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mardi 21 octobre 2014

Emmanuel Carrère : le fils à maman de l'Académie.

Cet an-ci on parle beaucoup d'Emmanuel Carrère et de son dernier bouquin "Le Royaume". Autant lui régler son sort maintenant, ça évitera d'y revenir quand il aura reçu le Goncourt (avec un autre bouquin, apparemment c'est encore raté pour ce coup-là). Carrère n'écrit pas, il fait ses devoirs, ce n'est pas la même chose. Dans les devoirs toute la nécessité est extérieure, toutes LES nécessités sont extérieures, même celle des sujets (pour Carrère, c'est simple il prend ce qui s'impose à lui dans le tout venant de l'actualité ou de ses envies, sans trop renacler, sans trop réfléchir, il appelle ça "Flairer un bon sujet") alors que chez l'écrivain la necessité d'écrire est toute intérieure, c'est là qu'elle naît, grandit et finit par se matérialiser dans le geste d'écrire. Carrère veut écrire, un écrivain ne peut rien faire d'autre. Modiano, qui est un très grand écrivain, n'a jamais eu beaucoup à se demander ce qu'il allait écrire et à chercher un sujet qui puisse intéresser les Goncourt, la matière est là, en lui, il l'agite parce qu'ELLE l'agite, et arrive ce qui doit arriver, des livres. Et des bons. Ca ne vient pas tout seul, il faut travailler bien sûr, et même plutôt deux fois qu'une, car il ne s'agit pas de dire une SEULE connerie, tout l'édifice du livre s'éfondrerait; mais le travail de Carrère est d'un ordre différent, scolaire, il applique les méthodes du bien écrire à la française inusables depuis deux ou trois siècles, que moults écrivains de renom à leur époque, aujourd'hui oubliés ont usés jusqu'à la corde raide. Ca s'appelle de l'académisme et ça plaît aux femmes de mauvaises vies (cheminée, chat, tricot) qui sont le plus gros du contingent des lecteurs en France.
Mais ne soyons pas chagrin aujourd'hui et penchons nous sur "l'Usage du "Monde"", un texte court de carrère paru en 2002 en supplément du journal du même nom et qui est d'une telle bêtise qu'on ne peut qu'être d'abord étonné puis rieur devant un tel deballage d'inanités. Dans ce court opus, ce n'est pas une connerie qu'on lit mais toute une avalanche qui nous emporte. Je vous le conseille vivement, c'est poilant.

vendredi 10 octobre 2014

Contre Duchamp


 L'autre jour dans la version web du journal Le Monde, je lis ces mots sur Marcel Duchamp :
"Soucieux à chaque instant de sa vie et de sa carrière de réinventer la peinture, il confiera : « Je voulais m'éloigner de l'acte physique de la peinture. J'étais nettement plus intéressé à recréer des idées dans la peinture [...]. Je voulais remettre la peinture au service de l'esprit. »"
Une toile de Duchamp accompagnait cette petite citation, celle-ci.
On ne peut rêver tableau illustrant plus précisément un propos. Voilà des formes coupées de leurs racines sensibles, désincarnées. Une peinture qui va à l'encontre même de ce qu'est la peinture : un acte du corps qui engage toute la personne, y compris l'esprit. Une peinture qu'on dira mentale. Voilà le contre-sens de Duchamp, un contre-sens qui va alimenter tout le 20eme siècle, celui de la déconstruction. Il n' y a pas là "l'Esprit des Formes", cher à Elie Faure, mais un esprit qui cherche, sur la toile, à ne pas faire forme, à attaquer la peinture dans ce qu'elle a de plus vivant et de plus émouvant. L'émotion, voilà l'ennemie de Duchamp, il n'y en a pas beaucoup dans les parties d'échec qu'il affectionnait, pas plus dans sa peinture. Reste sa cohérence, indéniable, une rationalité folle qu'il mènera à terme, sa dernière oeuvre s'intitulant du nom d'un des chaînons d'un raisonnement logique "Etant donné". Quoi ?. Pour Duchamp, il n'y a pas de réponse et l'oeuvre reste à jamais close sur elle-même, énigmatique. Quand il est mort, Picasso a eu ces mots : "Il avait tort". Et effectivement, il faut choisir, on est du coté de Duchamp ou de celui de Picasso. On ne peut pas bouffer à ces deux râteliers diamétralement opposés. Je suis du coté du Grand Maître espagnol des formes du siècle passé et des autres mordus de la toile émouvante, qui joue avec l'ouverture sensible et module des infinités de formes pour nous tous, pour notre plaisir et notre gouverne. Le geste d'insensibilisation de Duchanp a eu beaucoup d'héritiers, qui le font (de commerce) et le refont sur un cadavre qui n'arrête pas de bouger car indéfectiblement vivant. Laissons ces charognards remplir leurs comptes en banque et festoyer à ce qu'il croient être un enterrement. Toujours, partout, sous mille formes, la peinture renaît. Nous renaissons.

