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dimanche 3 février 2019

"Jonas, rentre te coucher" - La Baleine.

J'aime bien Jacques Lourcelles. Son "Dictionnaire du cinéma" fourmille d'infos de première bourre et d'analyses fines sur le cinéma. Mais je ne suis pas d'accord avec lui quand il dit, à propos de "Naissance d'une nation", qu'il est heureux que le cinéma, pour sa plus grande part, n'aie pas suivi la voie esquissée par Griffith mais celle, plus policée, d'une narration plus classique mimant peu ou proue les rouages de la littérature dite "réaliste"du 19 ieme Siècle. Je ne suis pas d'accord du tout. Certes, c'est plus facile et ça parle au plus grand-nombre car le plus grand nombre est éduqué et laissé dans la facilité. Mais quelle perte de créativité, d'inventivité et, au final, de liberté. Des preuves ?
Voyons ce petit film de Jonas Mekas, qui vient de disparaître tout récemment et auquel je veux rendre hommage à ma mesure, c'est à dire chichement. et qui est souvent appelé cinéaste "expérimental". Lui-même demandait, à ceux qui voyaient ces films, d'oublier le mot "expérimental" et de se contenter de les regarder, simplement. Et dans ce film, ne voit-on pas clairement des choses, importantes, fondamentales, qui composent et ordonnent la vie d'un homme mieux qu'en un récit - en particulier les femmes et les enfants ? Ne voit-on pas un enfant courir, comme tous les enfants, après un papillon, comme il ne cessera de courir après sa liberté toute sa vie d'adulte ? Ne voit-on pas des nourritures terrestres et spirituelles abonder, de celles qui sont le plus nécessaires à chacun et à chacune ? Mekas était libre et plein d'esprit, il a entrevu la beauté, je l'entrevois avec lui. Il n'y a pas de "happy ending, pas d'impératifs commerciaux ou idéologiques, juste la Vie, sous un angle particulier, précis (tellement précis qu'il est laissé au hasard, sachant qu' il n'y a pas de hasard.)
Ce petit film qui part dans plusieurs directions à la fois n'est-il pas plus riche en oxygène, en couleurs, en nuances, bref, en tout, que les ornières où les gros sabots obsessionnels d'un Hitchcock ou d'un Eisenstein nous emmènent en esclaves ? Si bien sûr. Après on peut toujours faire des pâtés Monsieur Lourcelles (genre Dictionnaire), il me semble à moi qu'il est plus sain, beau et tout bêtement normal (ça évite les opéras de Wagner par exemple et les "Nibelungen" de Lang...) de regarder un des enfants de la famille Mekas jouer dans le sable.

vendredi 4 août 2017

Babx goes to an end.

J'ai découvert il y a peu ce compositeur interprète grâce à ma bibliothécaire préférée, la délicieuse Lucie. Il n'est pas auteur car il met en musique des poèmes plutôt très connus et plutôt très beaux; du Rimbaud, du Genet, du Baudelaire, et là, du Gaston Miron, poète québécois de la seconde moitié du vingtième siècle qui a livré en son temps cette sublime "Marche à l'amour" qui est à la fois un grand poème lyrique et un adieu au Lyrisme. Le mec (ou son groupe) s'appelle Babx et je met le texte en-dessous même s'il le dit parfaitement bien (il en manque un bout). Pendant ce temps-là Phoenix triomphe dans les festivals d'été avec un dernier album pourtant moyen. Bof, c'est bien Phoenix aussi dans son genre.

