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mardi 26 mars 2019

Scott Walker Black Label

Scott Walker vient de mourir et c'est triste. J'aimerais pondre un post chiadé, chantourné, aristocratique, comme ses chansons l'étaient. Je n'y parviendrai pas. C'est un génie, et pas moi. Je peux dire deux ou trois choses tout de même. La première est que la Pop vue par lui se transforme en grand Art, qu'il a marié comme personne des ambitions littéraires et musicales et le format de la chanson populaire d'origine rock. Il parlait de Stalinisme, de spleen dandy, du "Septième sceau" de Ingmar Bergman, le tout avec un sens de la mélodie impeccable, sur des lits d'arrangements pour orchestre eux-mêmes renversants qui servaient sa voix incroyable. C'est la deuxième chose, la plus notable : son timbre de crooner véritable, chaud et distancié à la fois qui m'a toujours ému, voire bouleversé. Il n'était pas sceptique, ni cynique, sa façon de mettre son âme en jeu était toujours noble, travaillée et soignée à l'extrême -comme le faisaient Spector, Wilson, Bowie- propice à l'élévation. Il misait sur l'intelligence de l'auditeur et ça marchait, La sienne ne lui a jamais fait défaut. Son corpus intrigant de chanson est à pleurer, son exigence louable, ses disques immortels. Ces traces musicales de chemins escarpés et de sommets solitaires il fait bon les emprunter seul aussi, se laissant aller à ces berceuses sophistiquées qui amènent avec joie au silence, au repos, au sommeil. Je me dis donc ceci : que Scott Walker dort et que moi je vais remettre un de ces albums, enchanter ma peine par son chant à lui, magique. Les meilleurs LP, à mon goût, s'appellent "Scott 1", Scott 2", 3 et 4. Pile de quoi, quand on finit le tome 4, se replonger plus précisément à chaque fois, dans le premier.
Il a fini par retrouver sa "Time oprator", au bout de la nuit.

Un avertissement aux jeunes du bloc de l'Est qui croyaient à un assouplissement du régime communisme.On peut rêver plus glamour comme thème de chanson. On ne peut pas rêver de ligne de basse plus groovy.
"The old man's back again."

"Montague terrace in blue" Motif italien, batterie tonitruante, larmes retenues.

mardi 26 février 2019

Finney. Donen. Hollis."J'y pense et puis j'oublie" J. Lanzmann

Faites vos jeux ! Rien ne va plus ! La banque gagne !
Albert Finney est mort et tout le monde parle de son rôle dans "Erin Brockovich". Et quoi encore ! Attendez c'est pas fini. Stanley Donen est mort et personne ne parle d'autre chose que de "Singin' in the rain". Ben tiens.! Mark Hollis vient de décéder et on va nous bassiner les oreilles avec "Such a shame". Youpi !Le dérapage continue. Tout part en couilles post-modern-styl', dans le genre je jouis, j'oublie, j'achète, je jouis, j'oublie, j'achète, oups, j'ai plus de tête, tiens, y'a plus rien etc, etc...
Moi je me souviens et je donne deux ou trois précisions aux drogués verdâtres, fonctionnaires bobos, alcolos puants qui m'entourent :
Uno - qui n'a pas vu "Samedi soir, dimanche matin" de Karel Reisz ne peut pas savoir comment un acteur britannique peut imprimer sa puissance et sa jeunesse sur une pellicule. Sean Connery ? Oublier ce bellâtre (Mister Univers...) c'est un connard. Michael Caine non, Finney non plus. Ce sont tous les deux de grands acteurs.
Deuxio - qui n'a pas vu "Voyage à deux" n'a aucune idée de la délicatesse avec laquelle un trio d'orfèvres de la trempe de Finney, Donen, Hepburn peut impressionner la pellicule avec un film sur l'amour, tendre et fort, qui rend toute leur pesanteur de lourdeaux à des gugusses comme Antonioni ou Bertolucci.
Tercio - qui n'a pas écouté au casque un soir solitaire consacré à la musique le "Spirit of Eden" de Talk Talk n'a aucune idée du talent profond et doux de Mark Hollis.
Après, ma légitimité est ce qu'elle est.; je ne suis ni transgenre, ni arabe, ni pédé, ni migrant, ni végan, ni même gilet jaune. On se demande vraiment pourquoi je l'ouvre. N'empêche, j'avance preuves à l'appui. Par trois. Mathématique.
Uno

Deuxio

jjj
Tercio

dimanche 17 février 2019

Darrieux à mon secours.

J'avais du souci. J'avais envie de grâce, de féminité, de frivolité. Et j'étais seul. Et lourd, comme à l'accoutumé. Emmerdant...
Alors j'ai fait appel à Youtube et à Danielle Darrieux. Elle m'a tiré de ce mauvais pas de la solitude et de la pesanteur assez souvent déjà. Je l'ai regardée. "Magnificent !" comme dit Paul Thomas Anderson. Il a raison, quand on la filme il n'y a pas besoin d'autre chose. Et quand en plus ce sont de bons metteurs en scène qui s'y collent... Je ne mettrai pas d'extrait du "Rouge et le Noir" parce que justement le metteur en scène est mauvais et Gèrard Phillipe est moyen. Pourtant Mme de Rénal, c'est elle; Stendhal lui-même en eût convenu.
Je vais mettre des extraits où elle chante. Sa voix, est une des plus belle voix de femmes que je connaisse, à l'égale de celle de Monroe, Jean Arthur ou Jacqueline Delubac
Le cinéma c'est ça ; montrer des belles femmes en mouvement. Pornographie ? Oui et non. Un visage suffit à illuminer une nuit trop profonde et à susciter l'amour et l'admiration. Le cinéma finit par aller au-delà en restant en-deça. On se passe de ce qui est somme toute la chose la plus importante des choses qui ne le sont pas vraiment. C'est l'alpha et l'oméga, c'est là, mais c'est tout le reste de l'alphabet qui compte et un visage est de loin beaucoup plus important qu'un cul. On en fait des films avec un visage. On fait toujours le même avec des culs.
Ce qui compte c'est d'apaiser ses soucis, de retrouver le sourire. Par un baiser de sa mère, par une image, un souvenir, un rêve.
Un rêve : Juste le bruit des talons sur la charrette et on est bien....

