J'ai le coeur qui bat trop vite et trop fort. Je ne devrais pas écouter autant de rock n'roll, c'est mauvais pour moi, pour ma santé. Mais c'est comme ça, certains avancent à un rythme modéré, à la coule; d'autres sont tellement zen qu'ils sentent à peine leurs jambes avancer et leur coeur battre au rythme de la marche; moi j'avance au son du tambour ("beat of a drum"), grognant et rugissant. Au fond, je suis comme n'importe quel groupe de rock lambda : j'ai besoin d'un batteur. Et justement l'un de ceux qui m'ont fait le plus me ruer à fond de train vers à peu près tout, y compris la déchéance, et la fatigue, vient de mourir. Il s'agit d'Hal Blaine et je lui rend hommage. Il était musicien de session à Los Angeles et disait avoir 35 000 enregistrements à son actif. Membre fondateur du "Wrecking crew", il a officié dans des disques classiques et même canoniques de Phil Spector et ses Ronettes, des Beach Boys, des Byrds, de Sonny and Cher, définissant un son, imposant un gimmick. A tel point que quand je ne connais pas le nom du batteur qui joue avec tel ou tel artiste des sixties ou seventies et que je le trouve bon, je me dis que ça doit être Hal Blaine qui tambourine sur ma poitrine. Ce n'est pas un poids mais ça pulse, ça pulse et je me fais vieux, toujours plus vieux. Et, fin du fin, je suis toujours autant en colère. Ce n'est pas bon d'être aussi en colère à mon âge. Cependant Bowie disait, quand il a chanté dans Tin Machine : "You belong in rock n'roll". Oui, c'est ça, j'appartiens au rock n' roll, jusqu'au bout, jusqu'à la dernière ligne du dernier rouleau, envoûté, marabouté, à ma place. Au bout du bout, à l'heure du calme et du repos obligé, mon dernier battement de coeur, je le devrai peut-être à Hal Blaine.
Tin Machine : "You belong in rock n'roll"
Imparable. Le mur du son de Spector. Les Ronettes : "Be my baby".
Ce qui amènera Dylan au Rock. C'est Blaine qui joue.
Nous autres modernes, on avait Brian Wilson, Frank Zappa ou encore Pete Shelley. Les post-modernes ont aussi des héros, ils s'appellent Steven Ellison, Archy Marshall ou Stephen Bruner. Le monde n'a pas arrêté de tourner mais il a changé. Moi qui suis de l'ancien monde je serre de près les petits génies du nouveau et je trouve qu'il n'ont rien à envier aux immenses talents d'hier, c'est moins évident pour moi, c'est tout. Question d'âge, de degrés, de part angélique. Ce n'est pas que je vieillis mal, je vieillis, c'est tout. Mais restons dans le vif, ou ce qu'il en advient. Prenons le dernier nommé, Stephen Bruner, et bien il se situe quelque part à mi-chemin entre Wilson et Zappa mais dans une autre dimension, la sienne, la vôtre, Ô mes plus jeunes amis lecteurs, une dimension ou George Clinton n'est pas encore mort et ou Suicidal Tendancies est une comète importante, c'est à dire la réalité. Je vais mettre un truc de lui qui est une gâterie qui se laisse écouter sans fin. Il y avait l'"Endless summer", le crépuscule des hommes semblent lui aussi infini. Ecoutons l'un de ses chantres.
Stephen Bruner AKA Thundercat "Them changes". En dessous, je mets son Tiny Desk Concert.
Vous connaissez la chanson "Quand j'étais chanteur" de Michel Delpech ? Non ? C'est vraiment une très belle chanson, sur un thème rarement abordé : le vieillissement. Moi aussi je vieillis et comme Delpech le dit, sans être à la pointe de la mode et du combat, rapetissant à chaque année qui passe, "J'entends quand même des choses que j'aime et ça distrait ma vie." Je n'ai pas les codes, je ne les ai plus. Mais la Beauté crue se passe des artifices du Temps qui passe et atteint à une actualité brûlante pour l'éternité, à laquelle elle se mesure, sans fard, seule création humaine à pouvoir le faire. Alors, même sans les codes, même sans l'immédiateté que crée la contemporanéité, je sais que ça c'est bon.
Eveything is recorded (feat Sampha), "Close but not quite".
