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dimanche 6 janvier 2019

Pour Lucebert. La vie dicte sa loi de sang, d amour et de mort et j'ai foi en elle.

L'autre jour je suis tombé par hasard sur la vidéo ci-dessous. Elle évoque le travail et la mémoire d'un peintre hollandais du groupe COBRA que je connaissais pas : Lucebert. Je l'ai trouvee belle, comme la peinture de Lucebert et donc je la mets ici. J'aime beaucoup les peintres de ce mouvement du nord de l'Europe (COpenhague -BRuxelles- Amsterdam) qui voulait dépasser l'opposition abstrait/figuratif et rendre le courant même de la vie. On voit Lucebert peindre (c'est génial), on voit ses ateliers, ses maisons, même l'ultime, après sa mort, remplie d'enfants. C'est vraiment très touchant.
ATTENTION. Je préviens les personnes un peu trop sensibles et les défenseurs de la cause animale, dans ce documentaire on voit une biche ou un daim se faire saigner. Pour les autres, ceux qui sont au fait, entre autres de la manière dont la viande arrive dans leur assiette ça ne devrait pas poser de problème.
Ca a été filmé en trois fois, en 1962, 1966, 1994, après la mort du peintre et ça s'appelle " Temps et adieu" et la musique est de Willem Breuker.

mardi 26 juillet 2016

Miho Kajioka à La Gacilly.

Bien souvent, sur une photo, on ne voit rien. Le "visuel", avec ses formes, ses couleurs, sa composition, emporte toute la tête et la faculté de voir. La vue est une chose délicate, qu'on devrait protéger par de la pénombre, des persiennes tout le temps, des lumières indirectes. Et bien sûr, pas d'ECRAN. Mais l'homme est un voyeur et il aime sa propre sidération comme il aime sa propre damnation. Il aime ce qui est fort, trop fort pour lui, et il aime en mourir, il trouve ça glorieux.
Aucune chance de mourir devant les photos précieuses de Miho Kajioka que l'on peut voir à l'expo annuelle de photographies de La Gacilly (35) qui s'y déroule chaque été, mais toutes celles de se régénérer les yeux. Miho Kajioka nous met sous le nez de délicates effluves de temps, évanescentes, quasi invisibles et que l'on voit cependant très bien dans leurs présences diaphanes, dans leurs actualités lointaines et atemporelles. C'est qu'elle a fait du photo-journalisme. Le choc des photos, elle connait, la saturation, l'esbrouffe. Après Fukujima, elle s'est intéressée à l'ineffable, à ce qui fait à peine effet sur la sensibilité de la pellicule. Un travail méticuleux de mémoire, qui si elle veut rester vive, ne doit pas s'épuiser dans la retape. Ici, tout est délicatesse technique qui amène à ressentir l'équivalent d'un souffle tiède par un soir d'été près de la mer, instant béni qui fait venir les larmes, on ne sait pourquoi, et l'apaisement, un rien inquiet. Ce sont dejà des vieilles photos. Non, qu'elles ne disent plus rien à personne, au contraire, elles ont la patine de l'ancien qui revient "neuf", relavé à la source. C'est un rude labeur que celui de Miho Kajioka, et bien singulier, qui lave le regard et dit notre vie et notre mort
Quelques clichés de Miho Kajioka :

mercredi 8 juin 2016

Jeux de mains....