Elle est délicieuse ! Un bonbon !

Et dans la vie c'est encore mieux.


dimanche 3 février 2019

"Jonas, rentre te coucher" - La Baleine.

J'aime bien Jacques Lourcelles. Son "Dictionnaire du cinéma" fourmille d'infos de première bourre et d'analyses fines sur le cinéma. Mais je ne suis pas d'accord avec lui quand il dit, à propos de "Naissance d'une nation", qu'il est heureux que le cinéma, pour sa plus grande part, n'aie pas suivi la voie esquissée par Griffith mais celle, plus policée, d'une narration plus classique mimant peu ou proue les rouages de la littérature dite "réaliste"du 19 ieme Siècle. Je ne suis pas d'accord du tout. Certes, c'est plus facile et ça parle au plus grand-nombre car le plus grand nombre est éduqué et laissé dans la facilité. Mais quelle perte de créativité, d'inventivité et, au final, de liberté. Des preuves ?
Voyons ce petit film de Jonas Mekas, qui vient de disparaître tout récemment et auquel je veux rendre hommage à ma mesure, c'est à dire chichement. et qui est souvent appelé cinéaste "expérimental". Lui-même demandait, à ceux qui voyaient ces films, d'oublier le mot "expérimental" et de se contenter de les regarder, simplement. Et dans ce film, ne voit-on pas clairement des choses, importantes, fondamentales, qui composent et ordonnent la vie d'un homme mieux qu'en un récit - en particulier les femmes et les enfants ? Ne voit-on pas un enfant courir, comme tous les enfants, après un papillon, comme il ne cessera de courir après sa liberté toute sa vie d'adulte ? Ne voit-on pas des nourritures terrestres et spirituelles abonder, de celles qui sont le plus nécessaires à chacun et à chacune ? Mekas était libre et plein d'esprit, il a entrevu la beauté, je l'entrevois avec lui. Il n'y a pas de "happy ending, pas d'impératifs commerciaux ou idéologiques, juste la Vie, sous un angle particulier, précis (tellement précis qu'il est laissé au hasard, sachant qu' il n'y a pas de hasard.)
Ce petit film qui part dans plusieurs directions à la fois n'est-il pas plus riche en oxygène, en couleurs, en nuances, bref, en tout, que les ornières où les gros sabots obsessionnels d'un Hitchcock ou d'un Eisenstein nous emmènent en esclaves ? Si bien sûr. Après on peut toujours faire des pâtés Monsieur Lourcelles (genre Dictionnaire), il me semble à moi qu'il est plus sain, beau et tout bêtement normal (ça évite les opéras de Wagner par exemple et les "Nibelungen" de Lang...) de regarder un des enfants de la famille Mekas jouer dans le sable.

jeudi 30 juin 2016

Scotty Moore au Paradis, direct !

Scotty Moore est mort. Total eclipse of the Sun. La moitié restante de Dieu a disparu dans l'obscurité définitive. Le Rock n'est pas seulement en deuil, il est orphelin de père et de mère. Pupille de l'Humanité souffrante. Pensez donc : les guitaristes, tous les guitaristes de Rock sont issus pour une part du solo de Scotty Moore sur "Hound Dog" sorti en 45 tours sous le nom d'Elvis Presley mais qui est le disque fondateur du Rock, suscitant les vocations, distribuant les rôles : Elvis en Christ, Scotty en Saint-Jean Baptiste, les Jordanairs en apôtres dévoyés, Sam Philips en Moïse. Et merde, pourquoi faire du style, des falbalas ? Je suis triste, c'est tout. Personne n'a jamais tout à fait capté ce fameux solo de "Hound Dog", même Scotty a dit qu'il ne savait pas reproduire ce qu'il avait fait dans l'effervescence de la session. C'est momumental, une envolée subite, on décolle en deux secondes. Toute la partie guitare est géniale sur le reste du morceau, soutenue, à la hauteur de la voix d'Elvis, ça swingue salement (Rock n'Roll) MAIS LA, c'est de la magie, le doigt de Dieu, la marque du Diable. Il faut écouter Keith Richards parler de Moore, comme les Beatles d'ailleurs. Ce n'est pas que de la légende, c'est du talent PLUS quelque chose d'impalpable qui fait qu'on touche à la Grâce pure et simple. Scotty a donné vie à plus grand que lui, qui l'a dépassé mais pas bouffé et il l'a partagé. Merci Scotty et repose en paix.
Un truc louche pour illustrer mon propos. Evidemment dès qu'on touche au King ça devient compliqué, bordel de merde de flouze qui salit tout. Comme si quelques uns, et même beaucoup, ne s'en était pas mis suffisamment plein les fouilles avec Presley.
Donc, le show télé de 1956 où Scotty apparait à la droite d'Elvis, remanié, ralenti, avec le son de la version du 45 tours original. Au moins on entend bien le groove endiablé de Scotty et son solo imbattable. Elvis crève les écrans.


vendredi 3 juin 2016

Excuse-moi, partenaire II.

Pendant ce temps-là, Bob Dylan se mesure à l'un des plus grands chanteurs de l'Histoire moderne, Frank Sinatra, et croone, croone jusqu'au bout de la nuit et de ses ombres bénéfiques. Rappelez-vous ce vieil extrait de docu sur Dylan dans les années 60 où le poète déclarait à un journaleux anglais jaloux qui l'attaquait sur sa voix "Vous me comparez à Caruso et dites que je suis un piètre chanteur. Vous avez écouté Caruso ? Vous m'avez bien écouté ? Eh, eh, à votre place, je ferais gaffe à ce que je dis parce que je suis un putain de bon chanteur !" Il disait vrai, c'est un chanteur exceptionnel.
L'album s'appelle "Fallen angels" Est-ce le regard que le vieux prophète porte sur les Hommes ? Peut-être, peut-être...

