fuck it.

jeudi 7 mai 2015

Soupçon d'authenticité.

En ce moment, profitant de l'inadvertance du Temps qui passe mal, de plus en plus mal, deux ou trois tourneries de bon goût font battre le coeur du Rock à un rythme accéléré, ce qui est son rythme cardiaque normal. Deux exemples :
Woods : With light with love

The Black Keys : Weight ol Love

Dans les deux cas, on peut noter l'intention louable de pondre des morceaux assez ambitieux par leur facture, leur son, leur composition. C'est gars là sont dans leur truc et ne trichent pas. De la bonne musique. Vivifiant.

mardi 28 avril 2015

Voix tombée des nues.

Dans le top 10 des meilleures chansons Pop de tous les temps, sûrement ça. Voix sublime, mélodie irréprochable, arrangements gracieux, rime riches ( "...don't let my show convince you / that I've been happy since you "!) "The Tears of Clown" de Smokey Robinson and the Miracles. C'était justement le genre de petit miracle qui sortait de la machine à tube qu'était la Motown de Berry Gordy. Aussi bon je connais, meilleur, non. Alors, pour la bonne bouche, le même titre deux fois, la première en live, la deuxième en playback, histoire de bien se rendre compte du boulot différent dans les deux cas. Notons, de toute manière, la bonne tête de notre héros, les décors et les costumes de bon goût et la présence rassurante des Miracles, véritables assurances tout-risque des choeurs.


Et puis, cette petite/grande reprise de ce morceau par un chanteur et un groupe français qui finissaient leurs concert par ce titre et cette version endiablée.
Bertrand Burgalat meets A. S. Dragon.



mercredi 15 avril 2015

Désespérant. Même Percy Sledge casse sa pipe.

Il était bon, Percy, bon comme la romaine, oui mais voilà, ça ne l'a pas empêché de mourir hier. Ce que c'est que de nous tout de même... Certes, son feeling "soul" était indéniable mais il fut malheureusement l'homme d'une seule chanson, "When a man loves a woman", qui fut un hit inter-galactique, un tube mondial qui prêtait assez bien le flanc aux reprises les plus aseptisées, aux envolées lyriques les plus propres sur elles, bref à la moulinette de l'easy-listening made in Germany. Tout ça ne manqua pas d'arriver (Michael Bolton, Helmut Lotti etc, etc...). Elle figure aussi en bonne place sur toutes les compilations des "indispensables" à faire écouter aux assemblées réjouies et sentimentales des fêtes de mariage. En France, Percy avait fait un duo un peu gênant de sa scie increvable avec Dorothée en 1993 sur TFone...
Bon, ce n'est pas dramatique (contrairement aux multiples films hollywoodiens qui utilisèrent le tire, dont certains sont gratinés) et, pour célébrer Sledge et, par la même occasion, le centenaire de la naissance de Billie Hollyday, je vais mettre ci-dessous la chanson de cette dernière "When a woman loves a man", histoire d'aller voir de l'autre coté du genre humain ce qui se passe quand ce satané Amour aveuglé opère. Bah, de toute façon, c'est Johnny Mercer qui a écrit les paroles parce que les femmes ne comprennent rien à l'Amour. Pour elles, enfin la plupart d'entre elles, l'Amour c'est écarter les cuisses en disant "Chéri, je suis fécondable." C'est là que Pépère devrait dire à Mémère d'aller se faire trombiner ailleurs plutôt que de s'embarquer dans des histoires de chiarres qui vont finir par coûter la peau des fesses, surtout au moment du divorce, inéluctable puisque possible.
Billie Hollyday : When a woman loves a man".

mercredi 4 février 2015

Bob Dylan : une ombre dans la nuit.