Au bar de mon patelin je serre pas mal de mains. A force de se voir, on se dit bonjour, on se fréquente quoi, on se parle un peu. Il y a la poignée de main de la patronne d'abord, avec sa main petite et dodue, comme celle d'un bébé, qu'on pourrait écraser facilement d'ailleurs; il y a celle de Michel, celle de Serge, celle de Néness, celle de Nono, celle de Patrick, qui tend ses doigts mais ne les referme pas sur les votres; toute différentes, toutes significatives. Mais ma préférée c'est celle de Félix. Félix passe tous les matins sur les coups de onze heures pour faire son Quinté. Il étudie, il se remue les méninges, il compose, recompose des ordres, des arrivées plausibles, monstrueuses, ineptes et il fait de l'humour franc du collier en baratinant gentiment avec tout le monde et en distribuant des conseils pas chers -et même gratuits !- aux turfistes qui lui parlent. Mais d'abord, il vous a serré la main et c'est énorme !
Félix n'est pas grand mais il est campé bien droit du haut de ses plus de soixante et dix ans, il a le torse bombé et, bizaremment, il ne serre pas la main de face, sauf à de très rares personnes qu'il estime hautement (je n'en fais pas partie). Il se met de coté et sa main à lui, qu'il tend, est presque parallèle à son corps, elle s'arrête à un moment et il faut aller la chercher avec sa propre main, la glisser dans la sienne, qu'il laisse entrouverte et là avec sa puissance contenue et controlée, une force énorme dans sa main musclée, il exerce une pression amicale toute douce qui ne souffre aucun échappatoire. Et il sourit d'un large sourire un peu édenté. Voilà. Voilà donc comment Félix me baise à chaque fois que je le rencontre. Il a une main faite pour les femmes ce Félix, à l'exacte pression érotique qui doit les laisser chancelantes et qui me laisse ravi, car il y a là une chaleur un peu rouée (consciente, on va dire) mais non-feinte tout de même et qui m'enchante moi qui suis encore un enfant, un homme très sensible, presque une femme, parfois.
Ci-dessous, un Félix encore plus vieux que le mien !

mercredi 11 novembre 2015

Chat perché.

Quelqu'un a dit : "Dieu a inventé le chat pour que l'homme puisse caresser le tigre." J'aime bien cette phrase, elle dit quelque chose de vrai : la noblesse, le coté altier, parfois méprisant du chat dont un regard posé sur vous peut dire toute la commisération qu'il porte à notre ridicule condition d'être humain. Et pourtant, quel compagnon rassurant et digne de confiance il peut être, venant de son plein gré cherchez caresses ou nourriture, libre, jamais contraint que par son humeur du moment ou un besoin qu'il nous enjoint de satisfaire. Et nous nous plions avec joie à ce joug amoureux, nous autres, amis des chats, de tous les chats. Et ces moment de sommeil partagé ! Combien sont-ils précieux ! Il parait que les chats sont bons pour les gens qui ont des problèmes cardiaques. C'est surement vrai. J'ai connu des chats qui étaient aussi un remède aux peines de coeur et qui venaient se lover contre vous humblement et sûrement pour vous reconforter. Un des bruits les plus apaisants que je connaisse est le ronron calme du chat et aussi ses soupirs qui accompagnent parfois son sommeil. Combien il est seul et grave alors, et à notre merci ! Colette disait se souvenir de tous ses chats et chiens mais pas de tous ses amants. Je n'ai pas oublié mes amantes mais dans mon coeur blessé, la pensée de mes chats est plus douce et plus aimable. "Il est fou", direz-vous. Oh, de moins en moins, de moins en moins...
Et maintenant l'ignoble Ted Nugent dans un play-back de "Cat scratch fever". J'aime bien le rock aussi, même dans ses formes les moins nobles. (Ce truc a quand même été repris par Motorhead.)

samedi 24 octobre 2015

"Maureen, viens mourir dans mes bras."