Tu as les yeux pers des champs de rosée
Tu as des yeux d'aventure et d'années-lumière
La douceur du fond des brises au mois de mai
Dans les accompagnements de ma vie en friche
Avec cette chamleur d'oiseau à ton corps craintif
Moi qui suis charpente et beaucoup de fardoches
Moi je fonce à vive allure et entêté d'avenir
La tête en bas comme un bison dans son destin
La blancheur des nénuphars s'élève jusqu'à ton cou
Pour la conjuration de mes manitous maléfiques
Moi qui ai des yeux où ciel et mer s'influencent
Pour la réverbération de ta mort lointaine
Avec cette tache errante de chevreuil que tu as
Tu viendras toute ensoleillée d'existence
La bouche envahie par la fraicheur des herbes
Le corps muri par des jardins oubliés
Où tes seins sont devenus des envoûtements
Tu te lèves, tu es l'aube dans mes bras
Où tu changes comme les saisons
Je te prendrai marcheur d'un pays d'haleine
A bouts de misère et à bout de démesures
Je veux te faire aimer la vie notre vie
t'aimer fou de racines à feuilles et grave
De jour en jour à travers nuits et gués
De moellons nos vertus silencieuses
Je finirai bien par te rencontrer quelque part
Bon dieu!
Et contre tout ce qui me rend absent et douloureux
Par le mince regard qui me reste au fond du froid
J'affirme ô mon amour que tu existes
Je corrige notre vie
Nous n'irons plus mourir de langueur
A des milles de distance dans nos rêves bourrasques
Des filets de sang dans la soif craquelée de nos lèvres
Les épaules baignées de vols de mouette
Non
J'irai te chercher nous vivrons sur la terre
La détresse n'est pas incurable qui fait de moi
Une épave de dérision, un ballon d'indécence
Un pitre aux larmes d'étincelles et de lésions profondes
Frappe l'air et le feu de mes soifs
Coule-moi dans tes mains de ciel de soie
La tête la première pour ne plus revenir
Si ce n'est pour remonter debout à ton flanc
Nouveau venu de l'amour du monde
Constelle-moi de ton corps de voie lactée
Même si j'ai fait de ma vie dans un plongeon
Une sorte de marais, une espèce de rage noire
Si je fus cabotin, concasseur de désespoir
J'ai quand même idée farouche
De t'aimer pour ta pureté
De t'aimer pour une tendresse que je n'ai pas connue
Dans les giboulées d'étoiles de mon ciel L'éclair s'épanouit dans ma chair
Je passe les poings durs au vent
J'ai un coeur de mille-chevaux vapeur
J'ai un coeur comme la flamme d'une chandelle
Toi tu as la tête d'abîme douce n'est-ce pas
La nuit de saule dans tes cheveux
Un visage enneigé de hasards et de fruits
Un regard entretenu de sources cachées
Et mille chants d'insectes dans tes veines
Et mille pluies de pétales dans tes caresses
Tu es mon amour
Ma clameur mon bramement
Tu es mon amour ma ceinture fléchée d'univers
Ma danse carrée des quatre coins d'horizon
Le roet des échevaux de mon espoir
Tu es ma réconciliation batailleuse
Mon murmure de jours àmes cils d'abeille
Mon eau bleue de fenêtre
Dans les hauts vols de building
Mon amour
Des fontaines de haies de ronds-points de fleurs
Tu es ma chance et mon encerclement
A cause de toi
Mon courage est un sapin toujours vert
Et j'ai du chiendent d'achigan plein l'âme
Tu es belle de tout l'avenir épargné
D'une frêle beauté soleilleuse contre l'ombre
Ouvre-moi tes bras que j'entre au port
Et mon corps d'amoureux viendra rouler
Sur les talus du mont Royal
Original quand tu brames original
Coule-moi dans ta plainte osseuse
Fais-moi passer tout cabré tout empanaché
Dans ton appel et ta détermination
Montréal est grand comme un désordre universel
Tu es assise quelque part avec l'ombre et ton coeur
Ton regard vient luire sur le sommeil des colombes
Fille dont le visage est ma route aux réverbère
Quand je plonge dans les nuits de source
Si jamais je te rencontre fille
Après les femmes de la soif glacée
Je pleurerai te consolerai
De tes jours sans pluies et sans quenouilles
Des circonstances de l'amour dénoué
J'allumerai chez toi les phares de la douceur
Nous nous reposerons dans la lumière
De toutes les mers en fleurs de manne
Puis je jetterai dans ton corps le vent de mon sang
Tu seras heureuse fille heureuse
D'être la femme que tu es dans mes bras
Le monde entier sera changé en toi et moi
La marche à l'amour s'ébruite en un voilier
De pas voletant par les lacs de portage
Mes absolus poings
Ah violence de délices et d'aval
J'aime
Que j'aime
Que tu t'avances
Ma ravie
Frileuse aux pieds nus sur les frimas de l'aube
Par ce temps profus d'épilobes en beauté
Sur ces grèves où l'été
Pleuvent en longues flammèches les cris des pluviers
Harmonica du monde lorsque tu passes et cèdes
Ton corps tiède de pruche à mes bras pagayeurs
Lorsque nous gisons fleurant la lumière incendiée
Et qu'en tangage de moisson ourlée de brises
Je me déploie sur ta fraîche chaleur de cigale
Je roule en toi
Tous les saguenays d'eau noire de ma vie
Je fais naître en toi
Les frénésies de frayères au fond du coeur d'outaouais
Puis le cri de l'engoulevent vient s'abattre dans ta gorge
Terre meuble de l'amour ton corps
Se soulève en tiges pêle-mêle
Je suis au centre du monde tel qu'il gronde en moi
Avec la rumeur de mon âme dans tous les coins
Je vais jusqu'au bout des comètes de mon sang
Haletant
Harcelé de néant
Et dynamité
De petites apocalypses
Les deux mains dans les furies dans les féeries
Ô mains
ô poings
Comme des cogneurs de folles tendresses
 