Comme le dit justement Sylvain Vanot -musicien et Docteur es Dylanologie- "Il faut bien que Bob Dylan se trouve des raisons de se lever tous les matins", et je rajouterais, et d'échapper à la nuit. Oui, Dylan n'a plus rien à prouver à personne, il sort de temps en temps un album de très bonne facture et continue son "Never Ending Tour" (N.E.T.), arpentant le globe au fil des saisons et à son gré. En fait, il se contente de faire ce qu'il sait faire, il fait de la Musique (de la bonne) et il en fera jusqu'au bout. C'est ce que tout artiste véritable expérimente dans son domaine particulier d'excellence, il en a toujours été ainsi et, avec un peu de bol, ça continuera.
Seulement voilà, Bob Dylan est un artiste d'exception et toute forme de train-train lui déplaît, ça ne colle pas avec ce qu'il est, un aventurier du Mid-West émigré à New-York, U.S.A., Monde. Donc, n'écoutant que son coeur, son envie, son courage, et peut-être autre chose, il a décidé de sortir un album composé de classiques de la chanson américaine, s'attaquant ainsi à quelques perles de "l'American Songbook" qui ont connu des interprétations mémorables et multiples. Et voilà que Dylan arrive haut la main à s'insérer dans le catalogue et a se hisser à son niveau. C'est tout bonnement et directement émouvant. Ce n'était pas évident car qui dit "chanson" dit avant tout "Voix", performance vocale et, sur ses derniers albums de Rock, Dylan ne nous avait pas fait l'effet d'un crooner mais bien d'un charretier à l'organe éraillé. Preuve que ce type maîtrise parfaitement ce qu'il fait, il s'est mis pour cet album-ci sur son 31 et chante. Bien. Le tapis musical country-jazz (?!?) qu'il a concocté avec ses musiciens est génial et propice à l'écoute de la voix du vieux chanteur, mélomane sage et amateur digne; il est d'une grande unité formelle et d'une grande douceur. Là-dessus se détache les interprétations, douces aussi, de Dylan, toutes en retenue et feeling, qui du coup ne sombre à aucun moment dans un lyrisme facile (comme cela peut arriver à Bryan Ferry, par exemple, par excès de vibrato). Bref, tout cela est d'une grande tenue et, à une époque où la tenue a tendance à se faire la malle au profit d'un n'importe quoi débraillé (mentalement, parce que les fringues sont plutôt au poil) et criard, ça tranche et ça fait du bien.
Mais il y a peut-être une explication plus profonde à cet essai réussi de Dylan sur ce terrain des chansons, et même à ceux qui l'ont précédé, sur un mode strictement Rock ? Ce n'est pas tant une question de train-train que d'usure et de mort. Peut-être que Bob Dylan tente, classe ultime, un fondu-enchaîné dans la nuit qui arrive pour lui ? Peut-être est-ce cette ambition démesurée qui est belle, et plus belle encore la mise en oeuvre délicate du projet ? Lui seul le sait maintenant, et comme devant toutes les grandes oeuvres de grands artistes, un jour nous nous retrouverons nous aussi seuls face à la sienne. Seuls mais pas abandonnés. C'est même ça l'Art : un acte solitaire contre l'abandon.
Je signale deux chansons en particulier : "I'm a fool to want you", dont la version définitive a été gravée par Billie Holyday, garde ici un potentiel émotionnel vibrant, et "Automn Leaves", adaptation américaine de Johnny Mercer des "Feuilles Mortes" de Prévert et Kosma. C'est pour moi une collision temporelle heureuse qui mêle le poète populaire français que je lisais au collège, le musicien migrant d'exception et le poète "beat" qui m'accompagne depuis que j'ai 16 ans et, d'une certaine façon et en souriant un peu, moqueur et content, je ne vois pas ce que je pourrais demander de plus que ça : Dylan chantant du Prévert et Kosma.
Cora Vaucaire, la créatrice des feuilles mortes.

Pour celle-là Dylan a reçu un Oscar en 2000 pour la B.O. du film "Wonder boys", d'où elle est extraite. La vidéo de Curtis Hanson (réalisateur du film) mélange habilement extraits du film et plans de Dylan. Oui, beaucoup de choses ont changé. Pas la nuit. Je peux en témoigner.

J'ai discuté un peu avec Bob, en priant le Dieu YouTube, et il est d'accord pour que je mette cette chanson issue de son dernier album, à la base une scie de Frankie "Blue-eyed" Sinatra, "Full moon and empty arms". Eh oui, en ce moment c'est la pleine lune.

mercredi 21 janvier 2015

Steely Dan se dresse encore.