vendredi 20 juin 2014

Funk was born in Paris.

En 1968, c'était déjà là mais ils n'ont pas enregistré le bon morceau. Donc sur le "Live at  the Appolo II" c'est presque là, sur "There was a time", mais pas tout à fait quand même. Ils n'ont pas osé, trop menaçant pour les blancs. Pour tout le monde, en fait. Il a fallu attendre 2 ans. En 1970, c'est arrivé : "Sex Machine", imparable, motorique, orgasmique et le feu a pris aux fesses de tout le monde. Alors, ça commence quand exactement ? Quelque part entre 1967 et 1968, pendant les interminables tournées de James Brown & des Famous Flames et les concerts non moins extensibles selon la bonne volonté du Maestro. Voici une vidéo de 1967 enregistrée a l'Olympia, les mecs expérimentent en groupe : le batteur fait ce qu'il veut (à un moment donné, vers la fin....enfin, vous verrez..), le guitariste a clairement lâché la rampe et pompe sur la réserve, Brown envoie des "Sweet Bernadette" à tout va, alors qu'il s'agit d'une chanson des Four Tops. James apparaît même un peu dépassé par l'état second de ses musiciens et s'en tire par des rires en boîte. Plus personne ne peut plus rien faire, c'est lancé à pleine vitesse sur la bonne vieille scie d'un Rythm & Blues qui ne s'y retrouve pas et c'est à fond. Quoi ? le Funk.

dimanche 18 mai 2014

L'étranger.

Je mets ces chansons parce qu'elles sont belles, qu'elles se ressemblent diablement et qu'elles s'adressent directement à l'âme. Je mets la version de Rod Stewart car je n'ai jamais pu voir Shane Macgowan (des Pogues) en peinture, même de très loin. Johnny Cash s'impose comme un interprète évidemment remarquable. Quant à Bill Monroe, il est....enfin, vous verrez, moi ça me fait frissonner à chaque fois.
Mais où est passé le folklore français que nos aïeux bouseux chantaient à la veillée ? Il a été remplacé par ce con de Jacques Brel ? ("Non, JeFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFF, t'es pas tout sEEEEEEEEEUUUUUULLLLLLL....... " et merde).



vendredi 14 mars 2014

Aériennes compagnies

J'ai peur de l'avion. Voler ne me semble pas être une attitude naturelle pour l'homme, c'est le moins que je puisse dire, et aller à l'encontre des lois de la pesanteur pour faire des distances insensées en des temps records me paraît être une aberration, pis, une insulte au Créateur (s'il y en a un) qui, que je sache, ne nous a pas pourvus d'ailes ou de moteurs Rolls Royce.
Il y a, aux dires de certains esprits forts, très peu de catastrophes aériennes et l'avion serait le mode de transport le plus sûr.....Ouais. Et puis il paraît aussi que quand on va jeter un coup d'oeil dans la cabine de pilotage pendant le vol on se sent rassuré par la maîtrise des gars qui font voler l'engin....Ouais. Et bien lisez donc l'anecdote ci-dessous récoltée sur le site "LeMonde.fr", parmi d'autres, sur les disparition mystérieuses d'aéroplanes, vous allez voir qu'il y a certains gaillards remontés à bloc auxquels les kamikazes japonais ont donné de drôles d'idées sur les fins ultimes du transport aérien.
"EgyptAir : les moteurs coupés en plein vol par le copilote

