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dimanche 3 février 2019

"Jonas, rentre te coucher" - La Baleine.

J'aime bien Jacques Lourcelles. Son "Dictionnaire du cinéma" fourmille d'infos de première bourre et d'analyses fines sur le cinéma. Mais je ne suis pas d'accord avec lui quand il dit, à propos de "Naissance d'une nation", qu'il est heureux que le cinéma, pour sa plus grande part, n'aie pas suivi la voie esquissée par Griffith mais celle, plus policée, d'une narration plus classique mimant peu ou proue les rouages de la littérature dite "réaliste"du 19 ieme Siècle. Je ne suis pas d'accord du tout. Certes, c'est plus facile et ça parle au plus grand-nombre car le plus grand nombre est éduqué et laissé dans la facilité. Mais quelle perte de créativité, d'inventivité et, au final, de liberté. Des preuves ?
Voyons ce petit film de Jonas Mekas, qui vient de disparaître tout récemment et auquel je veux rendre hommage à ma mesure, c'est à dire chichement. et qui est souvent appelé cinéaste "expérimental". Lui-même demandait, à ceux qui voyaient ces films, d'oublier le mot "expérimental" et de se contenter de les regarder, simplement. Et dans ce film, ne voit-on pas clairement des choses, importantes, fondamentales, qui composent et ordonnent la vie d'un homme mieux qu'en un récit - en particulier les femmes et les enfants ? Ne voit-on pas un enfant courir, comme tous les enfants, après un papillon, comme il ne cessera de courir après sa liberté toute sa vie d'adulte ? Ne voit-on pas des nourritures terrestres et spirituelles abonder, de celles qui sont le plus nécessaires à chacun et à chacune ? Mekas était libre et plein d'esprit, il a entrevu la beauté, je l'entrevois avec lui. Il n'y a pas de "happy ending, pas d'impératifs commerciaux ou idéologiques, juste la Vie, sous un angle particulier, précis (tellement précis qu'il est laissé au hasard, sachant qu' il n'y a pas de hasard.)
Ce petit film qui part dans plusieurs directions à la fois n'est-il pas plus riche en oxygène, en couleurs, en nuances, bref, en tout, que les ornières où les gros sabots obsessionnels d'un Hitchcock ou d'un Eisenstein nous emmènent en esclaves ? Si bien sûr. Après on peut toujours faire des pâtés Monsieur Lourcelles (genre Dictionnaire), il me semble à moi qu'il est plus sain, beau et tout bêtement normal (ça évite les opéras de Wagner par exemple et les "Nibelungen" de Lang...) de regarder un des enfants de la famille Mekas jouer dans le sable.

jeudi 29 octobre 2015

C'était un ordre nouveau. Musical, en tout cas.

New Order revient à la une avec un nouvel album (sans Peter Hook) assez gouleyant et bien fichu. Ils ne sont plus sur le mythique label de Manchester de Tony Wilson : Factory Records. Revenons un peu en arrière, à une époque ou New Order était ce qui se faisait de mieux sur la scène underground et bientôt mainstream anglaise. A chaque single d'eux qui sortait chez Factory, nos esprits étaient surpris et nos coeurs conquis pendant qu'il nous prenait une sacré envie de danser sur les mélodies mélancoliques de Summer soutenues par des robots , soudain pas si barrés ou ineptes, et, bien sûr, la basse intersidérale de Hook. C'était bon, au delà du bon, c'était parfait. La vidéo que je vais mettre est une de mes favorites de tous les temps. Elle a été dirigée par Johnathan Demme et éclairée par Henri Alekan, excusez du peu. Elle porte, comme tout les objets qui sortaient de chez Facory Record un numéro de catalogue issu d'un système de référencement qui n'appartient qu'à cette boite-là : FAC 321. C'est simplement l'inverse du numéro du single qui était FAC 123. Le clip consiste en une prise live enregistrée dans les studios de Factory qui dure 5 bonnes minutes de plus que le single vendu dans le commerce et on y voit de foutus bons musiciens à l'oeuvre. C'est "raw", c'est juste, c'est définitif, comme disait Guitry toutes les 5 minutes. Un bijou catalogué.
New Order : "The Perfect Kiss". Attention, quelque part dans le clip se cache un Christ obèse et content de ce qu'il entend.



lundi 12 octobre 2015

" Et pas de repos pour cette âme-ci."

Ainsi vous voilà triste et abattu. Vous regardez plein d'envie et de défiance des jeunes hommes et des jeunes femmes. Vos jeux sont plus retors que les leurs et sont désormais sans grâce, et si vous vous comparez à eux vous frémissez d'horreur dans un éclair de mort et de pourriture. Plus rien, presque plus et c'est ce presque qui fait encore frémir vos chairs amollies et votre coeur haineux. Où sont passés vos compagnons : l'Amour, la Beauté, l'Espérance ? Plus rien, presque plus et ce n'est que ça, que votre navrante haine, que justice et normalité banales, très banale prise de poids et d'âge. Avez-vous fait quelque chose qui en vaille la peine ou vous êtes-vous tué à la tâche sans gloire et sans renommée ? Il n'y a plus pour vous que deux ou trois tours de vice, les chemins plus altiers occupés dés lors par des gardiens plus forts et plus sûrs. Votre âme recuite est mal passée quand vous l'avez voulu par volupté mauvaise avaler. Toussez donc un peu de croyance égarée. Il semble que tout vaille un égal et minuscule crachat, suintant de votre gorge nulle comme une brume et que cela vous convienne à ravir, mais vous soufflez sans air et n'en êtes pas certain. Une dernière fois, fermez les yeux pour voir clairement le soleil tomber et mourir. Etincellant, il ne recelle plus pour vous le secret de la renaissance. Le jour est morne et infini, il est habité de l'immense mélancolie charriée en vos tripes par une bile noire. Ne bougez plus, vous servirez de borne, au mieux, sur ce chemin là, si quelqu'un s'y perd comme vous. Et morose, faites un mauvais accueil aux mystères de la Mort.

