En matière de Rock il est quelques phares qui balisent de loin en loin le destin de cette musique tripale et enthousiasmante, malsaine et vivante. Iggy Pop en est un et un maousse. Je ne sais pas ce que je serais devenu sans l'influence déterminante de Pop et des Stooges. Je serais probablement mort en implorant un quelconque pardon d'un Dieu hypothétique. La matérialité brute du Rock et son esprit explosif et vivifiant m'ont sauvé d'une fin insensée. Aucune philosophie ne tient la route face à cet hymne rageur tiré du dernier album de Pop. Dieu lui-même se casse en catimini. Comme il le dit lui-même dans ce disque : "I'm nothing but my name." James Newell Osterberg Jr, dit Iggy Pop. Moi je ne veux pas de pierre tombale avec mon nom dessus. Rien. Je veux disparaître. Le monde à venir sans moi est une autre histoire, qui ne m'intéresse pas, qui ne me concerne pas. J'ai trop à faire avec l'actuel. Je veux juste qu'il y ait des fleurs, des coquelicots, des marguerites à l'endroit où je serai enterré et où les vers feront leur travail. J'espère que j'aurais fait le mien. Du mieux possible.
En attendant j'envoie chier tous les minables qui font leurs comptes avec Iggy dans cette déclaration de haine fraternelle :"Paraguay"
Mais où se cache le Hard-Rock ? Oh ! il n'est pas bien loin. Tapi dans l'ombre il attend l'heure de ressortir ses griffes et de repartir à l'assaut des mortels consentants pour fissurer les esgourdes et réduire à néant des montagnes de neurones imbéciles à coup de décibels; hurlant, ravageant, semant alentour les orgasmes sonores et la tristesse qui va avec.
Bon, même si on est pas près de me voir au festival de Clisson (Le Hellfest), rassemblement de bisounours cloutés et percés, j'ai toujours eu un faible coupable pour cette musique détonante. Ce qui me sidère, entre autre, dans les groupes de Hard-Rock c'est le savoir-faire musical hallucinant des musiciens, qui, quand il ne tombent pas dans une technicité vaine, sont capables d'envoyer leur sauce piquante avec une maestria plutôt réjouissante et, somme toute, emballante. Je mets ci-dessous trois exemples de ces chatoiements rudes qui titillent l'oreille agréablement et permettre de se perdre dans la musique à fond les gamelles (comme on disait de mon temps) avec un brio qui emporte aussitôt l'adhésion.
Deep Purple : "No, no, no." en répète avec un très bon son. Incroyablement virtuose et swinguant.
Kyuss : "Space cadet". Dans la grande tradition des morceaux lents et acoustiques (ou presque) des groupe de Hard-Rock, Ici, Kyuss à la manoeuvre, le premier groupe de Josh Homme des Queens of the Stone Age, inventeur du Rock stoner
Deux titres du groupe plus récent 1000mods, cryptés, hypnotiques, jouissifs. Ces gars font du travail au noir, souterrain, plein d'humus et de groove salingue : "Vidage" et "Electric carve".
A part ça ? Ben, il y a lui. Il sait parler aux femmes, aux jeunes en particulier. C'est le même en fait, sous deux pseudos différents. Qui ça ? Le Diable bien sûr. Y'a que lui et les anges pour chanter de cette façon.