Le 31 octobre 1999, le Boeing 767 de la compagnie égyptienne à destination du Caire quitte l'aéroport John F. Kennedy de New York. Il s'écrase dans l'Atlantique, au large du Massachusetts ; tous les 217 passagers et membres d'équipage meurent.
Les causes de l'accident sont discutées.(tu parles!). Pour les enquêteurs américains, cet accident est provoqué par le copilote(!!!!!!!!!!).
Gamil El-Batouty, le copilote, vient en effet de recevoir un blâme pour faute professionnelle (l'erreur). Un des dirigeants d'EgyptAir passager du vol l'aurait prévenu quelques jours plus tôt : le New York-Le Caire serait son « dernier vol » (il aurait mieux fait de se taire). L'intéressé lui aurait alors répondu : « Ce sera le dernier vol pour vous aussi. » (attendez, vous allez voir de quel bois il se chauffe le Gamil)
Au cours du vol, alors que le pilote se lève pour aller aux toilettes (on se retient dans ces moments-là, mon vieux), les boîtes noires de l'appareil enregistrent El-Batouty dire plusieurs fois : « Je m'en remets à Dieu »(tiens, encore dans le coin, Lui), avant d'éteindre le pilote automatique et de pousser l'avion en piqué.(Notez bien, "en piqué", les amis, "en piqué !)
Pour les enquêteurs égyptiens, l'avion s'est écrasé à la suite d'une défaillance mécanique.(c'est Amélie Nothomb qui a fait l'enquête pour les Égyptiens!)"
Bon, apparemment, là, ils ont perdu un avion en pleine mer de Chine. C'est à ne pas croire. Pas une trace, psssiiit ! Disparu le zinc ! Envolé (c'est le cas de le dire) ! Dieu sait ce qui a pu passer par la tête d'un des membres d'équipage, où d'un passager un peu "nerveux" tendance "Vent divin". Non, non, non, trop d’impondérables finissent par sacrément lester le bidule et on finit par regarder les petits poissons à travers le hublot avant même d'avoir pu goûter au cognac. Moi, j'aime bien les gros bateaux. 

lundi 15 juillet 2013

Queens of the Stone Age : Passé, Présent, Futur.

Les Queens of Stone Age ont un problème ;  un gros ; ils sont devenus mauvais. Ce problème a un nom, celui de leur leader : Josh Homme. Josh Homme est un type qui a de l'épaisseur. Il suffit de le voir. Il aime ça, l'épais, le "thick". Pour lui, plus c'est épais plus ça a de consistance, plus ça a de valeur. Le gras, ca n'en a pas, le maigre n'en parlons pas, il lui faut du collant, du gluant, du Pento au litre. Et ça a marché pendant quelques temps. D'abord avec Kyuss, puis avec les Queens of the Stone Age, à partir d'un matériau assez basic, Josh Homme a commencé à empiler les couches et les couches de son pour arriver à une texture bien épaisse qu'on a appelé "Rock Stoner". L'acmé de cette façon de créer ou l'accumulation de strates tient lieu de construction, se trouve sur l'album "Songs for the deafs", le très bien nommé. Tellement fort que même les sourds pouvaient l'entendre. Ouais, ouais, ouais, seulement après, que faire ? Quand on a atteint un tel degré d'épaisseur, ça fige, ça stagne, ça prend. Comment se dégager ? Et bien, Josh Homme a fait ce qu'il devait pour accéder à un peu plus de finesse, il a commencé à enlever des couches, à épurer, à chiader un peu plus ces compos. C'était sa seule issue. C'était le début de la fin, et ça n'en finira pas de finir, sans plus de regain, c'est aussi sans issue. Car Homme ne l'a pas ce talent là, le talent du maigre, du fin, celui d'aller quelque part à partir de presque rien et de s'y tenir sans construire d'autoroute (pour l'Enfer ou assimilé). Il n'est pas Mac Cartney, encore moins Nick Drake, et même pas Elton John, venu le narguer sur le dernier album en guest star tout à fait appropriée quand on sait le talent de John pour faire des pièces montées avec pas grand-chose, et des beautés rares avec quelques accords nus.
Donc Homme dévalera la pente de l'épaisseur jusqu'à nous faire des albums acoustiques d'un nulle finesse sur lesquelles tout le monde s'extasiera (sauf Bob Dylan). C'est prévisible et comme de juste, ça sera mauvais. Pour les Queens ça fait déjà trois album que c'est mauvais. Avec les "Them Crooked Vultures" (Homme, John Paul Jones, Grohl), c'était encore pire. En Art, il est des impasses, il est des fins de non-recevoir. De part ce qu'il aimait et cherchait, Josh Homme est au fond d'un trou qu'il a lui-même creusé, soigneusement et avec réussite. Il n'en sortira plus.
Donc : une bonne chanson dans son genre : l'épais, presque l'épique. "I need a Saga."