Mais que tu m'aimes et si tu m'aimes
S'exhalera le froid natal de mes poumons
Le sang tournera Ô grand cirque
Je sais que tout mon amour
Sera retourné comme un jardin détruit
Qu'importe je serai toujours si je suis seul
Cet homme de lisière à bramer ton nom
Eperdument malheureux parmi les pluies de trèfles
Mon amour ô ma plainte
De merle-chat dans la nuit buissonneuse
Ô fou feu froid de la neige
Beau sexe léger ô ma neige
Mon amour d'éclairs lapidée
Morte
Dans le froid des plus lointaines flammes
Puis les années m'emportent sens dessus- dessous
Je m'en vais en délabre au bout de mon rouleau
Des voix murmurent les récits de ton domaine
A part moi je me parle
Que vais-je devenir dans ma force fracassée
Ma force noire du bout de mes montagnes
Pour te voir à jamais je déporte mon regard
Je me tiens aux écoutes des sirènes
Dans la longue nuit effilée du clocher de Saint-Jacques
Et parmi ces bouts de temps qui halètent
Me voici de nouveau campé dans ta légende
Tes grands yeux qui voient beaucoup de cortèges
Les chevaux de bois de tes rires
Tes yeux de paille et d'or
Seront toujours au fond de mon coeur
Et lis traverseront les siècles
Je marche à toi, je titube à toi, je meurs e toi
Lentement je m'affale de tout mon long dans l'âme
Je marche à toi, je titube à toi, je bois
A la gourde vide du sans de la vie
A ces pas semés dans les rues sans nord ni sud
A ces taloches de vent sans queue et sans tête
Je n'ai plus de visage pour l'amour
Je n'ai plus de visage pour rien de rien
Parfois je m'assois par pitié de moi
J'ouvre mes bras à la croix des sommeils
Mon corps est un dernier réseau de tics amoureux
Avec mes doigts à la ficelle des souvenirs perdus
Je n'attends pas à demain je t'attends
Je n'attends pas la fin du monde je t'attends
Dégagé de la fausse auréole de ma vie.

dimanche 19 mars 2017

Le Rock c'est lui, c'est Chuck Berry.

Chuck Berry est mort. Il fallait bien que ça arrive un jour et c'est un jour triste pour les rockers et les poètes. Keith Richards dit de lui que "c'est William Shakespeare" et c'est vrai. Les textes de ses ritournelles sont simples et splendides. Vous avez déjà écouté attentivement "Menphis, Tennessee" ou "No particular place to go" ? C'est malicieux, grivois, bien jeté, senti, imparable. Comme "Johnny B. Goode" ou "Around and around". La musique quant à elle est une sorte de parangon du Rock primitif dans ce qu'il a de meilleur, de plus inventif et sauvage, de plus mélodieux et accrocheur.
Je n'ai pas de théorie ou d'idée neuve à proposer sur Chuck. Je l'ai principalement écouté en voiture pour rouler ou en soirée pour danser. Dans les deux cas il faisait merveille avec une égale facillité. Tout est d'une évidence lumineuse avec lui sans être jamais mièvre et même sa part d'ombre (immense) a servi son oeuvre de manière solaire. Il est de la trempe des Ellington, Hank Williams, Louis Armstrong, Nat King Cole, un des plus grands du XX eme siècle.
Nous avons un peu de chance dans notre malheur (c'est un "nous" de majesté) puisque il reste un album de Berry enregistré récemment à paraître. Qu'est ce que ça peut bien donner ? Et qu'est ce qu'il lui avait pris de faire un nouvel album quarante ans après le dernier et alors qu'il était déjà un mythe vivant ? Ca va certainement être interessant.
Le Printemps semble précoce cette année. Il est endeuillé par la mort de cet artiste immense qui n'a cessé de chanter la jeunesse triomphante, ses joies, ses peines et d'en faire, avec tous les autres, cet âge béni que nous cherchons tous à revivre incessament. Grâce à Chuck Berry, le Printemps semble éternel, pour une durée moyenne de deux minutes vingt secondes.
" I stole a kiss of the turn of her smile
  My curiosity was running wild
  Can you imagine the way I felt ?
  I could'nt pass on the safety belt..."

samedi 12 novembre 2016

Mort d'un homme à femmes.

Fait chier, Leonard Cohen est mort. C'est un guide, un phare d'occident qui disparait. Après un album testament où il se mettait en règles avec ses amis et amantes et avec son Dieu, il nous a dit "So long..." en nous laissant des sanglots dans le coeur et de la vie plein les mains. Ne nous reste plus qu'à célébrer sa mémoire en écoutant ses disques, en lisant ses livres, en écoutant sa voix, magnifique, profonde et magique. C'est nos idoles qui meurent les unes après les autre, NOS idoles, je dis bien, ceux venus avec nous de nulle part, du pays de la jeunesse reine et perdue, rêvant de toutes ses forces et se cassant la figure sur la terre pour se relever la gueule de traviole; venue d'un autre pays, un peu en marge du réel qu'il fallait bien rejoindre pourtant parce que pour que tout soit VRAI, il fallait aussi l'épreuve du réel. Cohen disait la VERITE,il disait les choses comme elles sont, en rêve ou en réalité; il a joué de sa lyre, il ne nous a jamais trompé ni menti; il n'a jamais triché. Moi, je SENTAIS que c'était une parole libre et juste, de faiblesse et de force, de tendresse, d'amour; de la poésie très pure. Je le COMPRENAIS aussi, ça me pénétrait en bonne et due forme, comme il avait pénétré ses muses de toutes sortes. Magie du grant ART. On aurait aussi bien pu lui filer le Nobel. Maintenant, j'ai jusqu'à ma mort pour le réécouter, le mijoter dans ma cervelle avec la beauté des ritournelles en sus pour rajouter à ma joie, avant de partir en règle, moi aussi, quand je dirai à quelqu'un " Vous le voulez plus sombre...., je suis prêt, Seigneur.".


mercredi 19 octobre 2016

Le VRAI patron, c'est lui !