Dans ma vie - puisque parfois des événements ou des lectures vous font arriver à l'essentiel d'un coup - dans ma vie, disais-je, un de mes plus vifs plaisirs aura été d'écouter la musique des Steely Dan. C'est une musique qui ressemble au style de ces écrivains français de la fin du 19ième siècle raffinée, pleine d'esprit, de paradoxes, un rien décadente, toujours stylée, tirée à quatre épingles. Eh, c'est un plaisir d'esthète de lire du Huysmans, du de Gourmont, du Barres et de chalouper au son des Steely Dan. Ils sont seuls de leur genre, eux, sans équivalent. Voici une chanson prenante tirée d'un de leurs excellents albums des séventies : "Charlie freak". Tiens encore Charlie qui repointe le bout de son nez. Il le fera désormais de loin en loin. Il est tant et tant à mes cotés.

Les paroles, magnifiques :
"Charlie Freak had but one thing to call his own
Three weight ounce pure golden ring no precious stone
Five nights without a bite
No place to lay his head
And if nobody takes him in
He'll soon be dead

On the street he spied my face I heard him hail
In our plot of frozen space he told his tale
Poor man, he showed his hand
So righteous was his need
And me so wise I bought his prize
For chicken feed

Newfound cash soon begs to smash a state of mind
Close inspection fast revealed his favorite kind
Poor kid, he overdid
Embraced the spreading haze
And while he sighed his body died
In fifteen ways

When I heard I grabbed a cab to where he lay
'Round his arm the plastic tag read D.O.A.
Yes Jack, I gave it back
The ring I could not own
Now come my friend I'll take your hand
And lead you home"

dimanche 4 janvier 2015

In the beginning : The Beatles

Je mets ça, c'est pour les fans des Beatles comme moi. M'enfin, ça demeure quand même accessible à nombre de personnes. Un truc charmant qu'ils (je sais pas qui c'est au juste "ils") devrait généraliser à l'ensemble de la discographie du groupe, histoire qu'on comprenne un peu mieux COMMENT ça se fait que ça "sonne" comme ça; c'est à dire incroyablement bien pour un enregistrement fait sur un magnétophone quatre pistes (de nos jours, on en est à plus de cent). Donc là, chaque piste est jouée séparément et puis on entends le mix final après. C'est à la limite de la magie, en fait c'est un travail d'orfèvre. Pour cet album, "Sergent Peper's Lonely Hearts Club Band", tout le monde s'est mis sur son 31. L'époque était aux bonnes vibrations d'amour libre et de paix, les fringues étaient VRAIMENT classe, George Martin savait ce qu'il faisait de A à Z, sous la férule de John, Paul George et Ringo, même l'énervé Lennon semblait radouci. Résultat, un truc imbattable "l'Album" avec "A" majuscule de ces années-là, un fleuve presque narratif et hallucinogène de musique idyllique d'intelligence et de beauté, ici réduit à quatre pistes pour qu'on puisse bien voir ce qui se passe au plus près de la marmite dans laquelle le ragoût a mijoté. Et c'est simplement passionnant. Allez sur Youtube et tapez "Deconstructing Beatles" il y en a pas mal des comme ça, moins l'infernal design visuel vintage au poil.

lundi 29 décembre 2014

D'Angelo, quatorze ans plus tard.

Voilà quatorze ans qu'on attendait le troisième album de D'Angelo. C'est trop long, va falloir accélérer la cadence D. N'empêche le bidule qu'il vient de sortir est tellement bon qu'il enterre toute la concurrence black, y compris son Altesse Princière. L'album est juteux à souhait, il suinte le Groove, les gimmicks de production sont brillants, les instrumentistes sont inspirés. C'est un panard complet. Je lui en veux quand même pour les quatorze ans à faire du gras et à le perdre mais bon, c'est lui le Boss qui fait shaker les bootys. Ben oui, c'est pas Yannick Noah. Noah, lui, y fait du sport.


Plus smoothy, tu meurs. Soulful.

mardi 23 décembre 2014

On n'y voyait pas grand-chose, Modiano lève un voile.