Et une foirade, presque grandiose.

lundi 27 août 2012

Voyelles qu'on sonne à tort et à travers

Arthur Rimbaud a fait beaucoup de tort à la Poésie. Ce qu'il écrivait étant très jeune était plutôt bon, et puis est venu ce qu'il appelait lui-même "le dérèglement raisonné de tous les sens", et là, comme de juste, il est devenu dingue. Comme sa Poésie, qui a tenté d'ériger l'hermétisme et la puissance supposée de l'"Image choc" au rang d'Art. Ses textes n'ont plus rien signifié du tout et ont cependant marqué nombre d'esprits forts qui y ont vu là le comble de la Poétivité (ne riez pas, en Stylistique moderne, ça existe) qui ont mis dès lors un point d'honneur a pratiqué la Poésie à grands coups d'obscurité et de non-sens validé par l'incompréhension suscitée chez le lecteur. Ça a donné les Surréalistes (il a parfois fait bon y passer et en sortir), Le Grand Jeu, René Char et tant d'autres. Bousculer la Rhétorique n'est pas un mal si on trouve son propre rythme, mais la Poésie reste un Chant, et un Chant pour tous, même s'il demande quelques préparations et un peu de pratique d'écoute. Voici un sonnet très connu de Rimbaud " Voyelles". Je vais mettre en gras tout ce qui n'a aucun sens, ni pour nous ni pour Rimbaud lui-même. Ca détonnait, ça faisait du boucan, c'est tout. Lire à ce sujet "Les Fleurs de Tarbes ou la Terreur dans les Lettres" de Jean Paulhan. Il ne fait aucun doute que Rimbaud était un "terroriste", le premier à ce point, paroxystique déjà, et qui sonna la fin de l'intérêt d'un public vaste pour la Poésie et sa captation par les Avant-gardes et leurs élites suivistes et fanatiques.
 Voyelles
A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles,
Je dirai quelque jour vos naissances latentes :
A, noir corset velu des mouches éclatantes
Qui bombinent autour des puanteurs cruelles,

Golfes d'ombre ; E, candeurs des vapeurs et des tentes,
Lances des glaciers fiers, rois blancs, frissons d'ombelles ;
I, pourpres, sang craché, rire des lèvres belles
Dans la colère ou les ivresses pénitentes ;

U, cycles, vibrements divins des mers virides,
Paix des pâtis semés d'animaux, paix des rides
Que l'alchimie imprime aux grands fronts studieux ;

O, suprême Clairon plein des strideurs étranges,
Silences traversés des Mondes et des Anges ;
- O l'Oméga, rayon violet de Ses Yeux !
C'est sur, ça fait du bruit. C'est chic et choc. Mais ça chante peu et mal et au final c'est n'importe quoi. Ce n'importe quoi qui tient lieu de Poésie dans l'esprit de beaucoup de gens, avertis ou pas..

vendredi 6 juillet 2012

Iconophilie maladive.

