Avant que je ne m'engage fermement dans le chemin du Rock dit "alternatif", grâce à Hüsker Dü (Bob Mould et Grant Hart), j'ai connu des errements de dandy, j'ai eu des préciosités coupables, je me suis un peu perdu de vue parfois dans la jungle du bon goût en matière de musique moderne pour jeune, bref, j'ai vécu, avec des hauts et des bas. Tout, dans cette vie, n'a pas été de soi et si j'ai évité des pièges (Adam & the Ants, Lords of the New Church...) j'ai mordu à l'amer hameçon de pêcheurs en eaux troublées plus souvent qu'à mon tour (Joboxers, Spandau Ballet...) MAIS je ne regrette pas, mais alors pas du tout d'avoir été fan de Scritti Politti. Tout est improbable dans ce groupe, à commencer par son nom, emprunté à un recueil en langue originale d'écrits politiques d'Antonio Gramci leader communiste italien des années 30, et sa qualité n'avait rien d'acquis. Résultat des courses, quelques décénnies plus tard, je n'ai aucune difficulté à écouter les vieux titres du groupe de Green Gartside tant ils sont bons et je ne suis pas le seul puisque une bande d'afficionados guette les apparitions du héros romantique et structuraliste. Oui, Green Gartside n'était pas seulement habillé comme une poupée eighties de petite fille cruche et à la mode, il ne se contentait pas d'arborer des coupes de cheveux titanesques qui demandaient des heures de travail à des coiffeurs énervés, ni de fredonner d'une voix fluette et maniérée ces tubes imparables, il était structuraliste. Et de nous pondre une chanson d'amour (géniale) sur "le mot fille", dans une optique qui devait beaucoup à Ferdinand de Saussure et Roland Barthes. Tout cela était tordu, ambitieux, efficace et le riddim de basse de reggae est l'un des plus profondément noir qu'un blanc ait jamais pondu. Je mets le morçeau en deuxième, vous allez voir, en plus il y a un beau clip. Mais je vais commencer par une pièce du boucher, un plan caché pour ceux qui savent où se cachent la bonne came : "Oh Patti (don't feel sorry for loverboy)". Le morceau est suave, c'est un euphémisme, la richesse de la mélodie affiche bien les velléités musicales du bonhomme, c'est vraiment très beau. Le son est une sorte de perfection rêvée Beach Boysienne des années 80; notez le toucher soyeux du batteur, la hardiesse du certains changement d'accords. ET PUIS, paf, la trompette de Miles Davis vient faire basculer le tout dans le sublime, le ouaté pour gentleman farmer. Oui, mesdames, messieurs, MILES DAVIS en personne joue sur ce morceau de musique pop, donc triviale. Pour moi, à l'époque, Davis, c'est Dieu. Il possède la maison mère, le Jazz, je ne l'entends ni ne le vois souvent mais enfin, c'est LE musicien par excellence et j'en ai beaucoup entendu parler. Je l'ai même un peu écouté en screud sur des disques de mon père. Le fait qu'il s'invite sur ce morceau de Scritti Politti est certes un peu mystérieux, mais c'est à coup sûr un gage de qualité sans équivalent.
Bien des années plus tard, j'ai beaucoup écouté Miles Davis, élargissant ma définition du Rock alternatif à des styles variés voire des compositeurs classiques mais je n'ai jamais cessé d'écouter et d'aimer Scritti Pollitti et je peux vous jurer, la main droite posée sur l'Ancien et le Nouveau testament, que je connais maintenant parfaitement, que j'ai eu entièrement raison et que les gemmes qui ornent la petite couronne de ce roitelet de la Pop qu'est Gartside sont d'une eau pure comme l'étaient certains sons de trompette dans la nuit animée des clubs de la 52ième rue.
Alors, Scritti Politti : "Oh Patti (don't feel sorry for loverboy)"
Scritti Politti, deuxième : "The world girl" "..how your flesh and blood became a word.."
Affichage des articles dont le libellé est Scritti politti. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Scritti politti. Afficher tous les articles
jeudi 11 juin 2015
mercredi 4 septembre 2013
D'une certaine idée de la Pop Music en Angleterre.
1985. Après le boucan anxiogène des Punks et la froide et foisonnante descente aux enfers New Wave, une vague de sophistication, voire de maniérisme, s'abattait sur une Angleterre pas mécontente de se réveiller élégante et toute pimpante. Déjà, chez quelques chantres de la New Wave perçait clairement ce souci pour le look, l'attitude, la distance qui, pour certains, se délitera parfois en pose.
Les arrangements les plus chiadés, les compositions les plus soignées, les textes les plus intelligents viendront d'une bande d'artistes (parfois faussement) propres sur eux, bien coiffés et sensément de bonne famille. Celui qui ira le plus loin dans cette démarche est Green Gartside sous le nom de groupe de "Scritti politti". Ce nom est tiré du titre original d'un recueil d'articles du penseur et leader marxiste italien Gramsci. Il est certain que Gartside les a lus, peut-être pas en italien mais il les a lus.
Voici comment Paddy McAloon, autre grand auteur sophistiqué au sein de ses Prefab Sprout, parle des velléités de Gartside d'utiliser les théories structuralistes pour créer son excellente chanson "The world Girl". Il est dithyrambique. En-dessous le morceau de Scritti Politti. On comprend pourquoi.