Je suis comme un des Esseintes rock; fatigué, usé, sursaturé d'émotions lourdes, emphatiques, surénergisées. Et il faut vivre avec ça ma bonne dame, encore un peu...ou passer au classique et au jazz. Why not ? Pourquoi ne pas sauver mon âme ? Monsieur Barbey d'Aurevilly disait qu'après la lecture de "A rebours" on avait "le choix entre le pistolet et le goupillon". Il aimait bien dire ça Barbey d'Aurevilly, il l'avait déjà sorti à propos des "Fleurs du mal" de Baudelaire. Est ce que j'ai le choix, moi, 54 années au compteur, ouvragées par le Grand Méchant Rock ? Bof... Est-ce la force de l'habitude qui sculpte une maladie finalement aimable ou un penchant "naturel"qui m'est échu ? Je ne sais pas et je reste inaltérablement rock, jusqu'à la moelle, même tari, même idiot, même mourant. J'enfile des perles, j'écoute des gemmes de couleurs chamarrées serties dans des bagues d'or fin et d'argent pur. J'en ai plein les doigts. Ca colle... J'en mets sur ce blog, pensant que la charge partagée sera moins lourde, il n'en est rien, ces poids-là sont impondérables et ne se divisent ni ne se multiplient, ils ne font que peser. Ma seule justification est d'exhumer ces trésors et d'en tirer un plaisir rare et trivial. Au fond, ai-je jamais eu d'âme autrement qu'en écoutant de la Soul-music. C'est chiche ? Donc, goupillon ou pistolet ? J'entends une mésange zinzinuler mon salut. Elle me parle de Messiaen et consort... Je me tais, l'écoute bien à fond chanter la Vie et...je mets un autre morceau de Larry Williams, suicidé à 44 ans après avoir ensemencé la terre promise du rock de quelques acres de promesses intenables. Plus fort que moi. M'en fous... "Maman prend le marteau, y'a une mouche sur la tête du bébé..." Toutes ces grossièretés sont mes chefs-d’œuvre de Beauté à moi, mon penchant, ma croyance. Purée, j'en ris encore ! Et encore ! A vous les studios...
Les américains. La source.
Les anglais essayant d'en faire un truc audible aussi puissant et beau, et y arrivant.
On dirait que je suis parti en vacances et que j'ai survécu. La Grèce. On dirait que j'ai vu "The Last Waltz" de Scorsese sur le Band, avec Bob Dylan, que c'est bien et pas bien à la fois. On dirait que je suis content que Dylan soit encore en vie. On dirait que je sens le vent de l'idiotie me frôler l'occiput, comme Charles Baudelaire. On dirait que Tom Petty est mort. Et Jean Rochefort. On dirait que c'est douloureux. On dirait que les frères Maël viennent de sortir un album somptueux. On dirait que c'est encore plus douloureux. Qu'ils n'ont pas la tête à rire. Enfin, plus. On dirait que je me souviens les avoir vus tout gosse dans le film "Rollercoaster", un navet des seventies qui enterre n'importe quel film américain actuel. On dirait que j'en ai marre et que je sens que je lasse les gens autour de moi. Encore une fois. On dirait que je ne vois pas d'autre chose à faire que de continuer ce blog étrange... On dirait "Stop". On dirait "Encore". En même temps, ou presque. On dirait que je m'apprête à partir. Ou à repartir... On dirait que je ne sais pas si c'est le début ou la fin. On dirait que je suis paumé. Et puis on se tairait parce que ça vaut peut-être pas le coup d'insister.
Tristesse et désolation. Prince est mort. Ah, putain ! je pars un peu aussi pour le coup, j'y laisse un bout de mon coeur. Après Bowie, c'est dur. Manquerait plus que Keith Richard ou Pete Townhsend y passe et je ne saurais plus à quel saint Rock me vouer. Prince était un vrai Rocker, Funky, d'accord, mais c'est tout pareil ces trucs-là, la même branlette au savon. Dur, sapé, beau, sexy, maussade, cool, frimeur, sacré zicos, en un mot un vrai branleur de chez branleur; jeune à jamais, immature, incomplet, rageur d'avoir enterré ses 16 ans. Ne cherchez pas les hommes dans le monde du Rock, ils sont très peu nombreux; lignée Dylan/Young sûrement, des musiciens un peu sérieux, Randy Newman, autre chose quoi, pas LA chose.