Je vais arrêter d'embêter le monde avec mes histoires d'Elliott Murphy et de Bruce Springsteen...Mais, quand même une petite vidéo surprise avant de les quitter momentanément. Elliott chantant un des hymnes de Springsteen qu'il n'a pas écrits, et surtout vendus.

Et puis Dylan reçut le Nobel de Littérature. C'est mérité, indécent, post-moderne, incendiaire, drôle... et plus encore.
Voici le Maître avec les Rolling Stones chantant "Like a rolling stone" (comme ça se trouve) au Brésil. Pourquoi pas ? Jagger surveille Papy comme le lait sur le feu pour savoir où il pourrait placer ses choeurs vu que le vieux chante comme il veut, quand il veut; Keith, toujours aussi cool, s'en bat l'oeil et suit tout ça en se disant qu'avec le Boss aux commandes il ne peut pas arriver grand-chose de mauvais; Ron et Charlie abattent le gros du boulot et le tout est étonnamment bon.
Je reviendrai sur l'irruption de Dylan parmi les Nobel.

mardi 9 août 2016

Poésie et Rock n' Roll. Tentative d'arrangement.

Vent idiot
Qui m'ébouriffe les cheveux
Courbe les tiges et ne répands
Aucune senteur
Aboie sans visiteur
Vent insensé
Qui souffle sur lui-même
Ne scelle aucune alliance
Ne porte aucun pardon
Vent dément
Qui maltraite les rimes
Et le sens des mots
Qui se maintient sans direction
Vent sans rose
Dépeuplé des semailles
Inerte dans la tourmente
Qui ne fait gonfler
Aucune voile
Vent de crachin de sable
Vent nul
Qui poursuit son ombre
Qui ne réchauffe aucun feu

Dans les lointains
Aux frontières du pays
S'étend la plaine où tu es né

Retourne veiller sur tes rocailles
Et laisse briller les signes
Laisse aussi les oiseaux
Prendre le souffle de l'air
C'est le soir, cesse
De t'étaler à cette table
D'en balayer les reliefs
Rends-nous la place d'êtres
Vivants dans la bise fugace
Boréale ou d'Autan qui choisit
Avec nous et nous aide.


jeudi 28 juillet 2016

Où est Chassol ?

Christophe Chassol vient de sortir un album, "Ultrascores II". Ecoutez-le, achetez-le, nom de Dieu ! N'écoutez pas la merde qu'on vous fourre entre les oreilles ! En général, ne vous contentez pas de ce qu'on vous donne, c'est à peine une aumone ! Le VRAI truc, c'est ailleurs. Cherchez, il y a en même sur le net !
Et au fait, c'est qui, c'est quoi Chassol ? C'est un musicien de talent qui se planque un peu, pas trop repéré, et c'est tant mieux comme ça. L'époque étant ce qu'elle est, il vaut mieux se tenir un peu de coté. Ce gars-là est bourré de talent, il fourmille d'idées. Allez sur sa chaine Youtube; tapez CHASSOL sur Youtube, c'est tout, vous verrez.
Je mets un teaser remixé au dessous.

mardi 28 juin 2016

Chassol prend son envol, direction le soleil.

Et un petit concert de Christophe Chassol, à l'Ancienne Belgique, une fois !

Y'en un autre que j'aurais pu mettre c'est celui de Radio France mais faut se fader Bernard Werber et André Manoukian et ça, c'est trop pour ma pomme.

mardi 21 juin 2016

Cinq minutes chrono !

C'est la ratabaise
La bonne baise en rata
La Bonne baise à Papa
Joli minet
Joli minois
Belle bouille à baise
Ouvrez-vous à moi
Ma Jolie minette
A museau rasé
Nez en trompette
Sonnez musette
C'est l'heure du rata à Papa
Le bon Roi de la baise
Le bon Roi ratabaise
Qui Ratiboise le bas et
Le haut par en dedans
Par douze coups à la douzaine
Et le compte est bon
Et bonne la recette à Papa
D'abord bande à l'aise,
Sois baba et sens-y la rose
Le nez ras la moquette puis
Fourre la courgette
Jusqu'à la base éprise
En l'aubergine fourrée
Et sans biaiser envoie
La purée d'Aziyadé
Et le jus de fraises des bois
C'est la ratabaise
C'est la ratabaise à Papa
C'est la bonne baise à l'émoi
Qui sent la cuisine
La cuisse et la pine
Et toi, tu la sens ?
La bonne odeur
La bonne odeur de caca
Du rata qu'on fait
TOI ET MOI

Take that ! Howlin' Wolf.

lundi 20 juin 2016

Chassol, en plein vol.