Maureen O'Hara vient de mourir à 95 ans. Mémoire, mémoire, que viens-tu me chanter à l'oreille ? C'était qui Maureen O'Hara ? C'était quoi ? Quand le plus enfantin des réalisateurs (Spielberg) de cette cour de maternelle friquée qu'est devenu Hollywood rend éternelle l'enfance du héros par l'intermédiaire d'un Christ venu d'une autre planête, il tombe sur quoi ? Sur John Ford batissant sans relâche un mythe américain, donc un truc sans âge, avec John Wayne et et ...Maureen O'Hara. Maureen O'Hara c'est l'Histoire en marche en personne, avec un grand "H", d'Hollywood et des USA. Une image, un cliché, une statue, un mythe, donc. Ce ne sont pas les africains qui sont de grands enfants, ce sont les américains. Et ils ont de ces jouets !!! Hollywood, c'est leur plus beau joujou. Un truc à couler de ces bronzes, plus hauts que ceux de Staline, jusqu' à en remplir les parcs d'attractions ras la gueule. Avec ça, il passent dans le monde entier pour des gentils garçons et de gentilles filles. Et ça ne date pas d'hier ! Le pays entier est tourné vers le futur, le pays entier a la gniaque et les boules, le pays entier à 6 ans d'âge mental. Des vrais fous furieux. Font peur, ces cons. Maureen o'Hara est morte, le mythe; du vent, un miroir, un homme, l'orage, la violence, l'amour. Emballée, c'est pesé. Comme au cinéma. Moi, je tente d'oublier tout ça en mangeant des cuisses de grenouilles.

mardi 20 octobre 2015

Le chasseur de daim.

Il n'y a pas que Deerhoof dans la vie, il y a aussi Deerhunter, phalange pop nommée ainsi d'après le nom du film de Michael Cimino avec Bob de Niro et Chris Walken ("Voyage au bout de l'enfer" en français !). J'ai découvert ce groupe il y a quelques années avec le titre "Helicopter" tiré de leur album "Alcyon digest". C'est vraiment beau et je le mets ci-dessous. Bradford cox, le leader du groupe, souffre du symdrome de Marfan, comme Joey Ramone, une saloperie qui bouffe le coeur à moyen terme et vous donne de longs membres qui n'en finissent pas de grandir. Alors, le nouveau titre de Deerhunter s'appelle "Living my life" (je le mets encore en-dessous) et je suppose qu'il faut l'appliquer à Cox et que vivre sa vie doit être assez compliqué. Il a cependant l'air d'avoir trouvé un ami canin et calin et sa musique est belle et fraîche. Serait-il un "freak" heureux ? Sa vie serait-elle moins chahutée et moins sombre que celle de son frère en maladie Joey Ramone ? Je lui souhaite bon vent, à cet humain déjanté par Dame Nature, et je lui dis, de "freak" à "freak", que je prends un grand plaisir à écouter le dernier album en date des Deerhunter : "Fading frontiers". (C'est le moins qu'on puisse dire en ce moment, à moins que ce ne soit l'inverse...merde...Elles se reforment ?..). Bradford, si tu m'entends...

Le clip qui suit est merveilleux, Cox en sait un bout sur les minéraux, croyez-moi. Quant à moi, les images de minéraux (et celles de taches d'encre) remplaceraient toute la peinture surréaliste que çela ne me générait pas. Ah, l'expressionisme, c'est une autre paire de manches !

mardi 8 septembre 2015

"Loneliness is such a drag" J. Hendrix.

Alone. Seul. Ce que je souhaite désespérement ne pas être et que je suis toujours, ne pouvant pas faire autrement que de me réfugier dans ce que j'aimerais fuir. Forçé, contraint par un système nerveux defaillant . Ah, il n'y aura pas grand-monde à mon enterrement, ça c'est sûr. Je ne suis pas d'accord avec Jacques Brel quand il dit que "l'homme est un animal parfaitement seul", désolé Jacquot mais c'est faux ça. Certaines personnes fragiles, craintives au contact, oui, en général, non et c'est bien comme ça. De toute façon il était con Jacques Brel.
Il y a cette phrase de Jim Morrison aussi : "Music is your only friend...Until the end..." Ca c'est vrai, ça peut arriver qu'il n'y ait plus que la musique. Moi, ça m'arrive même assez souvent. C'est pareil, c'est bien comme ça.
Je vais mettre une vidéo là, c'est les Ohio Players extrait de leur meilleur album, "Honey" et ça s'appelle "Alone", justement. Après, je mets l'album en entier parce que les Ohio Players sont un groupe absolument sans équivalent dans l'histoire de la musique funk-rock et qu'il fait bon les écouter un peu sur la longueur. Non, vraiment, c'est excellent et les pochettes de leurs albums sont biens aussi, bonnes pour la santé. Enfin, je crois.
Alors, "Alone".