"J''ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans...."
- Je suis un cimetère abhorré de la lune....
Je suis un vieux boudoir plein de roses fanées...
                                                                      Ch. Baudelaire


mardi 29 septembre 2015

Art poétique.

Sur l'Art, je ne saurais mieux dire que Joseph Conrad dans la préface de son livre " Le nègre du Narcisse". Rien à ajouter, chaque mot est juste, l'idée lumineuse. La voici en grande partie :

"A l’instar du penseur ou du scientifique, l’artiste recherche la vérité et lance son appel. Sensible à l’apparence du monde, le penseur plonge dans les idées, le scientifique dans les faits – d’où, émergeant au bout d’un certain temps, ils nous appellent aux qualités de notre être qui nous préparent le mieux à cette entreprise hasardeuse qu’est la vie. Ils s’adressent avec autorité à notre bon sens, à notre intelligence, à notre désir de paix ou de troubles, fréquemment à nos préjugés, parfois à nos craintes, souvent à notre égoïsme – mais toujours à notre crédulité.
Et c’est avec respect que l’on écoute leurs paroles, car elles portent sur des sujets graves : sur la culture de notre esprit et les soins propices à notre corps, sur la réalisation de nos ambitions, sur la perfection des moyens et la glorification de nos précieux desseins.
Il en va autrement pour l’artiste.
Confronté au même spectacle énigmatique, l’artiste descend en lui-même et, s’il a du mérite et de la chance, c’est dans cette région solitaire où règnent tensions et dissensions, qu’il trouve les termes de son appel. Un appel qui s’adresse à nos dispositions les moins évidentes, à cette part de notre nature qui, du fait des conditions belliqueuses de notre existence, se dissimule nécessairement derrière les attributs plus résistants et plus rudes – tel le corps vulnérable sous une armure d’acier.
Son appel est moins sonore, plus profond, moins net, plus émouvant – et plus vite oublié. Pourtant, son effet perdure à jamais. La sagesse changeante des générations successives balaie les idées, questionne les faits, démolit les théories.
Mais l’artiste fait appel à cette part de notre être qui ne dépend pas de la sagesse, à ce qui, en nous, est un don et non un gain – et qui, par conséquent, dure plus longtemps. Il s’adresse à notre capacité de ravissement et d’émerveillement, à l’impression de mystère qui entoure nos vies, à notre sens de la pitié, de la beauté et de la douleur, au sentiment latent de notre communion avec la création tout entière – et à cette subtile mais invincible croyance en une solidarité qui tisse ensemble les solitudes de cœurs innombrables : la solidarité de rêves, de joie, de chagrin, d’aspirations, d’illusions, d’espoir, de peur, qui lie les hommes entre eux, qui lie toute l’humanité – les morts aux vivants, et les vivants à ceux qui ne sont pas encore nés.
Toute oeuvre littéraire qui aspire, si humblement soit-il, à la qualité artistique doit justifier son existence à chaque ligne. Et l’art lui-même peut se définir comme la tentative d’un esprit résolu pour rendre le mieux possible justice à l’univers visible, en mettant en lumière la qualité, diverse et une, que récèle chacun de ses aspects. C’est une tentative pour découvrir dans ses formes, dans ses couleurs, dans sa lumière, dans ses ombres, dans les aspects de la matière et les faits de la vie même, ce qui leur est fondamental, ce qui est durable et essentiel - leur qualité la plus lumineuse et la plus convaincante - la vérité même de leur existence.
L’artiste donc, aussi bien que le penseur ou l’homme de science, recherche la vérité et lance son appel. Séduit par l’apparence du monde, le penseur s’enfonce dans la région des idées, l’homme de science dans le domaine des faits, dont ils émergent bientôt pour s’adresser aux qualités de notre être qui nous rendent capables d’affronter la hasardeuse entreprise qu’est notre vie. Ils parlent avec assurance à notre sens commun, à notre intelligence, à notre désir de paix ou d’inquiétude, fréquemment à nos préjugés, parfois à nos appréhensions, souvent à notre égoïsme, mais toujours à notre crédulité ; Et l’on écoute leurs paroles avec respect, car elles ont trait à des graves questions, à la culture de notre esprit ou à l’entretien convenable de notre corps, à l’accomplissement de nos ambitions, à la perfection de nos moyens et à la glorification de nos précieux objectifs.
Il en va autrement pour l’artiste. En présence du même spectacle énigmatique, l’artiste descend en lui-même, et, dans cette région solitaire d’effort et de lutte, il découvre s’il a assez de mérite et de chance les termes d’un message qui s’adresse à nos qualités les moins évidentes : à cette part de notre nature qui, parce que l’existence est un combat, se dérobe nécessairement derrière de plus résistantes et de plus rudes vertus comme le corps vulnérable sous une armure d’acier. Son appel est moins bruyant, plus profond, moins précis, plus émouvant, et plus tôt oublié. Et pourtant son effet persiste à jamais. La changeante sagesse des générations successives fait délaisser les idées, met les faits en question, détruit les théories. Mais l’artiste s’adresse à cette part de notre être qui ne dépend point de la sagesse, à ce qui est en nous un don et non pas une acquisition, et qui est, par conséquent, plus constamment durable.
Il parle à notre capacité de joie et d’admiration, il s’adresse au sentiment du mystère qui entoure nos vies, à notre sens de la pitié, de la beauté et de la souffrance, au sentiment latent de solidarité avec toute la création ; et à la conviction subtile mais invincible de la fraternité qui unit la solitude d’innombrables coeurs : à cette fraternité dans les rêves, dans la joie, dans la tristesse, dans les aspirations, dans les illusions, dans l’espoir et la crainte, qui relie chaque homme à son prochain et qui unit toute l’humanité, les morts aux vivants, et les vivants à ceux qui sont encore à naître."
Joseph Conrad.

jeudi 7 mai 2015

Alabama Shakes. Deuxième.