lundi 22 février 2016

Lartigue : Elégance années 30 et plus

L'élégance, c'est le sujet du photographe Jacques-Henri Lartigue. C'est évanescent l'élégance, indéfinissable mais pas insaisissable. Pour ce faire il a fallu que Lartigue mette en scène ce qu'il y avait autour de lui d'élégance pour le capter en un instant bref où ce qui se sent, se voit, se dévoile à tous. Il lui a fallu de la patience et de la délicatesse; une moue, un pli d'étoffe, une mèche de cheveux sont choses si faciles à détruire d'un regard un peu inquisiteur. Alors, disons que Lartigue a accompagné certains mouvements, certains instants qu'il savait être précieux, comme des gemmes, depuis l'enfance. Cela veut dire qu'il lui fallait du courage pour avancer et ne pas sombrer dans la contemplation des bijoux qu'il possédait, car il les possédait. Cela veut dire qu'il était au moins autant en vie que ses modèles et plus encore, en tout cas aussi élégant mais comme peut l'être un photographe. C'est pour cela qu'il n'hésite pas à se montrer dans ses photos. Il ne crée pas, ce n'est pas un démiurge, il re-crée, il s'amuse et son plaisir est une chose sérieuse. Ces clichés sont de vrais photos, c'est à dire qu'elle montrent quelque chose qui s'abime au moment de la prise. On pourrait dire que cette élégance c'est du "chic" et ça serait déjà pas mal; je préfère dire que c'est, sur un mode mineur, parfois, de la grâce.

samedi 30 janvier 2016

Jacques Rivette et le Lapin Blanc.

Jacques Rivette est mort et on en fait tout un battage qui n'a aucune justification possible. Nouvelle Vague ? Et alors ? C'étaient des petits branleurs, plus qu'un à enterrer et on tire l'échelle. Politique des auteurs ? L'idée, si j'ai bien compris, c'était de dire que Hitchcock et Hawks sont aussi importants que Balzac, c'est ça... C'est pas faux. Vous avez déjà lu du Balzac ? Moi, je l'ai fait lire à une copine qui aime bien la revue "Voici" et elle a trouvé ça vachement bien. C'est vrai qu'avec lui on en a pour son argent, la moindre virgule pèse son poids de signification, sans doute parce qu'il était payé à la page. Enfin, tout y passe, les gueules qui font sens, les maisons qui font sens, les vétements qui signifient plus sûrement encore que les gueules, d'où les interminables descriptions qui jalonnent une intrigue dont les femmes de son époque (et de la nôtre) étaient friandes car si pleine de sens et d'enseignement (après que le rouge vous soit monté aux joues) qu'on pouvait même en tirer une petite morale bien utile et rêver. La morale, voilà bien une des préoccupations premières de Jacques Rivette mais la morale moi, je m'en tape. Je veux simplement y voir plus clair, même au prix de l'injustice et de la décadence. Je préfère les films qui ont "le" moral à ceux qui nous font" la" morale, pareils pour les livres, vous tirerez toujours plus de profit d'un bon livre mal-pensant que d'un pensum, généralement de gauche (Camus, Sartre, Tournier, Halter, Picouly, Semprun et compagnie),. Vous avez déjà lu du Stendhal ? Très mal-appris Stendhal, oh la la,  amoral au possible, il ne s'épanouissait que dans la passion contrariée et adultèrine ainsi que dans un esthétisme nostalgique à tendance jouisseuse. Il pensait qu'il serait lu en l'an 2000. Il avait raison. Balzac avait cependant bien aimé "Le Rouge et le Noir", l'avait écrit et ça avait beaucoup fait rire notre homme Stendhal. Moi, je me fendrais bien la gueule à propos de la mort de Jacques Rivette ou plutôt, c'est si peu important à mes yeux que je m'en polirais bien le chinois s'il n'y avait tout ce barouf énervant autour du divinisé trépassé un peu partout dans les médias.
Bon, Paul Kantner, guitariste, chanteur et compositeur du Jefferson Airplaine est mort. Ca, c'est déjà plus emmerdant car le gaillard avait pondu quelques uns des plus grands hymnes psychédéliques de la fin des sixties, aux alentours de la baie de San-Franscisco. "White Rabbit", chantée par sa compagne, la magnétique Grace Slick, est même une des toutes meilleures chansons Rock de tous les temps (préhistoire et le pléistocène compris). Les chansons, c'est moins fort que les livres, bien sûr, mais c'est surpuissant à coté du cinéma; ça accompagne les gens tout au long de leur existence, ça peut aider à la libération d'un être, même partielle, ne serait-ce qu'à la disparition d'un chagrin, d'un malheur, d'une pesanteur et, inversement, ça peut marquer le début d'une histoire d'amour, d'une amitié, d'une chaleur. Les chansons, c'est vital, les films, c'est mortel. Il n'y a pas de morale ou d'impératifs qui tiennent, j'écoute "White Rabbit", je suis un autre, je suis enfin moi-même, sorti de mon merdier intime, dans la lumière. Vous me direz, peut-être que Jacques Rivette était clair, lui ? Tu parles, il était aux fraises et il aurait mieux fait d'écouter du Rock et de lire Stendhal. A son crédit cependant, un film foudroyant, le bien nommé "L'amour fou". Il fallait au moins ça pour qu'il sorte un peu de ses gonds et fendille l'armure et ne serait-ce que pour ce film-là, carrément rock, il lui sera pardonné pas mal de choses ampoulées et ennuyeuses.
Allez, "White Rabbit", inspiré d'un grand déviant pas moral du tout qui avait un faible pour les petites filles, Lewis Carroll himself. (Eh oui, et ce n'est pas un problème, le problème c'est comment faire pour ne pas avoir un faible pour les petites filles !)