Et l'album "Honey" .

mardi 28 juillet 2015

Ce qui était tombé pour ne plus se relever.

Maintenant c'est leur tour. Ils vont devenir énormes.
C'est tendu, nerveux, catchy, malsain, un rien pompeux, névrosé, attirant. La suite, c'est pour eux.

Enorme ? HENAURME !!!

dimanche 26 juillet 2015

Diddley Daddy

Peut-être est-ce ma complexion mentale, peut-être même est-ce une maladie, où alors c'est juste un goût ? mais je ne vois rien de plus jouissif que ça à voir et à écouter. Non, c'est trop fort chez moi pour être simplement un goût. Ca m'emporte la tête, littéralement, je fonce dans l'espace, agité de soubressauts de plaisir, dératé, cuit, énervé. Je ne vois pas ce qu'il y de mieux, de plus beau sur cette planête. Le riff, le rythme, le cri, la danse, la frime, le jeu de jambes, le son, la race, la virulence, les gestes, les fringues, le sex-appeal, l'agressivité, la folie, la vie. Ca c'est ce que j'aime, ce que je suis. Ca, c'est meilleur que l'art, que le sexe, peut-être même plus fort que l'amour, ça, ce sont les Dieux qui se sont penchés sur le berceau d'Orphée et qui lui ont dit  : "Tu enchanteras les hommes !"
Bo Diddley et son combo dans une version minimale et intersidérante de "Roadrunner".

mardi 7 juillet 2015

Pour lire les poètes.

Un appel lancé, une petite exhortation à lire les poètes, les si doux, les si violents, les si fondamentaux poètes. Pour avoir le coeur chevillé à la nuit, fut-elle atroce et même midi fut-il déporté à minuit, ceux là connaissent la lumière, les ombres, les tonalités, le partage de ce qui est l'obscur et de ce qui est la clarté et le voyage à faire de l'un à l'autre, incessamment. Leurs mots sont des chalands, leurs vers des mélopées qui accompagnent nos efforts et nos déroutes et les transportent avec nous à l'autre bout de la Terre, qu'ils font venir à nous, docile et insaissable, sauf à l'écouter dans leurs voix, tout le long, du Levant au Couchant, lors d'un eveil bref et salutaire aux signes. Ce sont les uniques défricheurs de ces signes qui marquent notre espace, notre temps et nos fondations. Témoins des mises en Histoires, des Temps d'avant même, des Temps sans poètes et puis de la marche, de l'indicible souffrance et du bonheur sans égal, des tumulus des rois morts aux points impairs de la bête à bon Dieu, de tous les tempéraments plus quelques clefs pour les comprendre. Chanteur insasiable d'un écho humain donné au pied de l'Olympe qui fait trébucher les âmes et leurs juges toujours trop prompts à ne pas entendre les singuliers qui se disent ou se taisent mais sont là, nous. Ecoutez ces chant languides ou fulgurants qui disent nos noirceurs et nos éclairs et les étayent en une maison commune où le mystère nécessaire, juste entraperçu, comme par un geste contre (somme toute une défense) ou un sourire est à l'abri de toute tentative de captation fallacieuse et d'autarcie. Un poète jamais ne donne de conseil, je n'en suis donc pas un pour donner celui de les lire. Ce ne sont pas les mauvais poètes qui manquent, c'est lire les bons qui est important. Lire Léon-Paul Fargue, gardien de notre nuit de par sa veille salutaire et des hauts feux de la ville de Paris dans les cafés qui la défient. Fargue, toujours conscient de la nuit, toujours la fouillant pour y trouver ce que l'aube n'apporte jamais et en ramenant des trésors d'esprit clairsemés de brumes et des peines de coeur coupantes comme un rasoir à main. Le travelo qui tangue, est la marque la plus sûre d'un chant transcendé et humain qui est aussi celui du veilleur de nuit qui quitte son poste à l'hotel pour répondre à une quémande, du fort-des-halles qui porte une carcasse ou du gamin qui  rêve et,  Ô malheur, entend sa mère l'appeler pour le petit-déjeuner. Immense poète lyrique et terre à terre, ras de bitume, plutôt, Fargue fut un poète "considérable", comme ils disait de ceux qu'il aimait et un chroniqueur exceptionnel du tout venant lu au prisme des plus rares Humanités. Il est là, on l'écoute. Parfois, le ton est assez pompeux dans la diction, c'est faire une erreur, lui qui avait peut-être la verve de Rabelais, en tout cas, son appétit (qui a dit que Rabelais mangeait beaucoup ?) et son regard net. Alors, le poète raconte et dit une singulière génèse.