- Bonjour Monsieur ! C'est pour la deuxième couche !
- La deuxième couche de quoi, manant ?
- Pardon Monsieur, excusez-moi, je fais mon travail, hein ! La deuxième couche de Rock n' Roll !
- Sortez immédiatement, faquin, je n'écoute plus que de l'Electro d'avant garde depuis belle lurette !
- Justement M'sieur, faut qu'on rafraîchisse tout ça. Pardon. Je vais opérer quelques modifications. Vous inquiétez pas, c'est gratuit. Il y a quelque temps encore, vous fonctionniez normalement, la tête bien aérée et tout. Là, vous sentez le rance...Je vais vous embarquer les deux platines Technics là, pour commencer...
- Mais sûrement pas, trou du cul, laissez mes chouchoutes où elles sont ! Et puis le rance...Merci, mais je me parfume aux effluves les plus "in" des clubs à la pointe de toute la planète, alors, pour le rance, vous repasserez !
- Eh ben non, justement. Tout ça sent l'égout mondial à plein nez. Vous ne savez même plus de quel pays vient la merde dans laquelle vous pataugez mon pauvre Monsieur. Je vous installe une petite Dual des familles et un bon Akai vintage, avec de bonnes basses, et surtout, de bons aiguës. Vous allez revivre !
- Et ma table de mixage pour faire mes petits enchaînements ?
- Confisquer, petit canaillou ! Allez ouste !
- Ouin ! Ma Techno, mes Breakbeat, mon scratch ! C'est injuste ! Qui vous envoie, d'abord?
- Top secret ! Mais sachez que vous êtes un petit veinard !
- Ah bon ? Une sorte d'"Elu", quoi ?
- Faut pas pousser !
- Et je vais écouter quoi ? J'ai perdu l'habitude, moi...
- J'ai là une petite dizaine de vinyls pur jus de 180 grammes chacun, 100 % Rock n' Roll qui vont vous redresser les oreilles.... et peut-être autre chose.... Vous pouvez tout faire avec, même les manger. C'est multi-fonctionnel !
- Les vinyls, moi j'aime ça.
- On sait, vous n'êtes pas le mauvais bougre au fond, juste un peu égaré. Tenez, essayez ça, c'est souverain. Alabama Shakes.
- Ah oui, c'est marrant ! Du Rock ? Pourquoi pas, au fond ? Des hits, du feeling, de la puissance...
- Oui, la puissance des rêves ...
- Vous me laissez mes enceintes JBL ?
- On est pas des tortionnaires, Monsieur. Allez je repasse dans une semaine avec d'autres potions magiques
- Vous partez déjà, vous ne voulez pas un thé vert à la menthe bio ?
- Non merci, jamais pendant le service. Et je ne vous demande pas si vous avez du cognac Rémy Martin, je connais la réponse....
- J'en achèterai !
- Faites ça aussi, et allez chez le coiffeur, vous avez passé l'âge des fantaisies capillaires de djeunes.
- Et le skate ?
- Je ne suis pas votre conscience mon petit père. Allez, bonne bourre !


mercredi 25 mars 2015

Bonnard VS Vuillard, match aller.

En ce moment c'est Bonnard par-ci, Bonnard par là et vas-y que je te bonnardise à tout-va et sur tous les tons. Bon. Le vrai verbe c'est bonnarder, qui vient de l'habitude qu'avait prise le peintre d'aller fignoler ses toiles dans les musées à l'insu des services de sécurité. Les gardiens des musées devaient tirer une drôle de tronche quand ils s'apercevaient que le Maître en personne était venu barbouiller sous leur moustache. Alors, je vais mettre une photo de Bonnard. Juste pour faire chier. On verra qu'il ressemble à un Vuillard dernière période, peintre que je trouve infiniment meilleur et dont il faudra bien, un jour revisiter l'oeuvre entière pour, justement, réhabiliter ce qu'il peignait à la fin de sa vie, 10 ou 15 ans avant de mourir, assez peu de temps avant Bonnard d'ailleurs.
Vuillard, c'était ce genre de petites choses sur la fin. Pas sale. Nette. Ce n'est pas le cas de Bonnard et je ne parle pas de la précision du regard mais bien de celle du pinceau, mettons du scalpel. Vivement le match retour.

lundi 9 mars 2015

Le Lo-Fi ou comment massacrer de bons albums avec une "attitude".