Je peux essayer de faire un effort : écouter un peu de Christophe Chassol, regarder un film de Quentin Dupieux ("Wrong", par exemple), lire un bouquin de Houellebecq '"Soumission"),manger de la cuisine moléculaire, je ne sais pas. Moi, je suis profondément XXie Siècle, moderne, cubiste, expressioniste, je suis foutu, mais je sais qu'il importe d'être de son temps, c'est le meilleur moyen d'accéder...à quoi ?. La postérité ? C'est fini ça aussi, c'est carrément XIXie, non ? Ca m'étonne bien un peu, mais enfin... Pourquoi pas accéder à quelque chose d'autre alors...l'actualité ? Ah ça c'est bien l'actualité, depuis Daumal et le Grand Jeu, c'est bien. Ca implique d'être dedans et décalé à la fois. Drôle de position. Intenable ? C'est la bonne en tout cas, je crois.
Donc, ici et maintenant, Chassol. "Indiamore". Exemple d'un monde ouvert, grand ouvert, où il y a la place et de grande musique.

Allez, paf, je pète le film en entier, comme ça !

jeudi 14 avril 2016

Vega - Christophe : Etoiles en duo Tangerine.

Ca y est, ils ont enfin réussi à le faire ce morceau. J'veux dire Christophe et Alan Vega. C'est sur l'impeccable et aventureux dernier album de Christophe que l'on trouve la chose. Un tube pour boite de nuit, un truc qui emporte l'adhésion immédiatement là où un mec comme Prince se perd dans des beats robotiques réchauffés, un truc emballant et vicelard, groovy en un mot. Vega machonne des borborygmes stellaires inquiétants pendant que Christophe passe la marmelade de mandarine à tout le monde, machines à faire shaker les booty dans les nuits arabes de Tanger. T'en veux pas ? Tu danses pas ? T'es has been. Les paroles n'ont pas grande importance au fond, ce qui compte c'est le mariage improbable des deux voix chéries sur un décor d'électro irrésistiblement pulsée. L'album, "Vestiges du chaos" est de haute tenue, ce chaos qui s'organise pour laisser derrière lui des gemmes, exploratrices minérales et vivantes en diable.

dimanche 20 mars 2016

You make me feel like spring has sprung.

Ca commence un jour de Printemps. Ca commence toujours par là, quelque soit la façon dont on s'y prenne. On naît, on ne sait pas trop où ni pourquoi  ou bien ça renaît, là, et ça repart. Des évidences. Les fleurs, les femmes, l'argent, les abeilles, les vitrines qui bronzent au soleil, les vagues presque muettes, le sable mutin. On cherche un terrain où s'installer, muter, on vaque à de nouvelles et très sérieuses occupations. Importants sont la couleur de la chemise, les pots du balcon, les sandales qui font le beau pied, la rivière qui monte, les insectes qui naissent, bons ou mauvais, à traiter ou pas. Il y a une trace de pas par terre. Et une autre plus loin. Données. Est-ce un géant ? Une nouvelle alliance, scéllée par une marque première, une solitude essentielle bien mise ? Ca répond en démarrant. Un jour, un jour de Printemps est suffisant pour une année entière. Repartir sans coup férir, d'un coup de talon sur le sol neuf. L'été dressera des routes. Le Printemps met tout en germe, chacun ira à sa place mais tout veut aller d'abord, d'un bond. Chaque créature en ressent le besoin, du doryphore à l'homme, en passant par la baleine à bosse. C'est une grande migration intérieure aussi, la tête se désencombre, le coeur et le sexe se remplissent de sang. Ira celui qui voudra, où il voudra. C'est le début. Rien n'est plus pareil, tout cherche, tout pousse du coude son ou sa voisine. Il est là. C'est le premier jour de Printemps. Ca commence.

dimanche 13 mars 2016

Blues de chambre.

Heureux encore
Celui dont le blues
Vient sécher les larmes
Et prendre le coeur
Qui sent encore la tristesse, au fond
De n'être plus aimé
De l'amour dont on ne pensait
Pas pouvoir se passer
Celui qui frissonne encore
Sans plus chanter lui-même
Au chant du sang qui coule
Laissant sa trace rouge
De vie et de passion
Comme dans l'arène
Rougit le plastron du toréro
C'est un chant plaintif et cruel
Qui fait mal et qui guérit
C'est un chant maternel
Crève-coeur ma mère
Crève-coeur mon père
Que ce sang roule et coule
Doucement comme les larmes coulent
Après qu'on a entendu
Délicat et rustre
Le blues venant à la tête
Encore


samedi 28 novembre 2015

Du plaisir des arrangements chez Serge Gainsbourg.