Moi, Prince, il m'avait chatouillé l'obessionnel à donf. 20 fois, 40 fois, 100 fois d'affilée la note suraiguë du solo de "Let's go crazy", sur la fin, le disque en est rayé, il saute, peux plus l'écouter celui-là. Je le garde comme une relique. Et les cassettes "Parade" et "Around the world in a day", écoutées, ré-écoutées jusqu'à plus soif. Walkman, j'arrive à la fin de la face : "Sometimes it snows in april", ma mère morte, l'angoisse, et paf ! auto-reverse et zou ! "Christopher Tracy's Parade", impair rouge et passe, la mort à l'As, maman, je pleure pour nous deux. C'était chic, "Girls and Boys", "Kiss", comment ne pas danser ? comment ne pas tomber une fille ? Il filait le coup de main imparable, le bougre en dentelle noire, un sourire aux coins des lèvres
Je l'ai vu deux fois en concert. La folie, le génie, un groupe de furieux, Bercy en fusion, des décors bizarres, un panier de basket, il tente un shoot et se plante, je le conspue, un deuxième, je hurle à sa mort, il se casse, lance le ballon derrière lui, vexé : panier ! je le vénère. Là, intégralement là où il faut et quand il faut. C'est le "It" des poètes-jazz beat atteint tous les soir sur des morceaux machines à danser qui ne semble plus finir. Je crie "Branleur !", "Branleur !" pendant tout le concert, il y a longtemps que ma voisine me regarde en souriant. Downtempo, "Annastasia", "The Cross", deux accords, un frisson christique passe, nous sommes habités, traversés par l'Esprit Saint. On sort ruinés, ébahis, chancelants et on fonce aux Bains-Douches pour la suite. On ne rentrera pas, évidemment. Tant mieux. Je ne suis pas un "beautiful people", "How does it feels..."mon coté homme peut-être. Laissons cela pour l'instant. Ce soir, je perds un proche, un ami, consolant, gentil, méchant, distant,, une voix, un baume, une main. Reste la musique, que j'écoute en ce moment (le deuxième album : "Prince"), ça ne suffit pas, je suis triste et désolé et je largue une partie de moi-même. L'Histoire, mon histoire changent.
J'me suis préoccupé, j'me suis fait du mauvais sang. Cétait un raout de questions dans ma tête. Depuis que je suis tout petit, à n'en plus finir. Est-ce que je fais bien de faire telle ou telle chose ? Est-ce que je fais du mal, sans m'en rendre compte ? Est-ce que je respire pas l'air d'un autre ? D'une autruche, d'un caneton qui vaudraient dix fois plus que moi ? Où elle est ma place ? Dans quel sens j'avance ? Et est-ce que je dois avancer ? Les femmes, le travail, l'argent, dans quel ordre et pourquoi ? J'me suis retourné le chou, comak. Ma cervelle devenait du mou pour les chats. J'vaticinais, j'déroulais du cable de neurones usés, j'perdais le Nord, l'Ouest, les autres et la boussole. Mais bon, à force d'avoir mal, j'ai atteint le bout. J'me suis dis que j'm'y prenais pas de la bonne façon, sûrement. Alors, j'ai pensé plus petit, plus ramassé, moins dans les grandes eaux. Moins tour Effeil. Et petit à petit j'ai construit quelque chose, avec un peu de nerf et de sang pour un peu de sens. Oh la la, ça a été long ! Je marche pas bien vite mais je tiens debout tout seul (ou presque). Y'a des journées, j'ai un peu de mal à les traverser mais la nuit j'étouffe pas trop. J'suis seul mais moins. Y'a des options n'est-ce pas, alors j'écoute aussi, les différentes options qu'on me propose. Y'en a que je trouve sensées, d'autres pas. J'suis presque calme, presque et v'là la cinquantaine qui arrive, paf !, de nouveau des questions et l'ultime pirouette qu'on ne pourra pas rattrapper. Ah, j'men re-pose des questions, ça revient en force le délirium sémantique. Je deviens escargot, limite limace. J'ai l'oeil glauque et je cherche la lumière. J'en ai jamais assez. Parce qu'un peu partout autour de moi, c'est les ténèbres et des choses que j'avais crues mettre à distance de sécurité qui se rapprochent. La société, par exemple. Elle tourne pas rond, elle à son poids sur mon dos, sur le dos de tout le monde. On y joue son rôle, on y cherche sa place, hyper-contraignante, les règles du jeu sont dures à avalées. Si t'es pas d'accord, on t'envoie les C.R.S. Des vicelards qui cognent pour tant pas mois et qui y trouvent leur compte. Le travail est dur, suivre les règles ne paye pas mais la Loi t'y oblige alors je/tu serres les dents, comme tout un chacun et je/tu fonce(s) dans un brouillard bien opaque Et puis, y'a un éclair blanc. Aujourd'hui c'est les "Panama Papers" et je comprends. (et toi ?) Le système réel fonctionne, y'a pas de doute, ceux qui sont dedans en vivent, voire y croient mais en fait ce système est ponctionné par un gros parasite, une sorte de cancer qui lui sert aussi de cerveau. C'est juste quelques milliers de personnes qui en tirent réellement profit, qui en tirent une jouissance quasi-divine et les moyens d'en jouir toujours plus. Des gens qui tirent vraiment les ficelles, des vrais Maîtres des Poupées que nous sommes. Des hommes politiques, des hommes d'affaires, des sportifs, des artistes, qui pour la plupart ont un rôle "officiel" dans le monde réel, mais dont la véritable raison d'être et la vraie vie est dans le parasite, dans le cancer, en douce, en fureur et horreur. Si t'es un peu réglo, si tu t'estimes lèsé, ça prend le chou ce truc-là, parfois jusqu'à devenir complotiste ou djihadiste...