Le dernier disque d'Ariel Pink nous propose des compositions pop et étranges de première qualité. Il est décalé, barjot et innovant, mais voilà il a un son de merde. C'est ce qu'on appelle le Lo(w)-Fi, un concept fumeux qui consiste à mal produire des albums afin que des oreilles sensibles aux beaux sons qui pourraient s'y trouver n'y aient pas, en fin de compte, accès. Ouais... Résultat, l'album de Pink "Pom Pom" est difficilement audible et il émerge à peine d'un brouillard nébuleux qui recouvre tout ce qui aurait été agréable à entendre du souffle de fond d'une cassette audio vintage que le Dolby aurait définitivement désertée. Je trouve qu'il s'agit là d'une posture bien méprisante pour ses auditeurs également un chouïa audiophile, comme si un bon son pouvait amener un succès (ou une estime à ce niveau) qu'on ne souhaite pas, même à une échelle minime. Mais, franchement, il n'y a pas à s'inquiéter pour cette Pop étrange, elle restera toujours confidentielle et Ariel Pink ne deviendra jamais Kurt Cobain. Cette esthétique du "moins", du manque, ne propose que des choses tronquées alors qu'elles sont de nature éminemment complexes, et, en plus d'être surannée et frustrante, elle tend vers la laideur. C'est dommage. Tant pis pour les belles chansons d'Ariel Pink que des nerds doivent écouter en se grattant l'oreille et la nouille... Le pire est que le Lo-fi massacre d'autres albums d'autres artistes qui pourraient s'avérer tout à fait remarquables si seulement ils n'étaient audibles autrement que par quelques snobinards à lunettes. Je pense aux efforts de Connan Mockasin et Mac Demarco. Chez eux aussi le travail sur les compos est riche, même les arrangements le sont mais le son est nul, au-dessous de celui d'une maquette du moindre rocker auto-produit sur un matériel douteux. Évidemment il faut écouter ces artistes "Live" mais même là, dans le cas de Pink et de Mockasin, ils s'évertuent à bousiller leurs voix par des filtres qui les font sonner comme des gamins ou des personnages de South Park et, au final, c'est pénible. Enfin, si ça se trouve vous allez être capable de faire abstraction de cette tare et de prendre un vif plaisir là où je m'agace les neurones assez vite et avec regrets.
Eh, Ariel, t'as entendu parler des Beach Boys ?

Son des voix pourri. Très bon morceau.

Son de la voix pourri. Grand Morceau.

Complètement cinglés. Très bon set.

Tiens, Mac Demarco sonne moins crade que les autres. Un peu.

Voici l'original.

mercredi 26 novembre 2014

Avortez en chanson, les filles !

La loi autorisant l'avortement en France à quarante ans. J'admire Mme Veil. En hommage à celle qui n'est pas un de ces êtres vacillants, éternellement mineurs, qui ne savent pas aimer et aux pieds desquelles rampent les hommes pour étriller un bout de viande, je mets cette chanson problématique des Sex Pistols car anti-avortement, "Bodies". Plus violent, tu meurs. Comme un avortement.... Ah, non, un avortement, même en douceur, tu meurs de toute façon. Cessons d'être les esclaves de ces créatures qui existent à peine. Faisons leurs des mômes à qui mieux-mieux, ça les aidera à prendre conscience de ce qu'elles sont (à de très rares exceptions près) : de prétentieuses et brutales infirmes. Pourquoi cette chanson réactionnaire de la part des Sex Pistols ? Oh, c'est assez simple. Les Punks, ce n'est pas ce qu'on croit. Ils pensent : mais pourquoi la vie est-elle si merdique alors que ce pourrait être le Paradis sur la Terre ? Ils se prennent le mur à longueur de temps, tant et si bien qu'ils finissent par déclarer le mur seule réalité possible et enviable par une inversion post-romantique desespérée. Parfois cependant, ils se laissent aller à leur inébranlable bon fond. C'est le cas ici, ou Johnny Rotten laisse éclater son dégoût d'une réalite qu'il sent pouvoir être totalement autre. Des enfants partout, lui, ça ne le gènerait pas. Les punks, les vrais, ne sont plus de ce monde depuis longtemps. Ils sont morts d'excés de capacité à vivre à fond à la fin du premier tour de circuit. Le mur. Les morts-vivants continuent de tourner dans un lent auto-avortement. C'est moi, c'est vous.

Les paroles :

She was a girl from Birmingham
She just had an abortion
She was a case of insanity
Her name was Pauline, she lived in a tree
She was a no one who killed her baby
She sent her letters from the country
She was an animal
She was a bloody disgrace
Body, I'm not an animal
Body, I'm not an animal
Dragged on a table in a factory
Illegitimate place to be
In a packet in a lavatory
Die little baby, screaming
Body, screamin', fucking bloody mess
Not an animal, it's an abortion
Body, I'm not an animal
Mummy, I'm not an abortion
Throbbing squirm
Gurgling bloody mess
I'm not a discharge
I'm not a loss in protein
I'm not a throbbing squirm
Fuck this and fuck that
Fuck it all and fuck the fucking brat
She don't wanna baby that looks like that
I don't wanna baby that looks like that
Body, I'm not an animal
Body, an abortion
Body, I'm not an animal
Body, I'm not an animal
An animal, I'm not an animal
I'm not an animal, an animal
I'm not an animal, I ain't no animal
I'm not a body
I'm not an animal, an animal
I ain't no animal, I'm not an animal
I'm not an animal, Mummy

jeudi 13 novembre 2014

Patricia Petitbon à petit bonds.

L'autre jour, j'ai assisté à un récital de mélodies françaises de Patricia Petitbon, une soprane rigolotte qui a le vent en poupe en ce moment en France. "C'était délicieux !", comme ont du s'esclamer certaines dames de la bourgeoisie rennaise un peu fantasques. C'est vrai que la rousse flamboyante, comme on dit, a un talent certain pour la comédie et presque le one-woman-show, si elle n'était accompagnée par une pianiste et un percussioniste qui d'ailleurs lui servent de camarade de jeux, jeux assez comiques tout compte fait, même si un peu courts quand même. Elle pourrait se lâcher un peu plus et bousculer les conventions du petit monde du classique. Après tout, au Chat Noir, à la belle époque, les chansons en ont vu d'autres, sous les regards de Maurice Rollinat, Alphonse Allais et autre Jean Richepin, et ces belles têtes de poètes, toutes un peu folles, ne regardaient pas à la dépense quand il s'agissait de loufoqueries. Mais ne soyons pas tatillons et prenons avec allégresse les petits moment de grâçounette que nous procure Mademoiselle Petitbon. Toutefois, quelque chose me titille, m'irrite et ce n'est pas une broutille. On ne comprend pas tout des paroles des chansons qu'elle entonne et parfois même, on ne comprend rien. C'est quand même très dommage pour une chanteuse française de chanter en français moins bien que, mettons, Barbara Hendricks, qui est américaine.  Loin de moi, l'idée de sombrer à tout prix dans le "C'était mieux avant !" mais quand on écoute Régine Crespin, pour prendre un exemple pas innocent du tout, et qu'on la compare à Patricia Petitbon, on voit toute la différence qu'il y a entre une honnète soprano et une cantatrice de génie. Est-ce le don ? Est-ce le travail ? La Grâce ?. Je ne sais pas mais Mademoiselle Petitbon(d) a encore pas mal d'enjambées longues à faire pour arriver à cette évidence-là.
Régine Crespin chante Fauré sur un texte de Raymond Bussine : "Après un rêve".