Marrant. J'ai mis un peu de temps a m'en rendre compte mais Mark Ronson, producteur de variétés angliches plutôt bon, a fait un sacré boulot sur le dernier Queens of the Stone Age. Il a enlevé toute la graisse qui enveloppait chaleureusement leurs bons albums et les compositions de Josh Homme s'en trouve allégées, comme épurées d'une gangue qui devenait fatigante à supporter. Plus Pop ? Pas vraiment, plus aérées je dirais, ça reste Rock. On peut entendre sans se lasser les chansons du groupe enfin redevenues "basiques" alors qu'ils avaient fait un effort surhumain pour sonner comme un 35 tonnes, ce qui était une bonne idée mais aussi une impasse. Je vous conseille l'écoute du très bon live qui suit, les gars ont gagné en tranchant, en spontanéité, ils sonnent comme jamais. J'avais vu Them Crooked Vulture en concert au Zénith de Paris et c'était plus possible une telle lourdeur, un tel surpoids (bon, c'était avec ce con de bassiste de Led Zep, groupe haïssable, il est vrai). Je suis sûr aussi que Josh Homme y va moins fort sur les drogues et les adjuvants, ce qui fait qu'il est pointu, le bougre. Mais qu'est devenu "le gras" des Queens ? Et bien, il se balade dans les égouts de Londres et est surnommé "Fatberg". Il est immonde et finira, paraît-il, au musée. Beurk ! (Quoi ? le Musée ?) A part ça, je pense souvent à Donald Fagen, la moitié survivante de Steely Dan. Il est triste, c'est certain. Fera t-il un autre album ? Pour exorciser sa peine, c'est ce qu'il a de mieux à faire. C'est un créateur, il le fera. Il y a un live intitulé 'Live in America", un live "officiel", qui permet de se rendre compte de la qualité musicale incroyable des chansons composées par le duo Becker/Fagen. Allez-y jeter une oreille de ma part.
Bon, hier soir je me suis un peu excité à propos d'Iggy Pop. Chacun sort de la dépression comme il peut. Là, je suis plus détendu, moins énervé et je m'attendris à mesure que je me calme, tant et si bien que je vais vous mettre une vidéo de Pop et son groupe actuel qui est plutôt bonne. Iggy y est touchant avec sa patte folle et ses muscles de vieux qui commencent à pendouiller. Il fait son numéro habituel mais MAINTENANT, c'est-à-dire qu'il est toujours dingo et gueulard mais aussi plus calme, plus posé, il est plus en contrôle. Donc il ne fait pas vieux singe qui s'imiterait mais Iggy Pop à 70 ans, esseulé, toujours chargé de lourdes blessures, mais plus d'équerre, pas droit, mais d'un biais qui tient bien debout encore cette fois avec nous. C'est déjà pas mal quand on vient d'où il vient et quand on est passé par où il est passé. Moi, je dis qu'Iggy Pop et "Plus belle la vie" ne sont plus tout à fait inconciliables. Naaaan, je déconne !!!
Vous voyez, à la fin du morceau, Iggy est tellement gentil avec son public qu'il dit que le savon qu'il vient de lui passer n'a rien de personnel, et que plus il les fréquente, plus il les aime. C'est mignon. C'est Iggy Pop MAINTENANT et, tout compte fait, c'est mieux pour lui et pour nous.
J'ai écouté d'autres morceaux du concert. C'est audible sans déplaisir, même plutôt bien et, je le répète, touchant.