Serge Gainsbourg a toujours eu de très beaux arrangements sur ses chansons. Musicien accompli lui-même, il a choisi de travailler avec les meilleurs arrangeurs, des anglais, des français qui lui ont rendu des copies hors du commun, remplies d'excellence et de fulgurances musicales. Je vais mettre deux exemples parmi des dizaines. "Ford Mustang" commence par une note tenue par les violons et cette note va se perdre jusqu'au début du premier couplet. L'effet est majesteux, cette tragédie automobile s'annonce par cette note qui file droit comme une flèche, comme une voiture vers l'horizon, sur une ligne qui bientôt zigzaguera vers son destin forcément fatal. La mort, est là dès le début de la chanson et, à chaque description de ce style de vie qui est aussi une manière classieuse d'y passer, l'arrangeur ressortira un tapis rouge de cordes somptueuses et dramatiques à la Hitchcock pour les deux êtres qui font le texte, se partagent les choses qui parlent (cf "Mythologies" de Barthes) et l'histoire. Mais le coup de maître reste l'intro aux cordes. Ecoutez ça, d'entrée, on est dans le mythe (une droite, en musique c'est une figure de style rare, qui plante un décor tragique) et c'est ce que Gainsbourg voulait pour cette chanson.
Serge Gainsbourg : "Ford Mustang"

Celui-là, d'arrangeur, il est bien connu, c'est Jean-Claude Vannier. L'homme qui a travaillé sur "Melody Nelson" avec Gainsbourg va remettre ça pour la B.O. d'un film réunissant le couple "branché" de l'époque : Gainsbourg, justement, et Jane Birkin. Ce sera le film "Cannabis". Le film n'est pas si mauvais ( et ouais!) et la B.O. est splendide, d'une richesse incroyable. Le thème musical du film - qu'il ait été composé par Gainsbourg ou Vannier, cela n'a guère d'importance - est un Rock psychédélique puissant auquel la version instrumentale arrangée par Vannier rend toute sa justice. Ce qui frappe, et qui se retrouvera dans de nombreux rocks de l'époque, ce sont les deux guitares électriques qui jouent le même solo, absolument écrit, et avec quelle maestria, parfois à l'unisson parfois dans une tonalité différente. L'ensemble est chatoyant, touffu, morbide et correspond exactement à l'ambiance du film, décadent et mortifère. La version chanté, avec les paroles de Gainsbourg est très bien mais je préfère me laisser aller aux arabesques envoûtantes et mystérieuses (si jeunes, si retorses, si vieilles) des guitares de la version instrumentale. Ca pue le shit. Vannier et Gainsbourg, au faîte de leur talent, feront une B.O. complètement en symbiose avec le film. Ils ont construit un autre mythe, encore d'actualité parmi les petits blancs ashishins.
Serge Gainsbourg - Jean-Claude Vannier : "Cannabis".

Bon, je vous épargne "Manon" et "Charlie Brown", démmerdez-vous.

lundi 23 novembre 2015

Pain killer.

Là, on frôle l'os.
Ca ne va pas ? Tout est gris et morbide ? La malfaisance règne en maîtresse. Je suis d'accord. Alors, harmonisons en coeur avec Roscoe Holcomb pour chauffer la peu de sang qui nous reste dans les artères. Tristeza, Saudade, Blues, Bourdon, c'est la même chose. Qui chante sa peine l'enchante. C'est en faisant cela avec une certaine constance que l'on devient chanteur de métier.
Roscoe Holcomb : "A man of constant sorrow".

Roscoe Holcomb : "Graveyard blues".

mercredi 18 novembre 2015

Bonjour Tristesse

Paul Éluard, “À Peine Défigurée” (La vie immédiate, 1932)

Adieu tristesse,
Bonjour tristesse.
Tu es inscrite dans les lignes du plafond.
Tu es inscrite dans les yeux que j’aime
Tu n’es pas tout à fait la misère,
Car les lèvres les plus pauvres te dénoncent
Par un sourire.

Bonjour tristesse.
Amour des corps aimables.
Puissance de l’amour
Dont l’amabilité surgit
Comme un monstre sans corps.
Tête désappointée.
Tristesse, beau visage.

Sagan était si singulière, si forte, si subtile, tout l'inverse de ces cons de terroristes.

mercredi 11 novembre 2015

Chat perché.

Quelqu'un a dit : "Dieu a inventé le chat pour que l'homme puisse caresser le tigre." J'aime bien cette phrase, elle dit quelque chose de vrai : la noblesse, le coté altier, parfois méprisant du chat dont un regard posé sur vous peut dire toute la commisération qu'il porte à notre ridicule condition d'être humain. Et pourtant, quel compagnon rassurant et digne de confiance il peut être, venant de son plein gré cherchez caresses ou nourriture, libre, jamais contraint que par son humeur du moment ou un besoin qu'il nous enjoint de satisfaire. Et nous nous plions avec joie à ce joug amoureux, nous autres, amis des chats, de tous les chats. Et ces moment de sommeil partagé ! Combien sont-ils précieux ! Il parait que les chats sont bons pour les gens qui ont des problèmes cardiaques. C'est surement vrai. J'ai connu des chats qui étaient aussi un remède aux peines de coeur et qui venaient se lover contre vous humblement et sûrement pour vous reconforter. Un des bruits les plus apaisants que je connaisse est le ronron calme du chat et aussi ses soupirs qui accompagnent parfois son sommeil. Combien il est seul et grave alors, et à notre merci ! Colette disait se souvenir de tous ses chats et chiens mais pas de tous ses amants. Je n'ai pas oublié mes amantes mais dans mon coeur blessé, la pensée de mes chats est plus douce et plus aimable. "Il est fou", direz-vous. Oh, de moins en moins, de moins en moins...
Et maintenant l'ignoble Ted Nugent dans un play-back de "Cat scratch fever". J'aime bien le rock aussi, même dans ses formes les moins nobles. (Ce truc a quand même été repris par Motorhead.)

mardi 10 novembre 2015

Lost in music.