Parler Littérature est chose difficile, surtout pour les écrivains. La plupart s'en tient à l'anecdote, au nombrilisme, aux citations. Il leur est pénible de se pencher sur leur Art et d'en dévoiler quelques arcanes sans se couper l'herbe sous le pied ou sombrer dans une immodestie toute mignonnette. C'est déjà plus aisé pour les critiques qui sont là pour ça et possèdent tous les codes et les grilles d'analyses possibles et imaginables, qui ne leurs sont pourtant, la plupart du temps, d'aucune utilité pour dire quelque chose de sensé sur un livre ou un écrivain. Leur seul recours sera d'écrire à leur tour, de mettre un bout de soi dans la critique pour éclaircir un peu d'eux-mêmes et en même temps un peu de ce dont ils doivent rendre compte. C'est le seul moyen. Et quand on lit le travail d'un bon critique, on lit de la Littérature.
Bref, récemment, Patrick Modiano s'est livré à l'exercice périlleux du discours de réception du Prix Nobel de Littérature qu'il venait de recevoir. C'est dire qu'il allait falloir parler d'or et soigneusement peser ses mots au poids de la postérité. Et bien, il a fait un très beau et très touchant discours. C'est émouvant de le voir faire un speech aussi limpide, humble, presque chaste sur son métier et ses œuvres, lui dont on connaît la diction stroboscopique, quasi hallucinante. Il dit tout ce qu'il peut dire de lui et de l'écriture sans sombrer dans l'impudeur, et il le dit bien, avec clarté et précision. On est loin du de la déclamation du Sysiphe-stagiaire Albert Camus, qui reste une référence indépassable en matière d'emphase (et de conduite périlleuse au volant).
Je vous incite à lire les livres de Modiano, c'est un grand écrivain. Voici son discours de remerciement pour le Nobel de Littérature. Ça commence 2 minutes 48 secondes après le début de la vidéo.

mercredi 3 décembre 2014

A song in the Keys of live.

Bobby Keys, saxophoniste en titre des Rolling Stones, a rangé les seringues, les perfusions, le déambulateur et s'en est allé courir les plaines toujours reverdies de l'infini avec Sitting-Bull et Jimi Hendrix. J'ai dit il y a pas longtemps à un copain que les cuivres n'étaient pas utiles aux Stones. C'est faux bien sûr, et tout particulièrement en live. Voici un extrait du fameux concert de Bruxelles de 1973, donné pour le public français, les Stones étant à l'époque interdit d'entrée sur le territoire de la République Française pour de multiples raisons. Mick Taylor y est exemplaire de qualité guitaristique et Bobby Keys tout simplement incroyable. Pendant un moment on dirait que les Stones, TOUS les Stones, sont son groupe, qu'ils jouent pour lui. C'est merveilleux ! Dans l'ensemble, le concert est impeccable, les Stones de cette époque sont vraiment le meilleur groupe de Rock n' Roll du monde et la musique qu'ils produisent est à la fois chiadée, parfaitement vivante et à haute teneur énergétique et subversive. Mais trêve de superlatif et sus à l'hyperbole, chut !!! Bobby s'est endormi....
The Rolling Stones : "You can't always get what you want", Bruxelles, 1973.

Ce qui fait la qualité de la chose et lui donne son coté démarche chaloupée (qu'on voit bien d'ailleurs faire à Jagger) c'est le fait qu'à un moment ou un autre de la chanson, ils prennent tous des libertés avec les temps du morceau et jouent sur des contre-temps. Ça c'est fort, et très groovy pour une ballade.

mardi 25 novembre 2014

Des nouvelles du Rock : Joujou.