Il est comme moi Iggy Pop, il est fatigué. Plus que moi, même. Faut dire, il a tout essayé ce garçon. Il a sombré dans les pires excès, les pires dépravations et quoi ? Qu'est-ce qu'il lui en reste de toute sa vie de chien fou ? Il a été heureux peut-être, un petit peu. Il a été malheureux, beaucoup. Il a fait du rock destructeur, avec les Stooges ou en solo, d'une négativité inégalée et qui demeure une référence absolue pour tout rocker un peu digne de ce nom (en gros, rocker ça veut dire péquenot mal dégrossi/mauvais garçon mais gentil au fond). Ensuite, il a essayé de sortir de ses travers extravertis en se rachetant une conduite d'amateur de potin binaire de qualité sur quelques bons albums qui passaient bien sur les chaines Hi-Fi. Puis, pour se survivre, je suppose, il s'est mis à s'auto parodier en légende du proto-Punk-Rock indestructible et mouillant à grand coup d'albums torse-poils aussi ineptes que nombreux. Il n'est jamais parvenu à s'assagir totalement (eh, eh !). L'électricité, il a ça dans le sang. Tout mettre sur dix et foutre le bordel avec des mécaniques à bruits diverses. Il a changé, quand même, il est devenu un peu plus tristounet avec l'âge, moins enthousiaste à se flinguer, un peu pervers pépère à la sortie des classes mannequins à Manhatan à se tirer sur la nouille comme un con. Fallait bien passer le temps. Il a fait une chanson avec Françoise Hardy ("Mon amie la rose" ?), un album tiré d'un bouquin de Houellebecque qui s'appelle "Préliminaires" (le con, presque trente ans après le coup de massue qu'était "Pénétration, le voilà qui s'occupe de futilités), un autre de reprises de chansons françaises. On s'occupe, on s'occupe. Et puis son pote Asheton des Stooges est mort. Lou Reed est Mort. David Bowie est mort. Tous ses amis sont clamsés, il s'emmerde, il n'a plus rien à dire à part "Fuck" comme d'habitude mais il déprime sec et il est un chouïa moins virulent qu'avant. Un gros Chouïa. Je le comprends, je compatis même, je me sens comme lui. Et d'ailleurs, tout comme moi, c'est un véritable chien, incapable de ne pas aboyer, par prudence. Alors, il va tenter un dernier geste ou presque, en s'entourant d'une bande de bons musiciens et compositeurs et sortir l'album "Post-Pop depression" ou comment survivre un petit peu dans un monde de cons et que l'on est soi-même moribond depuis presque un demi-siècle? comment faire pour faire un pas en avant de plus, encore un, jusqu'au Paraguay, puisque c'est là qu'il dit vouloir aller mourir ? Putain, mais c'est bien ça, mais pourquoi pas le Paraguay, les mecs ? Si ça se trouve, il n'y jamais foutu les pieds et c'est un ailleurs possible pour lui. Puisque rien ne dure, puisque soi-même on change d'année en année jusqu'à une non-permanence permanente, déguisée en cerceuil, puisque la bonnasse qu'on s'est tiré à 18 balais est une rombière imbittable et que les autres bonnasses de 18 ans ne sont que des bonnasses de 18 ans de merde, puisqu'ailleurs, c'est ici et inversement ou peu s'en faut, puisque que même David B. est mort, puisque le thé vert a presque le même goût que le thé noir et que de toute façon le thé c'est un truc de fiottes angliches mais qu'il faut pas le dire, eh beh, mais pourquoi pas aller tirer sa révérence au PARAGUAY, les mecs ?Le PARAGUAY c'est le Paradis Perdu des rockers ! Si ça se trouve on se foutera enfin la paix, hein, Iggy ? Et puis vas te faire foutre pauvre débile !!! Ouarf ! Ouarf ! C'est le dernier morceau que j'écoute de toi !
Iggy Pop : "Paraguay"
Les paroles (bonnes) :
Wild animals they do
Never wonder why
Just do what they goddamn do
(Yeah)
Wild animals they do
Never wonder why
Just do what they goddamn do
I'm goin' where sore losers go
To hide my face and spend my dough
Though it's a dream, it's not a lie
And I won't stop to say goodbye
Paraguay
Paraguay
See I just couldn't take no more
Of whippin' fools and keepin' score
I just thought "well, fuck it man"
I'm gonna pack my soul and scram
Paraguay
Paraguay
Out of the way I'll get away
Won't have to hear the things they say
Tamales and a bank account
Are all I need, so count me out
Paraguay
Paraguay
I'll have no fear
I'll know no fear
So far from here
I'll have no fear
Tra-la-la-la-la-la-la-la-la-la-la-la-la-la-la-la-la
Tra-la-la-la-la-la-la-la-la-la-la-la-la-la-la-la-la
Tra-la-la-la-la-la-la-la-la-la-la-la-la-la-la-la-la
Tra-la-la-la
Tra-la-la-la
Tra-la-la-la
Tra-la-la-la
Wild animals they do
Never wonder why
Just do what they goddamn do
There's nothing awesome here
Not a damn thing
There's nothing new
Just a bunch of people scared
Everybody's fucking scared
Fear eats all the souls at once
I'm tired of it
And I dream about getting away
To a new life
Where there's not so much fucking knowledge
I don't want any of this information
I don't want YOU
No
Not anymore
I've had enough of you
Yeah, I'm talking to you
I'm gonna go to Paraguay
To live in a compound under the trees
With servants and bodyguards who love me
Free of criticism
Free of manners and mores
I wanna be your basic clod
Who made good
And went away while he could
To somewhere where people are still human beings
Where they have spirit
You take your motherfucking laptop
And just shove it into your goddamn foul mouth
And down your shit heel gizzard
You fucking phony two faced three timing piece of turd
And I hope you shit it out
With all the words in it
And I hope the security services read those words
And pick you up and flay you
For all your evil and poisonous intentions
Because I'm sick
And it's your fault
And I'm gonna go heal myself now
Yeah!