Je me souviens d'une musique
Rappelle-toi, mon amie
Ses accents tristes et toniques
Je les chantais pour toi
Dis-moi, t'en souviens-tu ?
Le couplet faisait
"Nous nous marierons bientôt
Et nous aurons des enfants..."
Et à la fin... nous mourrions
Simplement
Tout était rires et fêtes
Nous étions comme deux enfants
Nous étions deux amants
Chante-la pour moi
Mon amie
Tu ne t'en souviens pas ?
C'est bien comme tu as oublié
Tant de chansons furent oubliées
Quand sont morts, douce amie,
Ceux qui les chantaient
Ne t'en fais, tiens-toi calme
J'arrive et je vais mourir aussi



mardi 29 septembre 2015

Art poétique.

Sur l'Art, je ne saurais mieux dire que Joseph Conrad dans la préface de son livre " Le nègre du Narcisse". Rien à ajouter, chaque mot est juste, l'idée lumineuse. La voici en grande partie :

"A l’instar du penseur ou du scientifique, l’artiste recherche la vérité et lance son appel. Sensible à l’apparence du monde, le penseur plonge dans les idées, le scientifique dans les faits – d’où, émergeant au bout d’un certain temps, ils nous appellent aux qualités de notre être qui nous préparent le mieux à cette entreprise hasardeuse qu’est la vie. Ils s’adressent avec autorité à notre bon sens, à notre intelligence, à notre désir de paix ou de troubles, fréquemment à nos préjugés, parfois à nos craintes, souvent à notre égoïsme – mais toujours à notre crédulité.
Et c’est avec respect que l’on écoute leurs paroles, car elles portent sur des sujets graves : sur la culture de notre esprit et les soins propices à notre corps, sur la réalisation de nos ambitions, sur la perfection des moyens et la glorification de nos précieux desseins.
Il en va autrement pour l’artiste.
Confronté au même spectacle énigmatique, l’artiste descend en lui-même et, s’il a du mérite et de la chance, c’est dans cette région solitaire où règnent tensions et dissensions, qu’il trouve les termes de son appel. Un appel qui s’adresse à nos dispositions les moins évidentes, à cette part de notre nature qui, du fait des conditions belliqueuses de notre existence, se dissimule nécessairement derrière les attributs plus résistants et plus rudes – tel le corps vulnérable sous une armure d’acier.
Son appel est moins sonore, plus profond, moins net, plus émouvant – et plus vite oublié. Pourtant, son effet perdure à jamais. La sagesse changeante des générations successives balaie les idées, questionne les faits, démolit les théories.
Mais l’artiste fait appel à cette part de notre être qui ne dépend pas de la sagesse, à ce qui, en nous, est un don et non un gain – et qui, par conséquent, dure plus longtemps. Il s’adresse à notre capacité de ravissement et d’émerveillement, à l’impression de mystère qui entoure nos vies, à notre sens de la pitié, de la beauté et de la douleur, au sentiment latent de notre communion avec la création tout entière – et à cette subtile mais invincible croyance en une solidarité qui tisse ensemble les solitudes de cœurs innombrables : la solidarité de rêves, de joie, de chagrin, d’aspirations, d’illusions, d’espoir, de peur, qui lie les hommes entre eux, qui lie toute l’humanité – les morts aux vivants, et les vivants à ceux qui ne sont pas encore nés.
Toute oeuvre littéraire qui aspire, si humblement soit-il, à la qualité artistique doit justifier son existence à chaque ligne. Et l’art lui-même peut se définir comme la tentative d’un esprit résolu pour rendre le mieux possible justice à l’univers visible, en mettant en lumière la qualité, diverse et une, que récèle chacun de ses aspects. C’est une tentative pour découvrir dans ses formes, dans ses couleurs, dans sa lumière, dans ses ombres, dans les aspects de la matière et les faits de la vie même, ce qui leur est fondamental, ce qui est durable et essentiel - leur qualité la plus lumineuse et la plus convaincante - la vérité même de leur existence.
L’artiste donc, aussi bien que le penseur ou l’homme de science, recherche la vérité et lance son appel. Séduit par l’apparence du monde, le penseur s’enfonce dans la région des idées, l’homme de science dans le domaine des faits, dont ils émergent bientôt pour s’adresser aux qualités de notre être qui nous rendent capables d’affronter la hasardeuse entreprise qu’est notre vie. Ils parlent avec assurance à notre sens commun, à notre intelligence, à notre désir de paix ou d’inquiétude, fréquemment à nos préjugés, parfois à nos appréhensions, souvent à notre égoïsme, mais toujours à notre crédulité ; Et l’on écoute leurs paroles avec respect, car elles ont trait à des graves questions, à la culture de notre esprit ou à l’entretien convenable de notre corps, à l’accomplissement de nos ambitions, à la perfection de nos moyens et à la glorification de nos précieux objectifs.
Il en va autrement pour l’artiste. En présence du même spectacle énigmatique, l’artiste descend en lui-même, et, dans cette région solitaire d’effort et de lutte, il découvre s’il a assez de mérite et de chance les termes d’un message qui s’adresse à nos qualités les moins évidentes : à cette part de notre nature qui, parce que l’existence est un combat, se dérobe nécessairement derrière de plus résistantes et de plus rudes vertus comme le corps vulnérable sous une armure d’acier. Son appel est moins bruyant, plus profond, moins précis, plus émouvant, et plus tôt oublié. Et pourtant son effet persiste à jamais. La changeante sagesse des générations successives fait délaisser les idées, met les faits en question, détruit les théories. Mais l’artiste s’adresse à cette part de notre être qui ne dépend point de la sagesse, à ce qui est en nous un don et non pas une acquisition, et qui est, par conséquent, plus constamment durable.
Il parle à notre capacité de joie et d’admiration, il s’adresse au sentiment du mystère qui entoure nos vies, à notre sens de la pitié, de la beauté et de la souffrance, au sentiment latent de solidarité avec toute la création ; et à la conviction subtile mais invincible de la fraternité qui unit la solitude d’innombrables coeurs : à cette fraternité dans les rêves, dans la joie, dans la tristesse, dans les aspirations, dans les illusions, dans l’espoir et la crainte, qui relie chaque homme à son prochain et qui unit toute l’humanité, les morts aux vivants, et les vivants à ceux qui sont encore à naître."
Joseph Conrad.