L'autre jour, j'ai vu un très bon groupe de Rock à Rennes, un duo nommé Joujou. J'ai chopé l'article d'un enervé de la plume qui se laisse aller à la dithyrambe de manière exagérée mais pas si conne. Je le mets.
"
C'est le 20/11/14 au soir que le duo originaire de Bayonne, Joujou, s'est produit à l'Antre2Café, le café associatif de la rue Papu et y a déclenché l'enthousiasme d'un public certes peu nombreux mais choisi. Joujou ? C'est joli comme nom, mais qu'est ce c'est au juste ?
Et bien Joujou ce sont des mélanges ultra-toniques et super-soniques à finir de vous réveiller les morts-vivants que nous sommes tous plus ou moins et à transmuter les chagrins et les questions en vif argent. Tout d'abord, il y a cet homme et cette femme. Opérateurs en Arts sonores divers et Poésie à mach 3. Benjamin, à la fois bonhomme et nerveux, est derrière sa batterie ou bidouille des samples mélodieux et bizarres à partir d'un simple élastique trituré. Branché sur sa comparse, il assure une dynamique mordante et débridée à l'ensemble. Agnes, branchée sur son comparse, silhouette svelte enserrée de noir de pied en cap chante, hurle, danse et joue sur une petite mitraillette de bois, tout à fait «Joujou», qui se révèle être une basse à une corde qu'elle martyrise sans relâche et qui, pas chienne, le lui rend bien. A eux deux, ça pastèque, ça « groove » et ils dégagent une énergie roborative comme j'en ai rarement vue et reçue.
De ce duo bien assorti naît focément un fameux mélange, une sauce piquante qui prend d'entrée de jeu. La voix forte d'Agnes d'un coté hurle à travers la réverbération et s'envole sur le tapis de déboulés de batterie savamment libertaires venus de celui de Benjamin. Ils se regardent, se connaissent, sont en phase, et, comme on dit, «méchamment Rock, n' Roll». C'est un Joujou qui tourne et virevolte et se scratche, un Joujou pour les grands. S'en suit un concert impeccable qui alterne (et mélange) les morceaux bruitistes au format chanson, les hymnes poétiques dit/criés, les poèmes parlés doucement et des envolées free-jazz stratosphériques que je n'hésiterai pas (je ne crains personne pour les adjectifs) à qualifier d'afro-punk ! Quelqu'un dans la salle crie «Fucking Rock n Roll». Mon dieu ! Mais c'est moi qui parle en langues ! Sors de ce corps, mon Amour!
Joujou fait ainsi montre d'une énergie débordante et contrôlée pendant un temps que l'on ne voit pas passer tant est forte l'intensité des textes (magnifique injonction magique : «Prends forme!»), du son, de l'implication scénique. On finit essoufflé, un rien « destroy » mais diablement heureux, de ce bonheur paradoxal qu'éprouvent parfois les malheureux quand ils subliment leur peine. Il y a chez Joujou quelque chose de primitif et d'urgent qui fait se craqueler le vernis du sourire que l'on se met sur la bouche parfois quand on voudrait pleurer. Grâce à Joujou,«ça» sort, ça prend sens, et, en plus, ça se danse.
Il est certain que ces Joujou là nous aurons envoyés en l'air un peu plus que des maquettes Heller, même grand-format, et c'est très bien comme ça. Seuls les sales gamins méritent de vilains jouets. Les plus beaux, les plus déjantés.
  • Alors Maman, tu me le donnes ce Joujou ?
  • Uniquement si tu n'est pas sage, mon chéri, uniquement si tu n'es pas sage...."
C'est signé d'un certain G.C. Connais pas. Comme c'était vraiment bien, voici le lien du site des Joujou, pour que vous puissiez vous faire une idée vous même.
:joujoujoujou.wix.com/joujou

jeudi 13 novembre 2014

Patricia Petitbon à petit bonds.