Tout à l'heure j'ai pleuré en écoutant "Hello" d'Adèle...Et quoi ! je suis triste et c'est bien naturel. Je m'essuie les yeux, je tiens bon, je me soigne. En l'occurence avec deux blues atypiques (comme moi) que je vais mettre ici en écoutant Bruce Springsteen chez Georges Lang s'époumoner sur "Santa-Claus is coming to town". Vous ne saviez pas que le Père Noël allait venir faire un tour en ville ? Ben si. En attendant, tiré du très bon film "Performance" de Nicolas Roeg, un blues du Diable interprếté par Mick Jagger.
Et ça, "Scumbag Blues" ("le blues du sac à merde." Tu te sens concerné ? Non ? Tu devrais.). de Josh Homme avec Dave Grohl et John Paul Jones.
Moi, je tiens à peine debout cet an-ci...alors, pour ceux qui s'en sentent le courage...
En fait n'importe qui voulant se donner un peu de ouache peut entonner cette chanson même les gars de l'E.I. Sauf que ces mecs-là ne comprendront jamais le coté furieusement souriant et aimant de la chose. Ils ne sont que haine et bêtise.
Stand
In the end you'll still be you
One that's done all the things you set out to do
Stand
There's a cross for you to bear
Things to go through if you're going anywhere
Stand
For the things you know are right
It s the truth that the truth makes them so uptight
Stand
All the things you want are real
You have you to complete and there is no deal
Stand. stand, stand
Stand. stand, stand
Stand
You've been sitting much too long
There's a permanent crease in your right and wrong
Stand
There's a midget standing tall
And the giant beside him about to fall
Stand. stand, stand
Stand. stand, stand
Stand
They will try to make you crawl
And they know what you're saying makes sense and all
Stand
Don't you know that you are free
Well at least in your mind if you want to be
Everybody
Stand, stand, stand
Et puis tiens, le très bon album des Queens of the Stone Age, "Rated "R"" dont le leader, Josh Homme est le batteur habituel des Eagles of Death Metal qui passaient l'autre soir au Bataclan sans lui. Le premier morceau tacle un peu au niveau de la carotide, on s'en passe aisément, après ça c'est du nanan. Quelles étranges harmonies !