Je n'en suis pas là mais ça y est, me voilà définitivement déniaisé. Je n'irai plus voter, ça ne sert à rien, l'ordre règne toujours qui nourrit à foison toujours les mêmes et les goinfre quand le quidam de base trime pour bouffer un minimum. Et il n'est pas question d'influer sur la société. La société est comme ça depuis l'avènement du capitalisme libéral, c'est à dire le début du 19eme siècle et elle mourra sans avoir évolué, et nous avec. Toutes les tentatives pour la réformer ont échoué, car elle marche bien avec ce qu'est profondément l'homme. Le cancer est sorti de chaque crise plus fort. Je ne veux pas qu'il me bouffe trop la tête, je veux garder d'équerre le peu de cerveau qui me reste alors il faut que je chasse vite fait tout ce poids social de mon horizon et que je vive dans un périmètre restreint mais sur lequel j'aurai un minimum de pouvoir d'action qui ne soit pas un vain trucage. En fait, c'est les mêmes questions qu'au début, les même torsades sauce neurones. Simplement, je ne suis pas un génie, alors, je m'endords des fois, j'me perds dans la grande forêt et je peine à chaque fois pour en retrouver la lisière. Là où l'insatisfaction prend formes au lieu de les détruire. Là où la lumière commence.
Bon, hier soir je me suis un peu excité à propos d'Iggy Pop. Chacun sort de la dépression comme il peut. Là, je suis plus détendu, moins énervé et je m'attendris à mesure que je me calme, tant et si bien que je vais vous mettre une vidéo de Pop et son groupe actuel qui est plutôt bonne. Iggy y est touchant avec sa patte folle et ses muscles de vieux qui commencent à pendouiller. Il fait son numéro habituel mais MAINTENANT, c'est-à-dire qu'il est toujours dingo et gueulard mais aussi plus calme, plus posé, il est plus en contrôle. Donc il ne fait pas vieux singe qui s'imiterait mais Iggy Pop à 70 ans, esseulé, toujours chargé de lourdes blessures, mais plus d'équerre, pas droit, mais d'un biais qui tient bien debout encore cette fois avec nous. C'est déjà pas mal quand on vient d'où il vient et quand on est passé par où il est passé. Moi, je dis qu'Iggy Pop et "Plus belle la vie" ne sont plus tout à fait inconciliables. Naaaan, je déconne !!!
Vous voyez, à la fin du morceau, Iggy est tellement gentil avec son public qu'il dit que le savon qu'il vient de lui passer n'a rien de personnel, et que plus il les fréquente, plus il les aime. C'est mignon. C'est Iggy Pop MAINTENANT et, tout compte fait, c'est mieux pour lui et pour nous.
J'ai écouté d'autres morceaux du concert. C'est audible sans déplaisir, même plutôt bien et, je le répète, touchant.