Et bing ! "Clair de lune" de Paul Verlaine, mis en musique par Fauré. Crespin toujours. Le texte est incroyablement chiadé, c'est miracle que l'on comprenne ce qu'elle chante !

samedi 8 novembre 2014

Debussy et moi : même combat.

Deux petites perles pour nous. D'abord, Régine Crespin chantant "Shéhérazade" de Maurice Ravel sous la direction de l'indispensable Ernest Ansermet en 1963. Ravel a composé cela en 1904 sur des vers de Tristan Klingsor, membre du fameux groupe des Apaches à la Belle Epoque. L'hallucinant de la chose est que Klingsor est mort au Mans en 1966 à 92 ans alors que j'y étais né en 1964. Cela me chamboule de savoir que j'ai vécu dans la même ville (oh, si peu) que quelqu'un qui fit la claque pour défendre "Pélléas et Mélisande" de Debussy lors de sa première à Paris en 1902.

Debussy encore. Il est avec Richard Strauss une des influences majeures du compositeur italien Ottorino Respighi qui composa ce "Il tramonto" ("Le coucher de soleil") ou se mèlent les cordes d'un quator et celles, toute vocales, d'une mezzo-soprano, ici, la croate Sena Jurinac. C'est magnifique de liberté, de nonchalance et néanmoins précis, ça respire on ne peut mieux. Et pourtant une mélancolie peut nous saisir. D'où vient-elle ? C'est le soir.

Allez donc ecouter les oeuvres en entier au lieu de vous curer le nez.

mercredi 5 novembre 2014

Des chemins étonnants.

Elle était bien jolie, Mireille, quand Emmanuel Berl l'épousa dans les années 30. Ils étaient doués pour la vie et le bonheur tous les deux, chacun à sa manière, chacun dans son domaine. Mireille écrivit plus de six cents chansons, Berl fit une brillante carrière d'intellectuel pratiquant des routes parfois peu carrossables, des "Petits chemins". L'une finit par lancer Françoise Hardy lors de son fameux "Petit conservatoire", l'autre par être interrogé par Patrick Modiano pour un beau bouquin. Ca aurait pu se terminer encore mieux car Modiano écrivit des chansons pour Hardy, une des plus belles femmes des sixties, mais non, ils ne se marrièrent pas. C'est certainement dommage, car Dutronc est un con qui n'est qu'un épigone de son parolier Jacques Lanzman, et puis le fiston, Thomas, quelle purge ! Enfin, revenons aux brillantes années trente où Jean Sablon, impeccable crooner français créa ce petit chef d'oeuvre qu'écrivit Mireille et que je me permets de dédicacer à G.
Après, une grande sauterelle dont toutes les Rock-Stars anglaises et américaines furent amoureux. On sait qui emporta le morceau, malheureusement.

jeudi 30 octobre 2014

Led Zeppelin V

Je ne connais aucun autre groupe qui ait cet effet émolient sur les masses. Tout le monde les écoute, ce sont des superstars, ils sont blindés de pognon et ça n'a jamais déclenché la moindre petite polémique même en 1976-78, à l'époque ou Johnny Rotten et ses Punks se balladaient avec des tee-shirts "No Rolling Stones this year". Je veux parler de Led Zeppelin. Ce groupe de satanistes bon chic bon genre a toujours généré un sorte de consensus mou en dépit de l'étiquette "Hard rock" qui leur est accolée. A mon humble opinion, cet engourdissement général et cette avalanche de dollars viennent du fait que l'on a avec eux à faire à une parfaite bande de parfait crétins servant une soupe tiède à des crétins aussi parfaits mais plus passifs au niveau de la production musicale. Le rêve adolescent de n'importe quel kid de la Middle-Class américaine trouvant une expression unique dans l'emballage de la plus belle fille du lycée sur "Stairway to heaven" et la descente d'une bouteille de bourbon sur "Whole Lotta Love" passé huit fois à la suite. Waouh, cool Dude !
Le P.D.G de T F 1 avait jadis fait scandale en avouant innocemment le but de sa chaîne de télé : "Faire de la place dans les têtes pour Coca-Cola." Led Zeppelin c'est pareil, ça fait aussi de la place pour Coca. Mais ça marche aussi dans l'autre sens et Coca fait de la place pour Led Zeppelin qui a fini  par dégager invariablement, chaque année qui passe, une véritable manne sans que ses musiciens survivants aient grand-chose à faire, des nouveaux parfaits crétins rachetant encore et encore les albums du groupe dans tout les formats possibles et imaginables. Je me demande pourquoi on a pas encore penser à faire un Led-Zeppelin-Land, parc à thème consacré au groupe de Heavy-Metal preféré des 7 à 77 ans.
(Regardez bien la photo ci-dessous, derrière Barack Obama il y a un clown effrayant. Ils sont partout !)

mardi 21 octobre 2014

Emmanuel Carrère : le fils à maman de l'Académie.