Ca ne matche pas, ça ne fait pas sens. Un groupe de Rock plutôt rigolo qui prône un fun un rien trash mais assez jubilatoire, vraiment pas sérieux; des jeunes gens qui prennent leur dose d'amusement et d'éclate dans un concert; un match de foot entre deux vieilles nations ennemies maintenant rabibochées à la vie à la mort; en cette fin de semaine des jeunes bobos qui prennent des pots en terrasse chauffées de bars ou le demi est à 5 euros minimum (et après, où est le mal ?) et puis ça qui tombe, qui chute comme une pierre de 10 milles tonnes, les balles qui raflent les vies, des "croyants" qui se font sauter pour une cause innommable, un Dieu qui, de toute façon s'il vient à nous juger tous, ne pourrait en aucun cas trouver ce qu'ils font dans les clous; des fous qui mettent en route une machine infernale à dérailler dans ce monde si plein d'amertume et où l'amour fait déjà cruellement défaut. Ca ne colle pas, rien ne justifie cela, cette haine, cette bêtise, cette violence aveugle, ces massacres stupides, ni la décadence de la civilisation occidentale, ni une religion défigurée et glaçée, ni le Temps qui passe sans solution évidente pour nos âmes et nos corps. Oui, c'est compliqué, oui c'est dur et souvent plus que dur, mais rien ne justifie ces attentats perpétrés par les pires des fumiers, les plus salopards des pourris. Alors, je réécoute le dernier Eagles Of Death Metal et j'attends que ça me tombe sur le coin de la gueule à mon tour. Je me dis que si je vois le coup venir j'aurais mon mot à dire mais ce n'est que de la forfanterie et du sens tronqué. Non, il reste simplement que ce morceau, un beau matin (peut-être demain) me mettra de bonne humeur.
Ce soir c'est le soir et toi avec moi
Et tu viens me voir, tu viens ouh la la
I love you all the time
Tu me réponds pas, ah dis-moi pourquoi
Just say au revoir, again me voilà
I love you all the time
I can tell by that look in your eye
You're looking and all you see is another guy
I can tell you're gonna take your love away
I can tell by that look in your eye
You're looking and all you see is another guy
I would beg if I thought it would make you stay
I would beg if I thought it would make you stay
I would beg if I thought it would make you stay
Le Rock n'Roll est vraiment un fantasme de puissance mis en scène, donc satisfait et pas grand-chose d'autre. On s'attendrait à ce que "Les Aigles du Métal de la Mort" ne faiblissent devant rien sur cette terre et ils se volatilisent de la scène du Bataclan au premier coup de feu. Le retour au réel a été très difficile pour les spectateurs du concert, il est raide pour tout le monde ce matin, surtout que les médias vont vite faire de ce réel un mauvais film, un mauvais clip. Entre-temps, il se sera passé quelque chose sur lequel on aurait peut-être pu penser une sorte d'armistice de la démagogie et penser tout court. Ce sera tout le contraire. Reste l'Horreur majuscule et l'ineptie des métaphores guerrières du Rock, la bande-son bien au point des atrocités normales. Oh, je n'en veux pas au Rock d'être une fiction, les fictions sont nécéssaires pour appréhender le monde, je lui en veux d'être aussi fragile alors qu'il se prétend martial et parfois aussi pauvre (que ça, que moi).
Billy Gibbons, encore imberbe, avait été adoubé en son temps par Jimi Hendrix qui lui avait dit (en gros) : "Ok, petit, tu sais jouer." Il était comme ça, Jimi. Quelques années plus tard Gibbons et son groupe, ZZ Top, sortaient un album "killer" qui fut numéro un peu partout dans le monde et dont pas moins de cinq singles furent extraits. On frolait la frénésie "Thriller" de Michael. Cet album s'appellait sobrement "Eliminitor, un titre qui venait se rajouter à l"'Interceptor" de Mad Max et qui attendait le "Terminator" et le "Prédator" de Schwarzenegger. C'était comme ça les années 80, man, des noms qui finissaient en "or". Massif. Bon, connerie mise à part, il y a sur cet album un blues électrique suintant la pluie nocturne sur la ville vidée et le désespoir à gorge sèche tout à fait convaincant. On dirait un truc de Black, acoustique qui plus est, c'est dire. On comprend pourquoi Josh Homme, des QOTS, est un fan de Gibbons. Faites donc connaissance avec l'"Eliminator", si tu ne frissones pas, t'es mort. "I need you tonight".
Bonus track : issu du même album l'hypnotique et futuriste (pour l'époque, là, on y est) "TV Dinner".