lundi 18 mai 2015

Gilles Aillaud : Animal, on est mal !

Cet après-midi, je suis allé voir une exposition consacrée à l'oeuvre du peintre Gilles Aillaud. On dit qu'il appartient au courant né en France dans les années 60 et qui s'appelle la Figuration Narrative mais voilà ses toiles sont muettes et ne racontent aucune histoire, contrairement à celles de Monory, Rancillac, Schlosser. Elles représentent toutes, du moins pendant une bonne partie de sa carrière, des animaux dans des zoos : des otaries dans des bassins, un orang-outan suspendu à des anneaux, une fosse aux lions morbide. C'est étonnant et énigmatique car la sensibilité du spectateur est bridée, voire annulée. Les animaux ont un violent pouvoir expressif chez les humains, qu'on les prenne comme symboles ou simplement pour ce qu'ils sont, une manifestation de la vie si proche de la notre. Cousins dont la proximité est évidente, ils ne laissent personne indifférent. Gilles Aillaud sait parfaitement "rendre" des animaux dans des attitudes vivantes, "parlantes", comme en témoigne les magnifiques dessins de ce qu'il a appelé "Encyclopédie de tous les animaux, y compris les minéraux", oeuvre colossale et splendide de son âge mûr, mais dans ses toiles c'est autre chose qui se met en place, il y la mise en oeuvre d'une négation de la sensation et de sa naissance dans l'histoire que le tableau met toujours en branle dans son jeu de forme. Ici, les barreaux des cages des animaux; les animaux eux-mêmes ni heureux ni malheureux, neutralisés: les couleurs mates, cliniques; les angles, ouverts sur rien empêchent les sens d'être touchés, sollicités, l'émotion d'arriver et le seul sens produit est celui du silence angoissé et d'une impossibilité du discours de la peinture. Plus loin, des aquarelles légères comme des plumes montrent le talent incroyable de Aillaud pour susciter des émotions simples face à des horizons marins plus ouverts même si peut-être aussi problématiques quand ils semblent parfois clôturer le dessin, ce qui, au passage, en dit long sur la maîtrise de l'artiste, qui ne se laissera aller aux grands espaces qu'à la toute fin de sa vie. Enfin, voilà une peinture bien problématique pour la sensibilité et qui en appelle à l'intelligence pour, non pas sortir de, mais comprendre l'aporie, l'impasse qu'elle désigne, qu'elle dessine. Les oeuvres ont toujours quelque chose à dire, elles questionnent souvent les conditions de leur propre discours, là elles nient sa possibilité même, ce n'est tout de même pas banal. Et n'est-ce pas inquiétant ? Fort heureusement, Gilles Aillaud est aussi un homme qui traite d'autres sujets et sur un autre mode. Moi, ça me fait du bien mais il est vrai qu'un rien m'angoisse.




lundi 23 mars 2015

Visions extrèmes.