Cet an-ci on parle beaucoup d'Emmanuel Carrère et de son dernier bouquin "Le Royaume". Autant lui régler son sort maintenant, ça évitera d'y revenir quand il aura reçu le Goncourt (avec un autre bouquin, apparemment c'est encore raté pour ce coup-là). Carrère n'écrit pas, il fait ses devoirs, ce n'est pas la même chose. Dans les devoirs toute la nécessité est extérieure, toutes LES nécessités sont extérieures, même celle des sujets (pour Carrère, c'est simple il prend ce qui s'impose à lui dans le tout venant de l'actualité ou de ses envies, sans trop renacler, sans trop réfléchir, il appelle ça "Flairer un bon sujet") alors que chez l'écrivain la necessité d'écrire est toute intérieure, c'est là qu'elle naît, grandit et finit par se matérialiser dans le geste d'écrire. Carrère veut écrire, un écrivain ne peut rien faire d'autre. Modiano, qui est un très grand écrivain, n'a jamais eu beaucoup à se demander ce qu'il allait écrire et à chercher un sujet qui puisse intéresser les Goncourt, la matière est là, en lui, il l'agite parce qu'ELLE l'agite, et arrive ce qui doit arriver, des livres. Et des bons. Ca ne vient pas tout seul, il faut travailler bien sûr, et même plutôt deux fois qu'une, car il ne s'agit pas de dire une SEULE connerie, tout l'édifice du livre s'éfondrerait; mais le travail de Carrère est d'un ordre différent, scolaire, il applique les méthodes du bien écrire à la française inusables depuis deux ou trois siècles, que moults écrivains de renom à leur époque, aujourd'hui oubliés ont usés jusqu'à la corde raide. Ca s'appelle de l'académisme et ça plaît aux femmes de mauvaises vies (cheminée, chat, tricot) qui sont le plus gros du contingent des lecteurs en France.
Mais ne soyons pas chagrin aujourd'hui et penchons nous sur "l'Usage du "Monde"", un texte court de carrère paru en 2002 en supplément du journal du même nom et qui est d'une telle bêtise qu'on ne peut qu'être d'abord étonné puis rieur devant un tel deballage d'inanités. Dans ce court opus, ce n'est pas une connerie qu'on lit mais toute une avalanche qui nous emporte. Je vous le conseille vivement, c'est poilant.

vendredi 10 octobre 2014

Contre Duchamp


 L'autre jour dans la version web du journal Le Monde, je lis ces mots sur Marcel Duchamp :
"Soucieux à chaque instant de sa vie et de sa carrière de réinventer la peinture, il confiera : « Je voulais m'éloigner de l'acte physique de la peinture. J'étais nettement plus intéressé à recréer des idées dans la peinture [...]. Je voulais remettre la peinture au service de l'esprit. »"
Une toile de Duchamp accompagnait cette petite citation, celle-ci.
On ne peut rêver tableau illustrant plus précisément un propos. Voilà des formes coupées de leurs racines sensibles, désincarnées. Une peinture qui va à l'encontre même de ce qu'est la peinture : un acte du corps qui engage toute la personne, y compris l'esprit. Une peinture qu'on dira mentale. Voilà le contre-sens de Duchamp, un contre-sens qui va alimenter tout le 20eme siècle, celui de la déconstruction. Il n' y a pas là "l'Esprit des Formes", cher à Elie Faure, mais un esprit qui cherche, sur la toile, à ne pas faire forme, à attaquer la peinture dans ce qu'elle a de plus vivant et de plus émouvant. L'émotion, voilà l'ennemie de Duchamp, il n'y en a pas beaucoup dans les parties d'échec qu'il affectionnait, pas plus dans sa peinture. Reste sa cohérence, indéniable, une rationalité folle qu'il mènera à terme, sa dernière oeuvre s'intitulant du nom d'un des chaînons d'un raisonnement logique "Etant donné". Quoi ?. Pour Duchamp, il n'y a pas de réponse et l'oeuvre reste à jamais close sur elle-même, énigmatique. Quand il est mort, Picasso a eu ces mots : "Il avait tort". Et effectivement, il faut choisir, on est du coté de Duchamp ou de celui de Picasso. On ne peut pas bouffer à ces deux râteliers diamétralement opposés. Je suis du coté du Grand Maître espagnol des formes du siècle passé et des autres mordus de la toile émouvante, qui joue avec l'ouverture sensible et module des infinités de formes pour nous tous, pour notre plaisir et notre gouverne. Le geste d'insensibilisation de Duchanp a eu beaucoup d'héritiers, qui le font (de commerce) et le refont sur un cadavre qui n'arrête pas de bouger car indéfectiblement vivant. Laissons ces charognards remplir leurs comptes en banque et festoyer à ce qu'il croient être un enterrement. Toujours, partout, sous mille formes, la peinture renaît. Nous renaissons.

jeudi 9 octobre 2014

Les bases de l'anglais tel qu'on le parle ou apprendre en s'amusant.