dimanche 6 septembre 2015

Podium

Comme les choses vont étrangemment parfois. Il a fallu que George Lang invite Yann Moix dans son émission Les Nocturnes, sur R.T.L., pour que je découvre Karen Dalton. A cinquante ans passés. Moix propose une sélection de ce qu'il aime et en parle chez Lang et là, paf, le choc. Dire que j'ai failli mourir sans avoir entendu la voix de cette chanteuse qui, maintenant que je la connais bien, est une des toutes meilleures au monde tous styles confondus. Je la place à l'égal de Kathleen Ferrier et d'Ella Fitzgerald, ce qui n'est pas rien, avouez-le, et constitue un trio de choc de l'émotion pure à la disposition de tous. Comment se fait-il que j'ai du attendre aussi longtemps pour connaître Karen Dalton ? Ca déconne sec sur les autoroutes de l'information, les mecs. La transmission passe mal ! Et voilà que je me trouve redevable envers ce clown tristoune de Yann Moix ! Panade ! Non, semi-panade, je ne t'oublierai pas Yann quand il s'agira de descendre ce qui fait ton pain littéraire quotidien et qui est au moins aussi bon que celui de Houellebecq ou d'Angot (encore un trio de choc !), je serai magnamime.
Alors maintenant il faut écouter Karen Dalton, parce qu'on est pas pareil avant qu'après et que c'est supérieur à 95% de la musique que je connais, que sa voix est un bain de jouvence, une cure d'éternité retrouvée en chansons de trois minutes. Etonnant, non ? Non, renversant, stupéfiant, incroyable, en un mot ( qu'aimait beaucoup employer un de mes amis mélomane) : "inouï !" C'est là, tout l'amour du monde, ça chaloupe, ça swingue, ça vient nous apaiser le coeur et nous coller des frissons. Elle a d'excellents musiciens avec elle. Elle en était une aussi, très douée à la guitare et au banjo. Dylan dit d'elle que c'est la meilleure chanteuse avec laquelle il est duétisé. Ecouter, réécouter, ç'est un baume pour l'esprit et le corps, ça ne cesse pas, jamais, d'être bon, inlassablement, une panacée à ne pas croire. Moi, je sais que ça prend de la place dans ma vie maintenant. Une bonne et belle place. A vous de voir. Je colle un album en entier (il y en a trois en tout), il faut au moins ça.


dimanche 10 mai 2015

You gonna know my name by the end of the night.

Un jour, j'ai entendu Marc Ribot, fameux guitariste, parler du Blues. Le mec avait eu une épiphanie et il avait compris une fois pour toute ce que c'était que le Blues, enfin une forme du Blues, en l’occurrence électrique avec groupe et soliste. Il avait vu juste le bougre et ça donnait ça : Dans le Blues avec guitariste soliste, le shuffle, la cadence, c'est à dire la basse, la batterie et éventuellement un instrument rythmique, c'est le Destin, le Fatum des tragédies grecs et latines, ça plie, ça broie, ça avance, c'est inexorable. Pensez à un train. L'instrument solo, la guitare quoi, c'est le cri du héros contre ce Destin, un refus, une supplique colérique faite aux Dieux de lui donner une autre voie (de chemin de fer) et contre eux de lui laisser le chemin possible; un combat perdu d'avance -enfin presque-, n'était la beauté et la portée du chant rageur de ce héros qui se fait entendre par-delà les mers et les montagnes et qui transcende tout, sa peine, ce qui l'entoure, ceux qui l'entendent, en beauté surhumaine et en montée de fièvre capable de changer les cartes, IGN et de tarot. Ribot est un faramineux guitariste et sa vision est digne de cette musique prométhéenne qu'est le Blues. Justice lui soit rendue ainsi qu'à Gary Clark Jr. Fuck it.

vendredi 10 avril 2015

Bander plus fort, bander encore.

Je viens de découvrir le travail du photographe et ethnologue italien Fosco Maraini. On a pas fini de s'émerveiller les amis. On n'a pas fini de désespérer non plus. Et non, je ne suis pas bipolaire, c'est l'Homme qui oscille dangereusement entre le noble et l'ignoble, et le sublime et le sordide, si tant est que ces notions veuillent encore dire quelque chose aujourd'hui.
Enfin bref, ce photographe amoureux du Japon a fourni une iconographie abondante et magnifique sur une catégorie très spéciale de la population : les pêcheuses en apnée d’ormeaux d'une île du sud de l'archipel, les Ama. A voir ces photos de femmes débordantes de santé et d'énergie effectuer leur tâche quotidienne quasiment nue on ressent une charge érotique d'une puissance peu commune alors même qu'aucun des codes de la photo de charme d'Occident ou d'ailleurs n'entre en jeu. Ce ne sont pas des sirènes que l'on voit ici comme on l'a souvent dit, créatures fatales et fragiles comme beaucoup hommes les aiment, mais des guerrières au sourire éclatant, à la nudité rayonnante, aux seins galbés pour la main, le couteau à la ceinture, prêtes au combat. Voilà bien nos égales dans la lutte amoureuse pour le plaisir. Elles ne s'en laisseront pas compter et il faudra les baiser de toutes nos forces pour les faire décoller et nous avec dans le maëlstrom d'un orgasme partagé arraché aux Dieux jaloux. Nous sommes là bien loin de la névrose mise en scène par Oshima (et comment) dans "l'Empire des sens" (titre original "Ai no corrida", qu'on pourrait traduire assez simplement par "la corrida du sexe";  parlant, non ?). Les japonais s'y connaissent en matière de sexualité tordue et de névroses carabinées mais je doute que les psys fassent fortune là-bas. On connaît la fameuse phrase de Freud sur les Irlandais qu'il jugeait être le seul peuple hermétique à la psychanalyse. Le pauvre ne connaissait pas le Japon, pays ou les perversions s'épanouissent toutes violemment et font partie intégrante de la vie de la plus grande majorité sans que cela semble poser trop de problèmes.
Mais là, c'est autre chose que nous montre Maraini. Il s'agit bien d'une sexualité parfaitement saine, parfaitement puissante et heureuse à laquelle ces femmes, ces Ama(zones, bien sûr) nous invitent. C'est revigorant et ça change avantageusement de "sexually broken" sur Youporn, série SM anglaise où des femmes sont réduites, en plein consentement paraît-il, à l'état de déversoir à violence masculine. On pourrait toujours essayer ça avec une Ama, les gars, ça n'irait pas très loin avant qu'elle quitte la tour du donjon, et tant pis pour vous si les photos et la vidéo ci-dessous ne vous excitent pas, les morts bandent aussi.


mercredi 1 avril 2015

A partir de là, ça descend en pente raide.