Au grès de son inspiration Gartside citera aussi bien Aretha Franklin que Derrida et sortira un album qui se vendra très bien, au titre splendide et ambitieux : "Cupid and Psyche". Ce qui me frappe, c'est aussi la fraîcheur du truc.
Paddy Mc Aloon ne sera pas en reste et après avoir commis le superbe "Steve Mc Queen", toujours en 1985, riche en voix feutrées, en arrangements profus et somptueux, il s'attaquera vertement au Mythe Américain en 1988 sur le non moins superbe "From Langley Park to Menphis", plein d'air pur, lui aussi.
Alors, "Absolute" par Scritti Politti (1985) et "Cars and Girls" (1988) de Prefab Sprout, dans laquelle Mc Aloon donne une petite leçon de conduite à Bruce Springsteen qui avait trusté les premières places des charts peu avant avec l'album "Born in the U.S.A" et les singles qui en furent issus.
On peut toujours se foutre du look de Gartside, moi, je dis qu'il était "Swagg", point-barre. Enfin, si c'est pas lui, c'est ses potes. Et puis alors, la suite d'accords... WAOU !
Vous avez écouté la chanson "Born in the U.S.A" ? C'est du terrorisme pur et simple. Pas le texte, pas l'intention, d'accord, mais le son du truc ; le coté Stallone dans "Rambo" de Springsteen quand il se met à gueuler.
Pour en finir (provisoirement) avec cette petite victoire de l'intelligence dans un milieu (la musique Pop) où la bêtise est une valeur sûre, je vais soigneusement évité de mettre des vidéos de Billy Idol et Frankie goes to Hollywood, en dépit de l'affection que je leur porte, et me faire plaisir avec un bon tube de Human League et un dernier Scritti Politti, tiré de "Anomie and bonhomie", petite perle sorti en 1999. Green Gartside a sorti deux autres bons albums depuis et on peut le voir en live et en forme sur Youtube. On n'arrête pas le talent aussi facilement qu'on croit. Les coups de ciseaux des coiffeurs non plus.
Les arrangements les plus chiadés, les compositions les plus soignées, les textes les plus intelligents viendront d'une bande d'artistes (parfois faussement) propres sur eux, bien coiffés et sensément de bonne famille. Celui qui ira le plus loin dans cette démarche est Green Gartside sous le nom de groupe de "Scritti politti". Ce nom est tiré du titre original d'un recueil d'articles du penseur et leader marxiste italien Gramsci. Il est certain que Gartside les a lus, peut-être pas en italien mais il les a lus.
Voici comment Paddy McAloon, autre grand auteur sophistiqué au sein de ses Prefab Sprout, parle des velléités de Gartside d'utiliser les théories structuralistes pour créer son excellente chanson "The world Girl". Il est dithyrambique. En-dessous le morceau de Scritti Politti. On comprend pourquoi.
Au grès de son inspiration Gartside citera aussi bien Aretha Franklin que Derrida et sortira un album qui se vendra très bien, au titre splendide et ambitieux : "Cupid and Psyche". Ce qui me frappe, c'est aussi la fraîcheur du truc.
Paddy Mc Aloon ne sera pas en reste et après avoir commis le superbe "Steve Mc Queen", toujours en 1985, riche en voix feutrées, en arrangements profus et somptueux, il s'attaquera vertement au Mythe Américain en 1988 sur le non moins superbe "From Langley Park to Menphis", plein d'air pur, lui aussi.
Alors, "Absolute" par Scritti Politti (1985) et "Cars and Girls" (1988) de Prefab Sprout, dans laquelle Mc Aloon donne une petite leçon de conduite à Bruce Springsteen qui avait trusté les premières places des charts peu avant avec l'album "Born in the U.S.A" et les singles qui en furent issus.
On peut toujours se foutre du look de Gartside, moi, je dis qu'il était "Swagg", point-barre. Enfin, si c'est pas lui, c'est ses potes. Et puis alors, la suite d'accords... WAOU !
Vous avez écouté la chanson "Born in the U.S.A" ? C'est du terrorisme pur et simple. Pas le texte, pas l'intention, d'accord, mais le son du truc ; le coté Stallone dans "Rambo" de Springsteen quand il se met à gueuler.
Pour en finir (provisoirement) avec cette petite victoire de l'intelligence dans un milieu (la musique Pop) où la bêtise est une valeur sûre, je vais soigneusement évité de mettre des vidéos de Billy Idol et Frankie goes to Hollywood, en dépit de l'affection que je leur porte, et me faire plaisir avec un bon tube de Human League et un dernier Scritti Politti, tiré de "Anomie and bonhomie", petite perle sorti en 1999. Green Gartside a sorti deux autres bons albums depuis et on peut le voir en live et en forme sur Youtube. On n'arrête pas le talent aussi facilement qu'on croit. Les coups de ciseaux des coiffeurs non plus.
Libellés :
Amour,
Bassiste,
Electro,
Femme,
Grâce,
Groove,
Histoire,
Hommage,
Musique,
New Wave,
Post-modernité,
Prefab Sprout,
Rock n' Roll,
Scritti politti,
Songwriter
Inscription à :
Commentaires (Atom)