Il est comme moi Iggy Pop, il est fatigué. Plus que moi, même. Faut dire, il a tout essayé ce garçon. Il a sombré dans les pires excès, les pires dépravations et quoi ? Qu'est-ce qu'il lui en reste de toute sa vie de chien fou ? Il a été heureux peut-être, un petit peu. Il a été malheureux, beaucoup. Il a fait du rock destructeur, avec les Stooges ou en solo, d'une négativité inégalée et qui demeure une référence absolue pour tout rocker un peu digne de ce nom (en gros, rocker ça veut dire péquenot mal dégrossi/mauvais garçon mais gentil au fond). Ensuite, il a essayé de sortir de ses travers extravertis en se rachetant une conduite d'amateur de potin binaire de qualité sur quelques bons albums qui passaient bien sur les chaines Hi-Fi. Puis, pour se survivre, je suppose, il s'est mis à s'auto parodier en légende du proto-Punk-Rock indestructible et mouillant à grand coup d'albums torse-poils aussi ineptes que nombreux. Il n'est jamais parvenu à s'assagir totalement (eh, eh !). L'électricité, il a ça dans le sang. Tout mettre sur dix et foutre le bordel avec des mécaniques à bruits diverses. Il a changé, quand même, il est devenu un peu plus tristounet avec l'âge, moins enthousiaste à se flinguer, un peu pervers pépère à la sortie des classes mannequins à Manhatan à se tirer sur la nouille comme un con. Fallait bien passer le temps. Il a fait une chanson avec Françoise Hardy ("Mon amie la rose" ?), un album tiré d'un bouquin de Houellebecque qui s'appelle "Préliminaires" (le con, presque trente ans après le coup de massue qu'était "Pénétration, le voilà qui s'occupe de futilités), un autre de reprises de chansons françaises. On s'occupe, on s'occupe. Et puis son pote Asheton des Stooges est mort. Lou Reed est Mort. David Bowie est mort. Tous ses amis sont clamsés, il s'emmerde, il n'a plus rien à dire à part "Fuck" comme d'habitude mais il déprime sec et il est un chouïa moins virulent qu'avant. Un gros Chouïa. Je le comprends, je compatis même, je me sens comme lui. Et d'ailleurs, tout comme moi, c'est un véritable chien, incapable de ne pas aboyer, par prudence. Alors, il va tenter un dernier geste ou presque, en s'entourant d'une bande de bons musiciens et compositeurs et sortir l'album "Post-Pop depression" ou comment survivre un petit peu dans un monde de cons et que l'on est soi-même moribond depuis presque un demi-siècle? comment faire pour faire un pas en avant de plus, encore un, jusqu'au Paraguay, puisque c'est là qu'il dit vouloir aller mourir ? Putain, mais c'est bien ça, mais pourquoi pas le Paraguay, les mecs ? Si ça se trouve, il n'y jamais foutu les pieds et c'est un ailleurs possible pour lui. Puisque rien ne dure, puisque soi-même on change d'année en année jusqu'à une non-permanence permanente, déguisée en cerceuil, puisque la bonnasse qu'on s'est tiré à 18 balais est une rombière imbittable et que les autres bonnasses de 18 ans ne sont que des bonnasses de 18 ans de merde, puisqu'ailleurs, c'est ici et inversement ou peu s'en faut, puisque que même David B. est mort, puisque le thé vert a presque le même goût que le thé noir et que de toute façon le thé c'est un truc de fiottes angliches mais qu'il faut pas le dire, eh beh, mais pourquoi pas aller tirer sa révérence au PARAGUAY, les mecs ?Le PARAGUAY c'est le Paradis Perdu des rockers ! Si ça se trouve on se foutera enfin la paix, hein, Iggy ? Et puis vas te faire foutre pauvre débile !!! Ouarf ! Ouarf ! C'est le dernier morceau que j'écoute de toi !
Iggy Pop : "Paraguay"
Les paroles (bonnes) :
Wild animals they do
Never wonder why
Just do what they goddamn do
(Yeah)
Wild animals they do
Never wonder why
Just do what they goddamn do
I'm goin' where sore losers go
To hide my face and spend my dough
Though it's a dream, it's not a lie
And I won't stop to say goodbye
Paraguay
Paraguay
See I just couldn't take no more
Of whippin' fools and keepin' score
I just thought "well, fuck it man"
I'm gonna pack my soul and scram
Paraguay
Paraguay
Out of the way I'll get away
Won't have to hear the things they say
Tamales and a bank account
Are all I need, so count me out
Paraguay
Paraguay
I'll have no fear
I'll know no fear
So far from here
I'll have no fear
Tra-la-la-la-la-la-la-la-la-la-la-la-la-la-la-la-la
Tra-la-la-la-la-la-la-la-la-la-la-la-la-la-la-la-la
Tra-la-la-la-la-la-la-la-la-la-la-la-la-la-la-la-la
Tra-la-la-la
Tra-la-la-la
Tra-la-la-la
Tra-la-la-la
Wild animals they do
Never wonder why
Just do what they goddamn do
There's nothing awesome here
Not a damn thing
There's nothing new
Just a bunch of people scared
Everybody's fucking scared
Fear eats all the souls at once
I'm tired of it
And I dream about getting away
To a new life
Where there's not so much fucking knowledge
I don't want any of this information
I don't want YOU
No
Not anymore
I've had enough of you
Yeah, I'm talking to you
I'm gonna go to Paraguay
To live in a compound under the trees
With servants and bodyguards who love me
Free of criticism
Free of manners and mores
I wanna be your basic clod
Who made good
And went away while he could
To somewhere where people are still human beings
Where they have spirit
You take your motherfucking laptop
And just shove it into your goddamn foul mouth
And down your shit heel gizzard
You fucking phony two faced three timing piece of turd
And I hope you shit it out
With all the words in it
And I hope the security services read those words
And pick you up and flay you
For all your evil and poisonous intentions
Because I'm sick
And it's your fault
And I'm gonna go heal myself now
Yeah!