Je me suis éclaté la rate en dansant comme un ouf sur le dernier morceau de la vidéo qui suit. Les Bijou ont toujours été un de mes groupes de prédilection et la version de l'album "En public" (pas "Live...") de "Vieillir" reste un des moments héroïques de la Rock-music en France. C'est si bon que c'est à l'égal des anglais et des américains. Manque de bol je ne peux plus en jouir, j'écoute ça avec un sourire perdu et sardonique et, surtout, une tristesse que rien n'apaise. Bien qu'une partie de moi sente que c'est toujours aussi bon et même sente encore cet emballement révolté du coeur qui s'essouffle infiniment sans mourir, je ne peux pas faire abstraction de mon âge et de la mort qui s'approche. Où sont les plaisirs ? Le plaisir de courir après les papillons, même noirs ?  Le plaisir de fumer une cigarette à deux, assis sur le dossier d'un banc à l'heure ou il faudrait rentrer manger à la maison ? Le plaisir de tenter une figure au skate au bas de l'immeuble devant les petits, médusés, en écoutant Queen sur un vieux magnétophone ? Où sont ces plaisirs-là, s'il en est d'autres ?
Vieillir ? Saloperie.

Putain, ça ramone tout de même méchamment !!! Pour un peu, on s'y croirait et on  y croirait encore !

mardi 31 mars 2015

Paradis ? C'est l'Enfer.

Une "midinette" un rien défraîchie me parlait tout à l'heure de Vanessa Paradis. Kesako, Paradis ? Bébé-star programmé, incarnation french-touch de la"Lolita" de Nabokov, elle fait main basse sur le top 50 du haut de ses 14 balais avec une chanson bien tournée signée Roda-Gil/Langolff sur laquelle elle montre un déhanché maladroit et un minois à faire exploser sur place 50 djihadistes repus d'onanisme. Coquette innocente, âme câline dessalée elle enflamme ensuite l'écran en amoureuse incendiaire et phtisique collée aux basques de Bruno Crémer qui n'en demandait pas tant et ne sait comment s'en dépêtrer. C'est " Noces blanches" de Brisseau, elle y est diaphane, mortifère, parfaite. Serge Gainsbourg la cadre aussi sec et écrit les textes de son deuxième album. Il lui fournit un costume fait sur-mesure de poupée aux jolies petits seins en poire et à la paire de fesses en goutte pas gonflante pour un sou. "Paradis, c'est l'Enfer" dira-t-il, à genoux et bientôt mort. Les cadavres aurait pu s'amonceler, comme autour de Marilyn, qu'elle dit tant aimer, mais non, elle grandit, se met à penser, après y avoir bien réfléchi, et choisit de vivre sa vie d'idole des jeunes de moins en moins jeunes. Elle change de tête, prend du téton, change de fesses, passe à autre chose. Le destin ne s'en mêlera pas et tout ira pour le mieux avec le mec idéal dans un chouette monde où cet imbécile heureux de Mathieu Chédid lui écrira ses chansons. Fin en pointillé, sans incident.
"Comediante, Tragediante" disait le pape Pie VII à propos de Napoléon. Tragédie, Comédie. Entre ces deux berceaux de la vie rêvée des Etoiles telle qu'elle nous empoigne chaque jour et nous mène aux affres bêtement, par procuration, Vanessa est devenue moyenne, insipide et Lennyfiante, sans piquant ni relief, sauf, peut-être un chouïa de masochisme primaire. Plus de quoi en faire un drame. Tout de même, fin d'automne, fleur tardive et maladie d'amour chronique il y eût ça, entre autre. Morbide à souhait, et touchant.

mardi 10 mars 2015

A man vanishes.

Me voici revenu à Bashung. Comment cela se fait-il ?  Je l'ai méprisé tant d'années... Peut-être la mort que je sens présente. Je l'avais quitté en 1986 avec "Passé le Rio Grande" et le mirobolant single "S.O.S. Amor", subtile et bavarde éclaircie d'absurde rigolo du parolier Boris Bergman et me voilà en train d'écouter "Comme un Légo", prêté au déjà malade Bashung par le grave et impitoyable Gérard Manset. On ne peut pas dire que la vie ait été légère à l'alsacien. Il avait trouvé une sorte de posture d'équilibriste du désespoir toujours élégant du temps où je l'écoutais plus jeune. Les bombes H et les SS 20 étaient désamorcés par des rires francs et terribles qu'on osait pas pousser jusqu'au bout, jusqu'aux conséquences ultimes, trop trash, trop, violentes. Bashung nous aidait à dédramatiser, chic envapé de fumées trop épaisses qui traînait sa carcasse dans les mêmes parages que nous. "Nous" ? Une bande d'artistes trop frais, trop naïfs, trop méchants, pas assez durcis, pas assez cyniques, pas assez comédiens. Des branleurs. Le temps a fait son oeuvre délétère. Et là, paf, maintenant, "Comme un Légo". Chloé Mons, la compagne de Bashung, disait un jour qu'elle s'était engueulé avec son homme parce que celui-ci avait décidé de la chanter sur scène et que, pour elle, ça voulait dire que Bashung abdiquait devant la Mort qui arrivait. C'était vrai. On ne chante pas les chansons de l'oracle Manset sans conséquence et le trouvère grave trouvait là un exorcisme final dans la litanie sépulcrale qu'il fallait sortir sans tergiverser, les yeux dans les yeux de la Mort et le poids de la Vie sur les épaules. Bashung à eu à coeur de finir comme ça, dans le sublime et calmement. La Beauté n'est plus alors une option, une conséquence, "toujours ça de pris", c'est un cadavre qu'on exhibe sur ses genoux et qu'on fait parler comme une poupée de ventriloque. C'est ce qu'il s'est astreint à faire, durement, lentement, sûrement, sans défaillir. Puis il est mort, bien sûr, libéré d'une quête aboutie, loin du Rio Grande, loin des oiseaux et des lavabos, simplement mort.


mercredi 4 février 2015

Bob Dylan : une ombre dans la nuit.