L'autre jour, j'ai assisté à un récital de mélodies françaises de Patricia Petitbon, une soprane rigolotte qui a le vent en poupe en ce moment en France. "C'était délicieux !", comme ont du s'esclamer certaines dames de la bourgeoisie rennaise un peu fantasques. C'est vrai que la rousse flamboyante, comme on dit, a un talent certain pour la comédie et presque le one-woman-show, si elle n'était accompagnée par une pianiste et un percussioniste qui d'ailleurs lui servent de camarade de jeux, jeux assez comiques tout compte fait, même si un peu courts quand même. Elle pourrait se lâcher un peu plus et bousculer les conventions du petit monde du classique. Après tout, au Chat Noir, à la belle époque, les chansons en ont vu d'autres, sous les regards de Maurice Rollinat, Alphonse Allais et autre Jean Richepin, et ces belles têtes de poètes, toutes un peu folles, ne regardaient pas à la dépense quand il s'agissait de loufoqueries. Mais ne soyons pas tatillons et prenons avec allégresse les petits moment de grâçounette que nous procure Mademoiselle Petitbon. Toutefois, quelque chose me titille, m'irrite et ce n'est pas une broutille. On ne comprend pas tout des paroles des chansons qu'elle entonne et parfois même, on ne comprend rien. C'est quand même très dommage pour une chanteuse française de chanter en français moins bien que, mettons, Barbara Hendricks, qui est américaine.  Loin de moi, l'idée de sombrer à tout prix dans le "C'était mieux avant !" mais quand on écoute Régine Crespin, pour prendre un exemple pas innocent du tout, et qu'on la compare à Patricia Petitbon, on voit toute la différence qu'il y a entre une honnète soprano et une cantatrice de génie. Est-ce le don ? Est-ce le travail ? La Grâce ?. Je ne sais pas mais Mademoiselle Petitbon(d) a encore pas mal d'enjambées longues à faire pour arriver à cette évidence-là.
Régine Crespin chante Fauré sur un texte de Raymond Bussine : "Après un rêve".

Et bing ! "Clair de lune" de Paul Verlaine, mis en musique par Fauré. Crespin toujours. Le texte est incroyablement chiadé, c'est miracle que l'on comprenne ce qu'elle chante !

mardi 11 novembre 2014

Wilson et Wilson.

Dans les années 70 les Beach Boys stagnèrent dans une quasi médiocrité indigne d'eux. Oh, il y eut de bonnes choses, sur les albums "Holland", "Sunflower", Carl and the passions", et même par instants, de très bonnes choses, mais rien qui puisse égaler leur splendeur passée ni rivaliser avec les gaillards qui, du Glam-Rock au Punk, terrassaient les tops-ten et autres Billboards. La surprise vint alors de Dennis Wilson, le batteur du groupe et le seul vrai surfeur de la famille, qui sortit en 1977 le merveilleux "Pacific Ocean Blue". Les chansons sont celles d'un compositeur achevé qui a retenu les leçons de son grand frère Brian, la production est singulière et chatoyante, elle se démarque clairement des Beach Boys par sa profondeur, le "Soleil noir de la mélancolie" inonde le tout d'une tristesse de pierre. C'est magnifique et surprenant. Dennis eut une fin prématurée et ironique (noyé) qui nous priva certainement de nombres de chefs-d'oeuvre qu'il avait sous les doigts et sur les touches de son Steinway. Ecoutons cette prière adressé au Dieu Temps, d'une qualité de composition, d'arrangement et d'émotion qui me saisit à chaque écoute. L'album est entièrement au même niveau d'excellence. A cette époque où Brian courait dans les vastes plaines des délires après de chimériques explications à son histoire de dingue, c'est Dennis qui assurait la rôle de "Génie" chez les Wilson.

2014. Marabouté par Georges Lang et son rouleau compresseur des Nocturnes sur RTL, j'ai fini par adorer cet auteur-compositeur-interprête qu'il affectionne et qui répond aussi au patronyme de Wilson, Jonathan Wilson. Je me demande qui connait Johnathan Wilson aux Etats-Unis ? Pas grand-monde, j'ai l'impression. La nuit sur RTL, au delà de la légende nostalgique de Laurel Canyon que le très bon DJ qu'est Georges Lang parfois nous vante à longueur d'émission, on peut entendre que le doux Jonathan a su créer un style qui tient certes en partie du revival, mais aussi d'une véritable inspiration. Evidemment tout ça sent la bibliothèque universelle post-moderne, mais dans la grande resuçée de tout que pratique tout le monde il serait idiot de faire la fine bouche devant un talent aussi évident que celui de Wilson.
Prenez par exemple ce très bon titrre de l'album "Fanfare", c'est vraiment très réussi, laid-back et concentrè à la fois. Etrange, non ? Alors, la question que tout le monde se pose maintenant, c'est : est-ce qu'il a des frères ???