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lundi 22 janvier 2018

Guido Guidi : riche photographe pauvre.

Guido Guidi photographie des drôles de trucs. Presque rien en fait, des machins en bouts, pratiquement nuls. L'objectif délibérément pointé sur l'à-coté, ce qui ne sature pas l'image de sens, ce qui n'en fait pas une forme gorgée de jus, de bon jus à vendre à sa mémère, de "la belle image", comme on dit. Il appuie sur le déclencheur après l'instant décisif, revêche, ou avant. Et ce qu'il montre est ce qui fuit le regard et se trouve tout à coup visible, trace qui s'efface presque, s'apprête à disparaître. Il est sur le point de fuite Guidi, il va tomber dans le néant, il s'arrête au bord et fait une photo. Ca dure des heures, c'est un instant, ça existe. Tout est là, vu, montré pour une fois, une fois unique qui percute l'oeil plus que tous les bombardements de publicité de merde. Le regard propre, Guidi photographie les yeux ouverts. C'est devenu rare. Il y a tellement de balises partout qui disent quoi faire et comment. Là, on se lave les yeux, on s'ébroue et on reprend vie et corps avec lui, comme on le ferait auprès d'un peintre. Sauf que c'est de la photo et que l'urgence de l'instant même est mise à distance, à distance humaine, celle où on commence à voir quelque chose (vous savez ce qu' Hemmings voyait dans "Blow-up" d'Antonioni et qui s'acharnait se cacher au profit du profit). Le nerf optique de la guerre se repose cinq minutes, la compulsion d'achat s'apaise, le temps arrive (par l'Est), il s'installe et on voit ce qui suit, tout bonnement, simplement, vraiment.

Évidemment, en dessous, c'est en italien. Vous ne comprenez pas l'italien ? La belle affaire, moi non plus ! Et pourtant rien ne m'échappe de ce qu'il dit et fait. Ah, je ne suis pas la moitié d'une buse !

jeudi 12 juin 2014

Guido Guidi au Mondial !

Jean-Luc Godard dit dans un entretien au journal LeMonde que "le cinéma est un oubli de la réalité". Comme d'habitude Godard ne dit que la moitié de la vérité, laissant croire ainsi, par la grâce d'une formule plus ou moins heureuse, qu'il est un sage ou un mage qui la possède toute entière. Il est malin. En fait, le cinéma est un oubli de la réalité dans le rêve, c'est la Photographie qui fait disparaître le réel au point qu'il en devient sur les clichés que l'on voit, oublié, ou absent. Pour ré-articuler le rêve du cinéma et la réalité simulacre, il va falloir, effectivement s'y mettre à plusieurs, comme le conseille Godard, mais, comme toujours, chacun dans son coin. Les rêves, c'est seul.
Pour la photo, le problème est : comment voir quelque chose au lieu du rien habituel ? Certains répondent par la géométrie, l'instant T du pittoresque transcendé en icône, le pictorialisme, le fantasme. Tout cela satisfait l'oeil, d'une certaine manière, mais pas longtemps, par éclair, par flash ; ce sont de petits orgasmes rétiniens. Le photographe Italien Guido Guidi a décidé lui de photographier le presque rien, l'anecdotique pour qu'il apparaisse en plein et de son plein de droit de domination sur 99% du réel et qu'il nous saute ainsi à la gueule. Et voilà que l'on voit soudain ce qu'on ne voyait pas, ce qu'il y avait à voir. Des exemples ci-dessous.





C'est sublime : il n'y a rien, on voit tout, alors que d'habitude, il y a tout et on ne voit rien. Faites l'expérience. Dans un mois, essayez de vous rappeler d'une photo du Mondial, il ne vous restera rien. Essayer de vous rappeler un des clichés de Guido Guidi, je serais bien étonné si aucun ne vous revenait en tête.