J'ai lu quelque part sur la Toile que des photos d'athlètes américains font "scandale". Elles seraient "iconoclastes" car elles ne montreraient pas les stars du sport US sous leur meilleur jour. Je les ai vu, elles ne sont pas "laides", elles sont simplement banales. Mais l'affaire en dit long sur le statut des images dans notre société. Force est de constater qu'il existerait maintenant des images "iconoclastes", c'est à dire qui n'aiment pas, ou qui détruisent les images elle-mêmes. Qu'est-ce que cela veut dire ? Comment est-ce possible ? C'est que l'image se doit maintenant d'être "une belle image", c'est à dire soignée, réparée de ce qui pourrait la rattacher à une forme de réel. Elle doit être image pure où rien ne détonne,où tout correspond à un phantasme (au sens de fantôme) de netteté, de propreté, de perfection, et oui, je ne vois pas comment le dire autrement, de pureté. C'est l'image sans modèle, ou plutôt c'est une image qui modèle le réel comme nous le voulons, et justement le réel est ce qui leste l'image, ce qui fait obstacle à notre jouissance pure de voyeur érotomane. Nous voulons voir ce qui nous plait, ou encore, nous voulons voir selon notre bon plaisir, ou encore, nous voulons voir notre plaisir. Voilà notre façon de concevoir les images, non plus traces du réel, mais trace anticipée de notre désir de nous-mêmes, plus beaux, plus forts, plus nets, refermés sur nous-mêmes dans le jeu sans fin de l'entre-soi et soi, tirés au cordeau, coupés au carré par "l'objectif". On ne peux plus se voir en peinture, mais on veut se voir "comme une image", comme des images qui sont devenues notre réalité, une réalité vidée de son poids de tristesse et de peine.
Au tout début de la photo, William Fox Talbot a pris une série de photos et a intitulé son recueil : "Pencil of Nature", c'est à dire "le Pinceau de la Nature". Il pensait qu'il n'avait qu'à poser son appareil quelque part et que l'on verrait apparaitre ce que la Nature avait voulu faire, la Nature au travail. Il s'agissait de recueillir les traces de ce travail, ni plus, ni moins. C'était déjà énorme, mais ce n'était pas aussi simple. Déjà William Fox Talbot "soignait" ses photos, sans trop se le dire peut-être, et déjà, sous nos yeux, la Nature captive, prise, mourrait, devenait fantôme. Voilà, comme dit Jean-Christophe Bailly, le pouvoir de la photographie, son grand pouvoir : rendre fantomatique le réel, le faire disparaitre au profit de quelque chose d'autre : ce qu'on veut qu'elle soit. Et dès lors, il n'y eut pas longtemps à attendre pour que la volonté que le réel soit une "belle image" advienne et lui fasse la peau. Cette image plus "vrai que nature", plus forte que nous, isolée, dans un flux continu d'autres images isolées, produites sans fin, se sont nos fantasmes, au vrai sens du terme, c'est-à-dire une production "propre", une mise en scène d'images de soi, en soi. Et voilà pourquoi ces images, quand elles arrivent, quand on les voit devant soi, font jouir ; parce que, dès lors, elles font apparaitre nos productions/fantasmes et on n'a plus le choix, on ne peut que se masturber devant elles et jouir. Et voilà aussi pourquoi, dans toutes les images photographiques, dans tous les films se trouve une intention pornographique dissimulée : voir ce qui est caché, ce qui se passe dans la tête, dans les rêveries érotiques et le rendre visible. Ainsi le cinéma est confortable et l'on peut voir Kim Novak ou Grace Kelly devenir des phantasmes d'Hitchcock, et finalement les nôtres, tant était grande sa faculté à "soigner" ses perversions, et ses images, en les partageant avec nous. Le cinéma est une férule, les images une tyrannie, c'est vrai, mais les deux n'appartiennent qu'à nous seuls, et à nous seuls il est permis de faire la part du feu, de l'Ombre et de la Lumière, pour ne pas se consumer entièrement, comme Narcisse le fit jadis, dans une consommation endogène de soi-même, devant le miroir déformant des "belles images". Comment faire ? Éteindre les écrans, ouvrir les yeux, bien regarder le réel, il n'y en a pas trente-six (pas encore) et, dans le meilleur des cas, peindre.
Et maintenant regardez bien ce que nous montre Stanley Donen quand il veut parodier Hitchcock. Stanley Donen sait tellement ce que sont les images que plus personne ne lui a confié de caméra depuis 1984. Il sait tellement comment Hitchcock filmait et ce qu'il aimait filmer qu'il va jouer carte sur table avec nous dans une scène de fétichisme du pied, avec Sophia Loren (mais peu importe)et un inquiétant homme à lunette (ah, tiens donc, des loupes). Ca commence vraiment à être dans le vif (ou plutôt le mort) du "sujet" vers la troisième minute mais tout est bon.