Certes, je n'ai pas le monopole de la Tristesse mais j'ai la rue de la Paix, les Champs Élysées avec sur chacune de ces cases quatre hôtels, autant dire que si tu tombes dessus t'es mort. T'auras à peine le temps de commencer à pleurer que tes larmes arroseront les racines des pissenlits.
Au fin fond des années 90 gît une B.O. de film effrayante, celle de "La nuit du jugement", série B sans grand intérêt. Chaque morceau voyait s'associer un groupe de métal (ici Faith no more) et des stars du rap (Boo-Yaa T.R.I.B.E.) pour des morceaux sanguinolents et hantés. Certaines nuits, je regardais, les vidéos sur M6 et ce truc-là ("Bang your head!) me foutait un peu les jetons. Je les ai vus en concert les Boo-Yaa Tribe, les mecs plaisantaient pas. Eux et moi, on avaient pas tout à fait le même vécu. Mais je ne suis pas un tiède, et malgré tout, le bassiste et le rappeur arrivaient aussi à titiller une certaine rage. Le terrain était assez propice, faut croire. Heavy Soul...
Les Queens of Stone Age ont un problème ; un gros ; ils sont devenus mauvais. Ce problème a un nom, celui de leur leader : Josh Homme. Josh Homme est un type qui a de l'épaisseur. Il suffit de le voir. Il aime ça, l'épais, le "thick". Pour lui, plus c'est épais plus ça a de consistance, plus ça a de valeur. Le gras, ca n'en a pas, le maigre n'en parlons pas, il lui faut du collant, du gluant, du Pento au litre. Et ça a marché pendant quelques temps. D'abord avec Kyuss, puis avec les Queens of the Stone Age, à partir d'un matériau assez basic, Josh Homme a commencé à empiler les couches et les couches de son pour arriver à une texture bien épaisse qu'on a appelé "Rock Stoner". L'acmé de cette façon de créer ou l'accumulation de strates tient lieu de construction, se trouve sur l'album "Songs for the deafs", le très bien nommé. Tellement fort que même les sourds pouvaient l'entendre. Ouais, ouais, ouais, seulement après, que faire ? Quand on a atteint un tel degré d'épaisseur, ça fige, ça stagne, ça prend. Comment se dégager ? Et bien, Josh Homme a fait ce qu'il devait pour accéder à un peu plus de finesse, il a commencé à enlever des couches, à épurer, à chiader un peu plus ces compos. C'était sa seule issue. C'était le début de la fin, et ça n'en finira pas de finir, sans plus de regain, c'est aussi sans issue. Car Homme ne l'a pas ce talent là, le talent du maigre, du fin, celui d'aller quelque part à partir de presque rien et de s'y tenir sans construire d'autoroute (pour l'Enfer ou assimilé). Il n'est pas Mac Cartney, encore moins Nick Drake, et même pas Elton John, venu le narguer sur le dernier album en guest star tout à fait appropriée quand on sait le talent de John pour faire des pièces montées avec pas grand-chose, et des beautés rares avec quelques accords nus.
Donc Homme dévalera la pente de l'épaisseur jusqu'à nous faire des albums acoustiques d'un nulle finesse sur lesquelles tout le monde s'extasiera (sauf Bob Dylan). C'est prévisible et comme de juste, ça sera mauvais. Pour les Queens ça fait déjà trois album que c'est mauvais. Avec les "Them Crooked Vultures" (Homme, John Paul Jones, Grohl), c'était encore pire. En Art, il est des impasses, il est des fins de non-recevoir. De part ce qu'il aimait et cherchait, Josh Homme est au fond d'un trou qu'il a lui-même creusé, soigneusement et avec réussite. Il n'en sortira plus.
Donc : une bonne chanson dans son genre : l'épais, presque l'épique. "I need a Saga."
Keep on playin' our favorite song,
turn it up, while you're gone.
It's all I've got when you're in my head,
and you're in my head, so I need it.
Il ressemble un peu à Elvis, Josh Homme. En tout cas, frappadingue, comme le King. Mais très talentueux aussi.