Vous savez quoi ? J'ai les boules. Ca va bientôt faire cinquante deux ans que j'ai les boules et je fatigue. Je ne chante plus, j'ânone. La preuve. 3 minutes 17 secondes de malheur.
Ne me restent que les yeux de ma mère pour pleurer. En français : "...nager dans la bouse."
Il était mort. Symboliquement. En effet, la crise d'inspiration qu'il traversait ne semblait jamais devoir se terminer. Même Gilles Verlant, un de ses plus grands fans, l'avait dit, avant de mourir pour de bon lui, Polnareff était à sec, cuit, finito. Et puis, il y eut ce single de Noël que rien ne laissait présager, avec force arrangements de cordes et vents grandiloquents et voix puissante qui chantonne facile dans les aiguës. C'était "L'Homme en rouge" et Polnareff nous replongeait habilement dans sa mythologie enfantine, et renouait avec elle. A coté de Mathieu qui n'a qu'un cheveu et de la Poupée qui fait non, se tient maintenant ce traitre de Pére Noël qui ne passe pas pour tout le monde. Et ça marche, c'est gamin certes mais on peut comprendre cette colère de minot terriblement seul qui semble encore habiter Polna. Ces blessures-là sont toujours vives et l'argent et la gloire n'y changent rien si l'on est un fils de l'Ombre, on reste un fils de l'Ombre et cette filiation horrible nourrit jusqu'à la mort, effective, les âmes rebelles qui en naîssent. Autrement dit, il peut y avoir d'autres bonnes surprises à venir de la part de notre ami maltraité et puni Polnareff. Car il est toujours en vie. Et il chante encore, seul et contre tous, comme tous les bluesman.
C'est comme si je perdais un proche. Gros chagrin. Le coeur est alourdi et bat plus vite et plus mal. Quelqu'un que j'aime, qui m'a fait rire, pleurer, qui disait la vérité avec sa fantaisie mélancolique, comme la disent les grands acteurs de comédie. Des bouts de trucs de lui et un requiem.
Spector : " All the sad young men"(qui finissent déguisés en clown.)
And no, nothing ever really started with a kiss
Another night, another town, another licensed premises
I'm getting bored of all the songs I write and the people I become
Just to stay up late with someone
I don't wanna make love, I don't wanna make plans
I don't want anyone to want to hold my hand
I don't wanna make love, I don't wanna make plans
It begins in the places that we leave behind
Every year that goes by there's a little less future on our minds
These girls like to pretend they can't feel anything anymore
Boys break like promises, but only behind closed doors
I don't wanna make love, I don't wanna make plans
I don't want anyone to want to hold my hand
I don't wanna make love, I don't wanna make plans
(All the sad young men)
We're all beautful now like they were beautiful then
(All the sad young men)
All the miserable girls, all the sad young men
Do you like my clothes, my hair, my conversation
Did you hear me when I said you were the inspiration
It's all meaningless now, as it was meaningless then
All the miserable girls, all the sad young men
I don't wanna make love, I don't wanna make plans
I don't want anyone to want to hold my hand
I don't wanna make love, I don't wanna make plans
(All the sad young men)
We're all beautful now like they were beautiful then
(All the sad young men)
All the miserable girls, all the sad young men
All the sad young men, all the sad young men
All the sad young men, all the sad young men
All the miserable girls, all the sad young men
" J'ai 50 ans passés et je suis devenu assez laid avec l'âge. Si je veux de la jeunesse, des petits seins fermes et galbés, des lèvres fraiches à mordre, une chatte douce à la prise, il faut que je paye. Et cher. Ces instants de péché ne me laissent pas tranquille et des images, des sensations me hantent bien après l'acte tarifé; anxieux, avide de recommencer et piteux à la fois. Je ne croyais pas en arriver là mais, il faut en convenir, je suis comme un vampire d'âge mûr en manque de sang neuf, un assassin qui succombe en même temps que sa victime et je cherche dans ce contact juvénile une innocence que je flétris tout de go, ce dont je jouis comme un pervers, une âme sans repos, perdue dans d'autres âmes perdues. Toute cette licence contre-nature à laquelle la nature amène à un prix et je paye ma déviance à de jeunes dépravées, déviantes elles aussi. Ah, les petites véreuses ! Ah les acharnées du cul, au regard de coté, aux pensées déplacées, incendiaires, criminelles. Mes petites salopes ! Mes petites putains ! Lorgnant sur leurs amis de coeur quand elles dansent avec moi, recomptant mes billets, qui me laissent pantois et interdit devant tant de perversité, comme si la leur était pire que la mienne, comme si ce n'était pas moi qui d'abord piétinais de fiel leur désir neuf et déjà viellissant sous mes offrandes de coups obscènes. J'y vais, j'y jouis bien fort, je fais ça presque propre, le plus possible. Ah, la vache, on ne m'en sait pas gré ! Ah, alors, puisque c'est comme ça, j'irai au plus sale la prochaine fois ! Je pairai plus cher mais il y aura le steak en plus de la purée, crois-moi, et merci pour tout, ta peau de 20 ans et ton trou du cul ! Ah, SEIGNEUR, je deviens fou, aie pitié de moi, je t'en supplie ! Je ne suis qu'un faible dément qu'on tente et qui s'agite de remord ensuite, un cadavre debout. Ah, et merde qu'elles viennent, jeunes flétrissures de mon coeur, me branler encore la bite, car je ne me sens plus d'âme et comme tu ne me réponds pas, Ô Seigneur, ma chair hurle dans le silence d'une angoisse que seul un sacrifice peut calmer."