mercredi 15 juillet 2015

Immobile


Pour celui qui reste
Plutôt que de partir
Pour celui qui garde sous ses pieds
Un peu de la terre ancienne dans sa famille
Entre ses doigts, il la sent s'émietter
Il pleuvra, il fera beau, il restera
Pour celui qui connaît par cœur
Pour l'avoir en tout état arpenté,
Un bout de route, un chemin creux
Pour celui qui, sur son aire,
Connaît les nids de ramier
Les nichées de chiots, les vaches bréhaignes
Pour celui qui a des mots pour les femmes
Qui donnent naissance et les jeunes veuves
Qui ont perdu la moitié de leur vie, la moitié de leur lit
Pour celui qui veille
Et qui s'inquiète et surveille
Qui se fait du mauvais sang
Se creuse l'estomac
Tout est si fragile
Et il y a des voleurs.
Pour celui qui accueille
Qui donne un bout de terrain
Pour l'Eternel et pour des gitans
Pour celui qui sème et qui plante
Qui ne sait que cela
Quelques gestes banals
Mais justes, perspicaces, et honnêtes
Pour celui qui récoltera
Dans une noria d'appareils
Toute la nuit car il a pensé au pain
Comme ceux avant lui y ont pensé
Pour celui qui goûte le sel
Venu de loin et qui coûte cher
Trop cher, comme l'étoffe mais c'est tout naturel
Il n'est pas commerçant
Pour celui qui se lave les yeux
En marchant dans la rosée du matin
Qui mise tout sans savoir qu'il a parié
Qui naît, se marie et meurt
Dans le même recoin du Monde
A la même saison qui était la sienne
Et qui rêve benoîtement à demain
Pour celui que la mer n'appelle pas
Ni les mélodies charmantes
Pour celui qui ne voit pas si loin
Qui croit en un destin tiré d'un sillon
Et s'en trouve content malgré les tentations
Et les légendes qui un jour viennent
Ravagent tout et le laisse idiot
Mais toujours certain 
Pour celui qui prend femme du cru
Et s'installe dans une masure
Et couche ses petits là où d'autres lits
Furent mis par d'autres que lui, les mêmes que lui
Pour celui qui est le même que moi
Et dans lequel je ne me noie pas
Car une ride au coin de son œil est une rive
Pour celui qui serre les mêmes mains
Tous les jours et qui parle avec un accent
Celui-ci d'où il est et dont on le chahute
Maintenant, mais qui ne s'éteint pas
Car, mystère, les volets fermés du café,
C'est l'accent qui vient aux lèvres de tous
Pour celui qui dira du mal de moi
De mon travail inutile
Et de ma vie de nabab à crever
Pour celui, qui, quand même, me dit « bonjour »
Car il est bien élevé et un peu sournois
Pour celui qui est poli, qui est aimable
Qui vient à mon devant et me parle
D'aventures minimes, de changements ingrats
Mais dont la parole est une carte de tarot fixe
Et dont l'allégresse ne se tarit point
D'avoir le pas leste par terre
Et tout en même temps solide
Pour celui qui fait avec ses mains
Du sur-place ou du sur-mesure
Et qui la perd dans l'ivresse un soir et se bat
Et fait amende honorable le lendemain
Pour celui qui reste et qui garde
Qui met ses mains dans ses poches
Qui reste debout sans bouger
Pour celui qui veille tellement inquiet
Qu'il en vient à surveiller, la tête penché sur un feu
A celui-ci un bonjour amical, moi
Qui suis juste un pas à coté et qui le vois vivre
Malade, courageux, insensé, industrieux
Et Là, fier maladroitement, lui de n'avoir
Pas eu cette question à se poser