samedi 2 juin 2012

Photos - 2

Dans le métro de Rennes on ne voit rien. Tout le monde serre les fesses et baisse la tête dans l'immobilité forcée et anti-naturelle du trajet, qui plus est, sous terre. Les yeux dans les yeux personne ne regarde personne. Tout le monde attend la fin du voyage, en gisant debout. C'est le moment de prendre des photos.

dimanche 1 avril 2012

Donner à écouter l'anéantissement de toute chose ? Est-ce possible ? Il semblerait que oui.

Ci-dessous, le premier mouvement de la 7ième symphonie de Shostakovitch, dite "Leningrad". Je m'interroge. En ces temps horribles ou la pensée n'a pratiquement plus droit de cité en France, comment un être humain, en des temps pires encore où elle avait cessé d'exister, a t-il pu mettre en musique sa défaite totale ? Comment, au moment où les mots manquaient pour dire ce qui avait lieu, un musicien a t-il su concevoir en note et rythme ce que la pensée n'arrivait pas à dire d'elle-même ? A vrai dire, exprimer en mots la défaite de la pensée peut sembler une contradiction dans les termes. Peut-être. Cependant certains y sont arrivés et y arriveront encore, MAIS a-postériori, après-coup. Sur le moment, en 1941, alors que le Nazisme ravageait tout sur son passage, terres, hommes et consciences, seul Shostakovitch a su exprimer ce qui se passait. Il l'a fait "entendre", au sens le plus noble, le plus clair du terme.
Et voilà le miracle improbable : dans sa partie la plus atroce, la plus guerrière, la plus morbide et exaltée, Goebbels aurait pu diriger cette oeuvre en arrosant les musiciens de l'orchestre à coup de pistolet Mauser dans une explosion de joie païenne. Et bien sur, il aurait été incapable de saisir la portée de l'ensemble de ce mouvement, et plus encore de l'oeuvre entière. Il n'était plus capable d'"entendre" cette partie là de l'humanité, sa pensée, la pensée qui empêche de tirer sur les musiciens, une pensée sur l'horreur, émergeant de l'horreur au prix d'un effort insoutenable et cependant accompli ici par le compositeur russe.
Alors, par la musique et sa magie qui prend le relais, quelque chose est perceptible et audible de la défaite de la pensée, avant même que la pensée puisse le dire. C'est un travail de brute, de titan, de fou. Shostakovitch l'a fait et je me demande encore COMMENT il a fait ? Je n'ai pas de réponse simple. Une tentative de réponse devrait englober une prise en compte de l'Histoire passée et vécue de l'Europe et de la Russie, la connaissance exhaustive des mécanismes psychiques qui s'exprimèrent alors tous azimuts et qui nous dirigent encore, une connaissance encore plus exhaustive de l'Esthétique en général, et particulièrement des pouvoirs de la musique, une idée précise de la personnalité de Shostakovitch et de son histoire personnelle et tant d'autres paramètres indécidables, en tout cas pour moi. Voici donc quelque chose d'unique et d’inouï. Je pourrais employer des images. Dire, par exemple, que c'est à la fois la retraite de Russie de Napoléon, les Bretons et les Souabes montant chacun de leur coté à l'assaut du fort de Douaumont à Verdun, les divisions de Panzers allemandes déferlant sur la plaine russe jusqu'aux portes de Leningrad, Stalingrad vu par avance heure par heure, dans l'éternité du massacre. Tout cela est RIDICULE, une très mauvaise littérature de gare ou de salle d'attente. Je me tais. Maintenant, il faut écouter. La compréhension vient vite, vous verrez. C'est étonnant, et confondant de netteté. Ames sensibles s'abstenir.

dimanche 18 mars 2012

C'est dimanche, il pleut. J'ai le coeur à Gasoline Alley.