New Order : "Restless" (trad : sans repos, nerveux, aux abois...)
J'en mets une autre de New Order sur le coût de l'Amour. Magnifique chanson. "World (The price of love)".Très belle vidéo. La vieille peau maintenant c'est moi.
Deux choses : il y a là-dedans une suite d'accords répétée deux fois qui vaut bien une symphonie de Sibélius, et vous pouvez vous amuser à repérer les membres de New Oder qui font des "caméos" dans la vidéo...
The Sonics sont un quintet américain qui fut fameux au mitan des années soixante pour des hymnes de rock garage endiablés comme le très connu "Psycho" , qu'il leur arrivait de répéter avec la maman d'un des membres du groupe à la basse. Si les parents ne se tiennent pas que voulez-vous qu'il advienne des fils ? Comme de juste ils ont crâmé la chandelle par les deux bouts, hurlé et fait les fous, et, finalement, tenu le haut du pavé pendant deux ans avant de sombrer dans un semi-oubli avec le statut de groupe culte. Près de 45 ans après leur formation, les revoici avec un nouvel album qu'il faut bien qualifier d'excellent, plein de jus, de bruit saturé et de fureur expulsée. Ces mecs ont 70 ans tapés et les Hives, à leurs cotés, font figure de petits rigolos scandinavets. C'est pas possible il doit y avoir un dieu pour les rockeurs cinglés ! A les en croire, la tempérance est un truc de petite fille, la modération une abstraction inepte et une certaine "tenue" dans les excès de toutes sortes suffit largement à garantir une longue vie. Alcool, débauche, luxure à go-go et après moi le déluge ! C'est beau, c'est merveilleux, ça fait envie. Moi qui ait du voir 150 médecins dans ma putain de vie, je tremble de rage. Ca s'écoute fort et c'est en mono.
Maureen O'Hara vient de mourir à 95 ans. Mémoire, mémoire, que viens-tu me chanter à l'oreille ? C'était qui Maureen O'Hara ? C'était quoi ? Quand le plus enfantin des réalisateurs (Spielberg) de cette cour de maternelle friquée qu'est devenu Hollywood rend éternelle l'enfance du héros par l'intermédiaire d'un Christ venu d'une autre planête, il tombe sur quoi ? Sur John Ford batissant sans relâche un mythe américain, donc un truc sans âge, avec John Wayne et et ...Maureen O'Hara. Maureen O'Hara c'est l'Histoire en marche en personne, avec un grand "H", d'Hollywood et des USA. Une image, un cliché, une statue, un mythe, donc. Ce ne sont pas les africains qui sont de grands enfants, ce sont les américains. Et ils ont de ces jouets !!! Hollywood, c'est leur plus beau joujou. Un truc à couler de ces bronzes, plus hauts que ceux de Staline, jusqu' à en remplir les parcs d'attractions ras la gueule. Avec ça, il passent dans le monde entier pour des gentils garçons et de gentilles filles. Et ça ne date pas d'hier ! Le pays entier est tourné vers le futur, le pays entier a la gniaque et les boules, le pays entier à 6 ans d'âge mental. Des vrais fous furieux. Font peur, ces cons. Maureen o'Hara est morte, le mythe; du vent, un miroir, un homme, l'orage, la violence, l'amour. Emballée, c'est pesé. Comme au cinéma. Moi, je tente d'oublier tout ça en mangeant des cuisses de grenouilles.