Vous voulez faire plaisir à un américain moyen ? Je sais bien, ça paraît improbable maintenant, mais mettons que, par extraordinaire, vous vouliez faire plaisir à un américain moyen. Parlez-lui de base-ball. Là-bas, c'est LE sport. D'ailleurs, on ne joue au base-ball qu'aux Etats-Unis et dans les pays qui constituent leur orbite d'influence le plus restreint et le plus fort : Cuba, Japon, Mexique. Le base-ball a longtemps été et reste le sport le plus médiatisé aux States, ses stars épousaient des étoiles Hollywood, comme Joe DiMaggio l'a fait avec Marilyn Monroe et la finale du championnat américain, qui s'appelle humblement les "World Series" est toujours un événement d'envergure nationale. Elle se joue en sept manches au mieux (au pire) et, du fait de ce morcellement, réunit moins de téléspectateurs que le Superbowl. Mais en audience cumulée je suis sûr qu'il y a plus d'américains à regarder les finales de base-ball, surtout si elles opposent des équipes rivales depuis toujours comme les Red Sox de Boston et les Yankees de New-York (plus de cent ans de prises à la gorge mutuelles).
Bon, après ça, il y a un truc à savoir : le sketch comique le plus connu et le plus vu et revu au States est un délire génial d'Abbot et Costello sur le base-ball. Si vous arrivez à parler de ça à un américain, il sera plus que content, il sera aux anges. Bon, je vais le mettre. Pour le comprendre il faut connaître le base-ball et bien parler anglais; une fois que vous serez au point là-dessus (je vous fais confiance), écoutez, regardez et marrez-vous. Je vous donne des indices, Abbot a une équipe de base-ball et trouve que les joueurs ont de drôles de noms "Woo's on the first base. Watts on the second et Idontknow is on the third.... "(les "bases" sont les coins d'un carré par lesquelles il faut passer pour faire un tour et gagner) mais Costello ne l'entend pas de cette oreille ("Who's on the first base ? What's on the second ? I don't known is on the third...") il est très terre-à-terre Lou.
On essaye ?

lundi 6 octobre 2014

Toutes les années sont importantes.

Pour donner une suite un tant soit intelligente au post précédent je vais mettre plusieurs vidéos. Tout d'abord, je vais rendre un hommage simultané et appuyé à Bob Mould et Grant Hart en mettant deux morceaux de leurs faramineux premiers albums solos. Si vous êtes un peu mélomane, je pense que vous allez ressentir la qualité des deux extraits.
Bob mould : "Whishing Well", précédé du très mélodieux "Sunspots".

Grant Hart : "All of my senses" Du grand (H)Art. Ça me fait frissonner à chaque fois.

Et puis j'ai dit que la reprise de "Wonderwall" par Ryan Adams était bonne Je la mets donc.

samedi 20 septembre 2014

Joujou poétique.

Je propose un jeu. Voici un texte, un poème. Tel quel, il n'est pas terrible. Il y a au moins sept façons de l'améliorer pour en faire un truc à peu près présentable. J'attends vos suggestions dans l'espace réservé aux commentaires ci-dessous. Le  conseil qui consiste à me dire de le déchirer, de le mettre à la corbeille et d'en écrire un autre ne sera pas accepté. Il faut bien partir de quelque chose, celui-là n'est pas nul mais il demande à être repris. Ça sera un poème participatif.

Cela fait bien longtemps
Qu'on ne m'a rien donné
Que des coups et des insultes

La caresse et le baisers se refusent à moi
Je n'ai pas une tête pour ça
Je paye toujours le du exact
Et c'est moi qui fait l'effort de la prise
J'ai beau prier Dieu qu'il fasse de moi
Un de ceux qu'on aime
Je suis toujours faible
Encombré de charité et de pitié
Qui font de moi moins qu'un chien
Moins qu'un rat, comme une merde

Où est la caresse subreptice
Du revers de la main sur la joue
Qui ne claquera pas comme une gifle ?
Où est le sourire qui ne mord pas
fendant la pièce d'un air frais
Jusqu'à celui qu'il veut atteindre ?

Dans l'ordre des choses
J'espère l'accident qui me fera fort et
Donné tous les butins du pillage
Mais je m'étouffe de rage et
Mon cœur essoufflé se brise
De n'être embouché
A aucune âme sauf vilaines
Et souhaitant ma mort
Qui m'entourent et m'écrasent

Moins qu'un rat, moins qu'une poussière
Déjà, avant le terme redevenu
Comme avant la mère
Le sang froid gelé dans le corps
L'oeil torve tourné vers le dedans
Tout incurvé par les insultes et les coups
Que Dieu lui-même avec les autres
Me donne sans compter

Tout vient à celui qui vit sans prier
Et celui qui meurt lentement et rampe et glisse
A tort de demander autre chose
Qui ne fait qu'aggraver son sort
Idiot ! Parfait abruti qui geint !
On ne donne d'Amour qu'à celui
Qui n'en demande aucun
Et n'en ressent pas le chagrin


mardi 16 septembre 2014

God save Americana

On aurait tort de penser que les Rolling Stones ont réinventé la musique américaine entre 1968 et 1972 et qu'ils l'ont laissée aux bons soins des dits américains un rien sonnés par le cadeau. Les Stones ont inventé la musique des Stones et c'est tout. Ils l'ont même figée dans le marbre et n'ont jamais plus pu se débarrasser de la statue colossale qu'ils avaient eux-mêmes érigée. D'ailleurs personne ne leur a demandé cela, si ce n'est le cours de l'Histoire, qui coule et se fige, progressant par a-coups. En tout cas, il demeure que la musique américaine a eu besoin de l'aiguillon de la british invasion pour stimuler une génération de musiciens plein de fougue qui ne demandaient qu'à prendre les rênes du business et de leurs rêves. Le réveil fut à l'aune du pays : géant. En tant qu'artistes, les rockers plus grands que nature et meilleurs instrumentistes que les Stones et leur rata, c'est eux, c'est les Américains. C'est là-bas que l'on trouve Lynyrd Skynyrd, les Doors, Jefferson Airplane, Captain Beefheart, Dr John etc, etc, etc..
J'aime à citer Little Feat comme groupe de musique américaine pur jus. Les voici live en Angleterre justement, emmenés par le charismatique et génial Lowell George. Ca suinte le bon Rock mieux que chez les britishs des Faces. Mick Taylor, en rupture de ban des Rolling Stones, ne s'y est pas trompé qui est venu ferrailler avec George en un duel de slide-guitar assez épique. (Si vous ne souhaitez écouter qu'un seul morceau, je vous conseille "Red streamliner", juste après "Apolitical blues"(avec Mick Taylor justement), c'est à la 48eme minute et c'est vraiment bichonné.)