Comme le dit justement Sylvain Vanot -musicien et Docteur es Dylanologie- "Il faut bien que Bob Dylan se trouve des raisons de se lever tous les matins", et je rajouterais, et d'échapper à la nuit. Oui, Dylan n'a plus rien à prouver à personne, il sort de temps en temps un album de très bonne facture et continue son "Never Ending Tour" (N.E.T.), arpentant le globe au fil des saisons et à son gré. En fait, il se contente de faire ce qu'il sait faire, il fait de la Musique (de la bonne) et il en fera jusqu'au bout. C'est ce que tout artiste véritable expérimente dans son domaine particulier d'excellence, il en a toujours été ainsi et, avec un peu de bol, ça continuera.
Seulement voilà, Bob Dylan est un artiste d'exception et toute forme de train-train lui déplaît, ça ne colle pas avec ce qu'il est, un aventurier du Mid-West émigré à New-York, U.S.A., Monde. Donc, n'écoutant que son coeur, son envie, son courage, et peut-être autre chose, il a décidé de sortir un album composé de classiques de la chanson américaine, s'attaquant ainsi à quelques perles de "l'American Songbook" qui ont connu des interprétations mémorables et multiples. Et voilà que Dylan arrive haut la main à s'insérer dans le catalogue et a se hisser à son niveau. C'est tout bonnement et directement émouvant. Ce n'était pas évident car qui dit "chanson" dit avant tout "Voix", performance vocale et, sur ses derniers albums de Rock, Dylan ne nous avait pas fait l'effet d'un crooner mais bien d'un charretier à l'organe éraillé. Preuve que ce type maîtrise parfaitement ce qu'il fait, il s'est mis pour cet album-ci sur son 31 et chante. Bien. Le tapis musical country-jazz (?!?) qu'il a concocté avec ses musiciens est génial et propice à l'écoute de la voix du vieux chanteur, mélomane sage et amateur digne; il est d'une grande unité formelle et d'une grande douceur. Là-dessus se détache les interprétations, douces aussi, de Dylan, toutes en retenue et feeling, qui du coup ne sombre à aucun moment dans un lyrisme facile (comme cela peut arriver à Bryan Ferry, par exemple, par excès de vibrato). Bref, tout cela est d'une grande tenue et, à une époque où la tenue a tendance à se faire la malle au profit d'un n'importe quoi débraillé (mentalement, parce que les fringues sont plutôt au poil) et criard, ça tranche et ça fait du bien.
Mais il y a peut-être une explication plus profonde à cet essai réussi de Dylan sur ce terrain des chansons, et même à ceux qui l'ont précédé, sur un mode strictement Rock ? Ce n'est pas tant une question de train-train que d'usure et de mort. Peut-être que Bob Dylan tente, classe ultime, un fondu-enchaîné dans la nuit qui arrive pour lui ? Peut-être est-ce cette ambition démesurée qui est belle, et plus belle encore la mise en oeuvre délicate du projet ? Lui seul le sait maintenant, et comme devant toutes les grandes oeuvres de grands artistes, un jour nous nous retrouverons nous aussi seuls face à la sienne. Seuls mais pas abandonnés. C'est même ça l'Art : un acte solitaire contre l'abandon.
Je signale deux chansons en particulier : "I'm a fool to want you", dont la version définitive a été gravée par Billie Holyday, garde ici un potentiel émotionnel vibrant, et "Automn Leaves", adaptation américaine de Johnny Mercer des "Feuilles Mortes" de Prévert et Kosma. C'est pour moi une collision temporelle heureuse qui mêle le poète populaire français que je lisais au collège, le musicien migrant d'exception et le poète "beat" qui m'accompagne depuis que j'ai 16 ans et, d'une certaine façon et en souriant un peu, moqueur et content, je ne vois pas ce que je pourrais demander de plus que ça : Dylan chantant du Prévert et Kosma.
Cora Vaucaire, la créatrice des feuilles mortes.

Pour celle-là Dylan a reçu un Oscar en 2000 pour la B.O. du film "Wonder boys", d'où elle est extraite. La vidéo de Curtis Hanson (réalisateur du film) mélange habilement extraits du film et plans de Dylan. Oui, beaucoup de choses ont changé. Pas la nuit. Je peux en témoigner.

J'ai discuté un peu avec Bob, en priant le Dieu YouTube, et il est d'accord pour que je mette cette chanson issue de son dernier album, à la base une scie de Frankie "Blue-eyed" Sinatra, "Full moon and empty arms". Eh oui, en ce moment c'est la pleine lune.

mercredi 21 janvier 2015

Les livres délivrent.