Ainsi vous voilà triste et abattu. Vous regardez plein d'envie et de défiance des jeunes hommes et des jeunes femmes. Vos jeux sont plus retors que les leurs et sont désormais sans grâce, et si vous vous comparez à eux vous frémissez d'horreur dans un éclair de mort et de pourriture. Plus rien, presque plus et c'est ce presque qui fait encore frémir vos chairs amollies et votre coeur haineux. Où sont passés vos compagnons : l'Amour, la Beauté, l'Espérance ? Plus rien, presque plus et ce n'est que ça, que votre navrante haine, que justice et normalité banales, très banale prise de poids et d'âge. Avez-vous fait quelque chose qui en vaille la peine ou vous êtes-vous tué à la tâche sans gloire et sans renommée ? Il n'y a plus pour vous que deux ou trois tours de vice, les chemins plus altiers occupés dés lors par des gardiens plus forts et plus sûrs. Votre âme recuite est mal passée quand vous l'avez voulu par volupté mauvaise avaler. Toussez donc un peu de croyance égarée. Il semble que tout vaille un égal et minuscule crachat, suintant de votre gorge nulle comme une brume et que cela vous convienne à ravir, mais vous soufflez sans air et n'en êtes pas certain. Une dernière fois, fermez les yeux pour voir clairement le soleil tomber et mourir. Etincellant, il ne recelle plus pour vous le secret de la renaissance. Le jour est morne et infini, il est habité de l'immense mélancolie charriée en vos tripes par une bile noire. Ne bougez plus, vous servirez de borne, au mieux, sur ce chemin là, si quelqu'un s'y perd comme vous. Et morose, faites un mauvais accueil aux mystères de la Mort.
"J''ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans...."
- Je suis un cimetère abhorré de la lune....
Je suis un vieux boudoir plein de roses fanées...
Ch. Baudelaire
Ca rime à quoi d'avoir vomi sur Pink Floyd toute sa vie, d'avoir maudit tout le Kraut-Rock et de finir par écouter "ça", franchement. Mon salut passera par King Crimson ? Non mais vous voulez rire ? En tout cas, c'est pas mal ce morceau neo-bab-trash. Comment, ca donne envie de vomir ? Ben justement, j'en parlais au début et faut pas vous embêter pour moi, hein. J'avale de ces couleuvres, moi ! Miam, Miam !
Voir Motörhead en concert ces jours-ci c'est comme voir le groupe du Roi des Zombies. Et même, depuis que Lemmy, leur bassiste fou furieux et leader n'a plus le droit à rien (plus d'alcool, de speed, de clopes), il s'est mis à ressembler furieusement à la Mort elle-même. C'est assez effarant et, bien que les deux autres membres du groupe tentent de prendre le show à leur compte pour faire passer au public un moment "agréable", lui, Lemmy, d'une voix sépulcrale, délivre un message qu'on croirait venir directement de l'au-delà. A vrai dire, quand il se lance dans l'interprétation de "Stay clean" (Reste propre), ça devient franchement flippant. Vous me direz, la Mort, ce n'est que ça ? ("Nitchevo" : "Ce n'est rien." a dit ToltoÏ avant d'y passer), Ouais, ben, regardez bien le gaillard qui continue à marteler sa basse, il est déjà en Enfer et je n'ai plus envie d'aller à la surboum qu'il a prévu de faire pour son prochain anniversaire. Il y a un film comme ça ou une momie suce l'âme de ses victimes par leur trou du cul. Lemmy, s'il n'est peut-être pas la Faucheuse en personne, n'est pas très loin de embaumement sur pied.
Et quand en âge il se trouva avancé
Il n'en fut en aucune manière calmé
Son coeur battait fort la mesure
Depuis toujours il vivait sous l'usure
Il avait fait plusieurs fois son corps craquer
Du destin il était un vieux piano faussé
Et il jouait toujours un même thème
Un air d'amour qui dit qu'il aime
Aussi fort à chaque redite
Même si la chanson est maudite
Et d'ailleurs l'est-elle ?
Cette appétissante tarentelle
Et danser et chanter avait été sa pratique
Que les pieds et la voix tordues éradiquent
Mais il chancelle encore en rythme
Et brille au fond de ses yeux la pyrite
Comme au front des amants universels
Luit une étincelle éternelle
Plus ravissante que la Mort elle-même
Que l'ivresse aussi et que tous les systèmes
"Viens, je t'emmène danser au bal
Après, j'élargirai ton joli trou de balle"
Elle répondit "Vieux pervers, vieux cochon !"
Puis l'acceuillit comme il faut en son profond
C'était tout. Ca et les rêves
Les rêves qui jamais ne crèvent.
Un peu de Rock n' Roll avec Guided by Voices jouant en live l'intégralité de leur album "Universal truths and cycles".