Vous voulez savoir ce qui me donne des frissons ? Et qui me colle le sourire en même temps ? A chaque fois ? Ça. Ça sent la sueur et le cambouis, les rires grasseyants et la bière. Un chant populaire, un chant pour tous; Pour le travail, pour le repos, la bagnole, la fête. Un bonheur. "Tempus fugit" ? Ok, mais ça revient à chaque fois que j'écoute "Gasoline Alley"

Ci dessous un show parfait. Stewart est à la coule, contrôle tout sans effort, chante comme jamais. Au début du morceau, les musiciens, surpris qu'il ne chante pas et que le public le fasse, manquent de s'arrêter. Il réagit comme un vrai pro. Puis il enchaine avec "Gasoline Alley". Il joue avec son pote Ron Wood ("Ah, le voilà ce vieux cabot !"). Il est heureux, c'est communicatif. Tout le monde s'époumone gaiement

Et puis ça. Une chanson anti-homophobe, gay friendly comme on dit de nos jours. Paroles (magnifiques) et musique de Rod Stewart lui-même. Cette chanson a été mal perçue à l'époque. Très peu de temps en fait. Peu après, la culture gay sortait du placard, avec cuir, moustache et toute une esthétique qui restait invisible jusqu'alors. C'est comme ça, on vient de Gasoline Alley, un coin prolo où papa et maman tenaient toujours la porte et la table ouverte, aux copains du mari, aux copains des fistons. On venait manger là, ensemble. Alors on a vu de tout, surtout le dimanche midi, au réveil, après la sortie du samedi soir : des pas clairs, des pédés, des noirs, des beaux, des moins beaux, des filles plus ou moins bien élevées, des putes. Il y avait des tartines et de la confiture. C'est comme ça qu'on s'est éduqué, dans la rudesse et la joie, la tendresse muette et les rigolades. Après, on est parti loin.
"Oh yeah..."

Et hier soir, samedi (ou était-ce il y a trente cinq ans ?), ils ont passé ça en boite. C'était bon de danser là-dessus.
Pour l'apprécier pleinement, ce morceau s'écoute au casque. Fort. On se rend compte que les guitaristes (ils sont deux) brodent un fond de guitare précieux doré sur tranche. Que le bassiste insuffle un shuffle qui donne des fourmis dans les jambes. Bien sur, la mélodie de clavier rentre immédiatement dans le cervelet et y reste gravée à jamais. Carmine Appice est un métronome lourd et puissant. Les paroles sont bonnes et sexy. Ça donne envie de baiser. " Give me a dime so I can call my mother... He said I'm sorry but I'm out of milk and coffee... Come on sugar, let me know !"

lundi 22 août 2011

CRASHTEST MEURTRIER : UN MANNEQUIN EMPRUNTE L'AUTOROUTE A CONTRESENS AVEC 4,85 GRAMMES DANS LE SANG.

Ca arrive. Tout le temps.

O Candide Candy, réponds moi, I need you so !

" Le Mans" avec Steve Mc Queen. Certainement un des films les plus fascinants et flippants jamais réalisé. Ce n'est pas un film sur le Néant, la Vanité de l'Existence, du Cioran, du Beckett ou un truc absurdiste à la noix. C'est en soi-même un film-néant. Un truc de cinéma limite, indépassable ou le très con Steve Mc Queen fait merveille. 1971, c'est déja fini, depuis presque 20 ans, 1956, donc 15 ans pour être précis. Nous en sommes toujours au même point mort, aussi vite que cela aille. Et ça va vite.
"Before or after ( the race) is just waiting". Deja mort, toujours vivant. Zombie.
Résultat....