Aussi juteux sont les Canned Heat. Avec un petit avantage, ils étaient à Woodstock, concert faramineux dont la vidéo ci-dessous est extraite. Rien ne pouvait arriver de mal pendant ces trois jours de "Paix, de Musique, et d'Amour."
Bob "The Bear" Hite vire le videur qui voulait dégager le spectateur monté sur scène et continue de chanter bras-dessus bras-dessous avec l'intrus. Al "Blind Owl" Wilson, complètement perché alimente tout le monde en électricité. Pure magie au soir tombant.

mercredi 6 août 2014

Profession : "Artiste en émotions."

Dans "Mémoires d'un tourisme", Stendhal, très à son aise dans ce genre libre du livre de Voyage, écrit ceci à propos d'un fait divers qu'on a fait raconter à un des convives de la soirée à laquelle il était convié et dont il sort : " Et moi, en rentrant dans ma chambre, je me donne la peine d'écrire cette histoire. Elle est rigoureusement vraie dans tous ses détails, mais a-t-elle un autre mérite ? Dans ces moments de philosophie rêveuse où l'esprit, non troublé par aucune passion, jouit avec une sorte de plaisir de sa tranquilité, et réfléchit aux bizarreries du coeur humain, il peut prendre pour base de ses calculs des histoires telles que celles-ci.
Telle est leur unique supériorité sur les romans, qui, arrangés par un artiste en émotions, sont bien autrement intéressants, mais en général ne peuvent servir de base à aucun calcul"
Ici, "l'artiste en émotions", c'est lui, bien entendu, qui s'est inspiré d'un fait divers pour écrire "Le rouge et le noir". Il dit la grande supériorité de la Littérature sur la Philosophie. Là où le philosophe "calcule" sur la condition humaine et ratiocine, l'artiste en rend compte par des émotions, tous ses calculs à lui déjà faits et digérés en un Art, c'est-à-dire une magie qui transmet, ce qui fait que la Philosophie fait ronronner comme un gros chat auprès du feu et que la Littérature éveille l'étincelle de l'intérêt. Toute une vision du Monde passe en un roman, un songe calculateur fait un livre de Philosophie. D'un coté, l'on est ému, de l'autre on jouit : d'un coté on tombe sur des calculs, de l'autre sur des romans. Je choisis mon camp ; je suis à jamais aux cotés de Stendhal contre, mettons, Sartre : du coté de ce qui vous laisse pantois et vibrant, contre celui de l’assujettissement de l'Art à la laideur d'un "message" idéologique, à jamais contre Flaubert, que je laisse mariner avec celui qui a le mieux parler de lui, le père Sartre justement. Ce n'est pas parce qu'on fait une crise de neurasthénie à 17 ans (Flaubert) et qu'on en ressort blindé de cynisme que l'on fait un grand écrivain et Stendhal est un bien meilleur artiste que lui car il a épousé quelques courbes même de la Vie et qu'il nous les "rend" sans pareil,
auteur précieux s'il en est !

Gérard Philippe et Danielle Darrieux, sans doute un des plus beaux couples formés par le cinéma, Art, vaille que vaille.

mardi 1 juillet 2014

Robert de Niro goes down !

L'autre jour, je ne sais pas ce qui me prend, paf ! une nostalgie de cinéma. J'ai eu envie de revoir la tronche de Jack Nicholson jeune, avant "Batman", avant "pour le pire et pour le meilleur", avant "Mr Schmidt", à une époque de cinéma. Oh, il était déjà bien amoché, le cinéma, mais enfin, il avait de beaux restes. Le problème est que le feu ne faiblissait pas et que le ragoût commençait à coller au fond à force de réduire. Donc, je surfe un peu, à peine, et je tombe très vite sur ce qui suit, la fin de "Five easy pieces" avec Karen Black, disparue récemment et dernière héroïne d'Hitchcock. Le flip intégral.

Et puis je tombe là-dessus. " Le dernier nabab". Je n'aime pas beaucoup Elia Kazan, il a souvent été malhonnête et je déteste sa direction d'acteur, mais le film (son dernier) est bien et ça fait du bien de voir de Niro se faire casser la gueule, surtout par un meilleur acteur que lui. Je vous laisse juge. Theresa Russell joue magnifiquement son rôle.

J'aurais pu mettre les scènes ou il affronte Brando dans "Missouri Breaks". Ces acteurs et actrices sont vraiment tous très bons, même de nos jours ils sont bons, il y a des bons scénarios dans tous les coins à Hollywood et il y a surtout des montagnes de pognon, ça pourrait être le pied mais non, tout a changé cependant et tout est devenu irrémédiablement nul dans le cinéma américain, d'une pauvreté intellectuelle et artistique absolue qui fait qu'un débile (un vrai débile, attention) comme Tarantino passe pour un metteur en scène alors qu'il est juste un cinéphile à qui on a donné les clefs de la morgue. Vous voulez une scène de commande dans un Diner qui ne soit pas un Soap-opéra bodybuidé qui hurle qu'il faut l'écouter alors qu'on entend que lui ("Pulp fiction"), une scène de commande qui sente la Vie, le rance, la mauvaise humeur, voilà, c'est aussi tiré de "Five easy pices".
Même ce con de Scosese faisait des bons films !