Ah, ils m'auront fait du mal les frères Kouachi ! C'est comme si je m'étais pris un peu de leurs balles de Kalachnikov dans le buffet. Je me remets petit à petit de la disparition de mes amis lointains et de toujours, Wolinski et Cabu, et je recommence à prendre du plaisir à certaines évidences dont je retrouve la trace à peine effacée. Une chose me frappe, c'est l'inanité du cinéma à mon goût et l'immense pouvoir de la littérature sur moi. J'oublie presque tous les films que je vois alors que les livres me travaillent au corps en profondeur et durablement. J'ai lu un Conrad magnifique il y a peu qui s'appelle "Au bout du rouleau" J'ai appris que je n'étais pas encore au bout du mien. En fait, je n'ai jamais rien lu de Conrad qui ne soit pas génial. J'ai lu un Kipling aussi. Tout est enseignement dans ces livres, apprentissage, expérience transmutée en or pensée pour nos cervelles endormies ou paresseuses. Grâce à eux, nous allons ailleurs, plus loin, plus haut, et surtout nous faisons un petit pas de coté pour voir des choses que nous avions sous le nez et que nous n'apercevions pas sous un éclairage vulgaire. C'est ce que nous fait faire un grand écrivain; et non pas mariner dans les miasmes d'idéologies communes toutes plus rances les unes que les autres. Si Houellebecq était vraiment un grand écrivain, comme d'aucuns le prétendent, on apprendrait dans ces livres, non pas des choses sur l'écume des raisons qui font qu'on devrait avoir peur de l'Islam dans notre pays, mais des choses sur la peur elle-même et sur les rapports intimes, ceux de la peur entre autres, qu'entretiennent l'Occident et l'Islam.
Je vais citer un petit bout de Modiano, extrait de "Dimanches d'août". Un personnage parle :".............................................................................................
- Je ne vois pas ce que vous voulez dire...Vous savez, je m'occupais surtout des chevaux de ma mère...Elle avait deux trotteurs qu'elle faisait courir à Vincennes...
  Il paraissait de si bonne foi que je pas voulu le contredire.
- Vous avez vu tout à l'heure le type qui chargeait mes manteaux dans la camionnette ? Eh bien, il joue aux courses... A mon avis il ne peut y avoir qu'un malentendu entre les hommes et les chevaux..
  Se moquait-il de moi ? Non. Il avait toujours été dépourvu du moindre humour. Et la lumière du néon accentuait l'expression lasse et grave de son visage.
- Entre les chevaux et les hommes, ça ne colle que très rarement... J'ai beau lui dire qu'il a tort de jouer aux courses, il continue mais il ne gagne jamais...Et vous ? Toujours photographe ?......................................"
C'est très simple, et dans l'action du roman, ça a une résonance assez mince mais qui ira crescendo, cette façon de parler de cet homme, sa distance. C'est comme ça que ça fonctionne Modiano, ça prend de l'ampleur. Mais vous voyez cette petite remarque sur les chevaux et les hommes, et bien, c'est la vérité, la vérité toute nue. Je le sais, il m'arrive de jouer aux courses et je suis déjà monté sur un bourrin. Les péripéties d'un western ou les cavalcades de John Wayne n'y changeront rien, il y a un malentendu foncier entre les hommes et les chevaux, sinon les couses seraient une science exacte. De quel ordre, ce malentendu ? Un animal n'a rien à faire sur un autre animal pour se déplacer et encore moins pour faire du sport, c'est anti-naturel, aberrant, d'où certains problèmes récurrents, dus principalement à la bêtise humaine. Il y a aussi la question du rapport taille/puissance qui fausse tout entre les hommes et les chevaux, à moins...à moins de leur murmurer des secrets à l'oreille. Voilà une des choses fondamentales, parmi mille autres, que l'on peut apprendre dans un bon roman. Mais, en général, chez Patrick Modiano, on apprend des choses plus profondes sur l'identité et la mémoire et les liens vitaux qu'elles tissent, et c'est remuant comme toute bonne littérature. Il y a des choses à apprendre sur l'Islam et au-delà chez Durell, Bowles, Cossery, Tsirkas, Lawrence d'Arabie, Galland entre autres. Sur la peur, chez Conrad, Kafka, Celine, Matheson, Vercel, Barbusse... Pas chez Houellebecq. Houellebecq, c'est les pronostics du Quinté, à peine.

dimanche 11 janvier 2015

En fin d'aprés-midi, dimanche 11 janvier 2015

Le Soleil se couche
Dans mon cœur une tristesse avec
Les continents qui dérivent
Je chemine aux cotés de mon frère
Qui me réchauffe en tapant
Dans ses mains
Et ma colère, Où ira-t-elle ?
Plus loin que moi ?
Je marche, je marche
Le tonnerre véloce s'apaise
J'aimerais sourire et rire
Il y a des enfants
Qui jouent autour de moi
Et le font, insouciants
Des gens parlent à voix basse
Se passent des paroles
Dans un souffle tranquille
Tout à l'heure parmi
Les crayons levés au ciel
Il y avait un poing fermé
Lutte infinie à soutenir
Comme on soutient
Un regard noir
Ne pas baisser les yeux
Ne pas baisser les bras
Je revois de vieux amis
En pensée
Qui n'étaient pas désespérés
Et je les revois, rêve léger
Sans mon désespoir
Mon cœur bat plus tranquillement
Le calme viendra comme
Viennent le soir
Et une caresse Humaine
Sur ma tristesse et mon cœur
Pendant que dérivent
Les continents.


dimanche 4 janvier 2015

In the beginning : The Beatles

Je mets ça, c'est pour les fans des Beatles comme moi. M'enfin, ça demeure quand même accessible à nombre de personnes. Un truc charmant qu'ils (je sais pas qui c'est au juste "ils") devrait généraliser à l'ensemble de la discographie du groupe, histoire qu'on comprenne un peu mieux COMMENT ça se fait que ça "sonne" comme ça; c'est à dire incroyablement bien pour un enregistrement fait sur un magnétophone quatre pistes (de nos jours, on en est à plus de cent). Donc là, chaque piste est jouée séparément et puis on entends le mix final après. C'est à la limite de la magie, en fait c'est un travail d'orfèvre. Pour cet album, "Sergent Peper's Lonely Hearts Club Band", tout le monde s'est mis sur son 31. L'époque était aux bonnes vibrations d'amour libre et de paix, les fringues étaient VRAIMENT classe, George Martin savait ce qu'il faisait de A à Z, sous la férule de John, Paul George et Ringo, même l'énervé Lennon semblait radouci. Résultat, un truc imbattable "l'Album" avec "A" majuscule de ces années-là, un fleuve presque narratif et hallucinogène de musique idyllique d'intelligence et de beauté, ici réduit à quatre pistes pour qu'on puisse bien voir ce qui se passe au plus près de la marmite dans laquelle le ragoût a mijoté. Et c'est simplement passionnant. Allez sur Youtube et tapez "Deconstructing Beatles" il y en a pas mal des comme ça, moins l'infernal design visuel vintage au poil.

mardi 23 décembre 2014

On n'y voyait pas grand-chose, Modiano lève un voile.

Parler Littérature est chose difficile, surtout pour les écrivains. La plupart s'en tient à l'anecdote, au nombrilisme, aux citations. Il leur est pénible de se pencher sur leur Art et d'en dévoiler quelques arcanes sans se couper l'herbe sous le pied ou sombrer dans une immodestie toute mignonnette. C'est déjà plus aisé pour les critiques qui sont là pour ça et possèdent tous les codes et les grilles d'analyses possibles et imaginables, qui ne leurs sont pourtant, la plupart du temps, d'aucune utilité pour dire quelque chose de sensé sur un livre ou un écrivain. Leur seul recours sera d'écrire à leur tour, de mettre un bout de soi dans la critique pour éclaircir un peu d'eux-mêmes et en même temps un peu de ce dont ils doivent rendre compte. C'est le seul moyen. Et quand on lit le travail d'un bon critique, on lit de la Littérature.
Bref, récemment, Patrick Modiano s'est livré à l'exercice périlleux du discours de réception du Prix Nobel de Littérature qu'il venait de recevoir. C'est dire qu'il allait falloir parler d'or et soigneusement peser ses mots au poids de la postérité. Et bien, il a fait un très beau et très touchant discours. C'est émouvant de le voir faire un speech aussi limpide, humble, presque chaste sur son métier et ses œuvres, lui dont on connaît la diction stroboscopique, quasi hallucinante. Il dit tout ce qu'il peut dire de lui et de l'écriture sans sombrer dans l'impudeur, et il le dit bien, avec clarté et précision. On est loin du de la déclamation du Sysiphe-stagiaire Albert Camus, qui reste une référence indépassable en matière d'emphase (et de conduite périlleuse au volant).
Je vous incite à lire les livres de Modiano, c'est un grand écrivain. Voici son discours de remerciement pour le Nobel de Littérature. Ça commence 2 minutes 48 secondes après le début de la vidéo.

mercredi 19 novembre 2014

Wilson, Wilson et Wilson.

Quand Brian wilson s'est mis en tête qu'il déclenchait des incendies à l'autre bout de Los Angeles par la force de sa musique dont il ne savait plus si elle était vouée à Dieu ou au Diable, il a fallu que les autres Beach Boys se démènent pour palier à la défaillance mentale de leur compositeur en chef. En fait, cette semi-dispartion de Brian a été une aubaine pour ses frères Carl et Dennis, auxquels elle a laissé le champs libre. A vrai dire, tout le monde s'y est mis, Mike Love et Al Jardine en plus des deux frères, et des membres moins connus des Beach Boys, comme Bruce Johnston, appelé en renfort et que la défection de Brian Wilson a ramené en pleine lumière alors qu'il avait composé un des meilleurs albums de Surf-Music de l'époque quelques années plus tôt. N'empêche, il y a une veine Wilson, un filon, et une histoire de famille vécue ensemble a gravé quelques sillons communs dans la psyché des frères et leur manière de faire et de composer de la musique. Il y a chez Dennis et Carl la même félure que chez leur ainé, le même désespoir foncier et la même joie primesautière. Pas à pas, minute par minute ils ont lutté contre la Folie qui les guettait par le même moyen : la Musique. Brian ne s'en est pas dépêtré et la Musique elle-même est devenue partie de la Folie, une ennemie ; il a fallu arrêter d'en faire, un temps. C'est un vaste gâchis que le naufrage d'une des plus belles inspirations musicales du XXeme siècle, tout genre confondus, y compris les plus nobles. Mais on peut retomber sur ses pieds, peut-être sur des terrains moins aventureux mais avantageusement plus sécures, en écoutant les musiques que Dennis et Carl firent pour les Beach Boys et pour leurs carrières solos. L'inspiration commune est bien là (et là, il faudrait évoquer le Père Wilson), quelque chose de tangible, un parfum, une effluve, peut-être l'écume de l'eau du Pacifique tout proche.
Alors, trois choses. Tout d'abord, un extrait d'une émission ("Inside Pop : The Rock revolution") que fit Leonard Berstein pour démontrer à tous, et surtout aux parents récalcitrants, que la musique qu'écoutait leurs enfants n'était nullement du bruit pur et simple. "Lenny" savait tout, faisait tout, avait tout essayé, y compris des choses inavouables. Il était largement aussi hyper-actif que Karajan et largement aussi cinglé que lui. Dans cette émission, on voyait Brian Wilson chanter "Surf's up" en s'accompagnant au piano. Le son n'est pas terrible, on s'en fout, c'est effectivement bluffant.

Quatre années plus tard Carl nous pondait cette petite pépite sur l'album qui s'appelait effectivement "Surf's up", chanson qui était restée en stand-by après le naufrage de l'album qui aurait du s'appeler "Smile" et sortir en 1967 et la mise en jachère du cerveau de Brian. C'est magnifique. "Feel flows"

Dix ans plus tard, Dennis a déjà fait paraître une perle en 1977 avec l'album "Pacific Ocean Blue". Il travaille comme il peut, son mode de vie étant assez erratique et ses rapports avec les autres Beach Boys pas toujours simples, à un deuxième effort, mais il mourra malheureusement noyé avant de l'avoir achevé. Cet opus est sorti à titre posthume sous le nom de "Bambu" (The Caribou sessions). Il s'y trouve cette chanson dont je trouve les harmonies (le début me fait frissoner) remarquables et dont la deuxième partie aurait pu me faire aimer le Prog-Rock si je l'avais écoutée avant d'écouter, mettons, les Cure. Superbe "Are you real ?"

Dennis Wilson présente la particularité de jouer mal de la batterie sur ses propres compositions, ce qui n'est pas le cas de tout le monde et en particulier de Ringo Starr, qui, lors de sa carrière solo prolifique, a massacré sans vergogne des chansons écrites par d'autres dont il faisait des tubes par une sorcellerie inexpliquée à ce jour. (Avec les Beatles, il était parfait). Bravo Dennis, donc.
N.B. : 1988, Brian a retrouvé une partie de ses moyens et, sous l'égide d'un psy plutôt bizarre, sort un album solo. Il n'est pas génial a l'exception de la suite de huit minutes qui s'appelle "Rio Grande". C'est du bon, du très bon Brian Wilson, qui regarde sans loucher vers ses travaux passés les plus ambitieux et semble les raviver en cette gemme précieuse. Brian Wilson : "Rio Grande"

Coda.