Faire de la peinture figurative c'est être cruel. C'est coucher sur la toile quelque chose qui résiste, le réel, le dompter, lui arracher un secret. La peinture c'est le "devenir image" du réel qui s'oppose par sa profusion, son énoncé indescriptible, inénarrable, son encombrement essentiel. L'ordre vient donc et le plan et le secret qui se dérobait : la vision. Tout peintre figuratif est un visionnaire, l'abstraction est seconde mais naît de ces visions, c'est une vision qu'on pourrait croire sans socle réel. C'est faux, c'est toujours au réel que les formes sont arrachées, volées, comme le feu par Prométhée. Seuls voient ceux qui ordonnent à leurs yeux de voir, qui appliquent des règles, mêmes celles du chaos. L'idiotie de l'Art conceptuel vient du fait qu'en faisant appel à l'intelligence pour agencer notre vision, il a été cru par certains qu'il valait bien mieux agencer des idées que des formes. C'est une aberration. L'Art est intelligence, il ne fait pas appelle à elle, il est chiffrement et déchiffrement, il n'a nul besoin de code, il les contient, il les excède. Car il ne faut pas oublier qu'au bout de la formule se trouve la Magie. Depuis le paléolithique l'Art est, par essence, magique. Il ne faut pas y croire pour le voir, il suffit de se rendre disponible et viendront les apparitions.
En voici deux d'un peintre peu connu car mort trop jeune, en 1870, Frédéric Bazille. C'est sauvage. Il ne prend pas de gants et pourtant c'est délicat. Paradoxe d'un peintre qui fait rendre quelque chose au réel qui se refuse parce que justement, il est une chose, et que les hommes y voient autre chose, qui les concerne, eux et les Dieux.


jeudi 19 mars 2015

L'avortement sans même y penser.

"Les députés suppriment le délai de réflexion pour une IVG." Le Monde, édition du 19/03/2015.
Ne plus réfléchir, ne plus penser, légiférer. Partout, éliminer la part du doute, chasser la pensée, la traquer, la ramener dans l'ombre, au plus lointain de soi. Etre sûr, sûr et certain, expérimenter un acte d'achat signifiant, réussi, une récompense aprés le travail répété, rabâché, automatisé, bien fait. Courir derrière la machine, la mettre soi-même en marche, la suivre, allumer la télé, faire comme c'est indiqué. Film de cul. Film d'action. Le mode d'emploi, pas de chômage, pas de risque d'être oisif, vivre une expérience gratifiante, l'acte d'achat réussi dans la galerie commerciale. Acheter des dessous sexy comme ceux du mannequin, bouger, danser comme dans le clip, baiser comme sur Youporn, la jouissance qui vient, dormir, mourir, se réveiller la tête dans le cul. Le foetus, qu'on ne sent pas, qui grandit, trop vite, plus de règles, "les règles" ?!? Bébé encombrant, trop encombrant pour une tête normale, un beau corps normal. A la poubelle. Petite intervention chirurgicale, plus de problème, pas de problème. L'avortement, une expérience de vie réussie, un instant signifiant pour tous, hommes et femmes, banal, joyeux, évident. Moi aussi je l'ai fait, comme les copines, comme toutes les ados, devenir femme et jouir à nouveau, prendre le pénis dans la bouche, l'éjaculation sur le visage, comme ça, et parfois dans le cul. Dans le sexe, par habitude, pour commencer, et finir, achever. Pourquoi pas ? Une preuve d'amour ? Mets-là où tu voudras. Ça va aller dans les toilettes, détruit, grillé, essoré, une vie, petite vie. Ne pas remettre au lendemain ce qu'on peut faire dans l'instant, sans réfléchir, sans se prendre la tête. Le cul, l'achat, les fringues, l'alcool, grands déjà, morts déjà, vivants. Pas de morale, vas chier avec ta morale, rien ne m'arrête, rien ne peut le faire, rien ne doit le faire. C'est sans conséquence, fluide, sans importance. Libres, totalement libres de faire ce qu'on veut que je fasse. Ce qui prévient est compliqué, ce qui empêche est complexe, trop complexe et pas intéressant, pas jouissif. Boire trop vite, jouir trop vite, oublier très vite. Avortement ? Une expérience de vie réussie, REUSSIE. Je suis un animal bien dressé.

D'après la député PS qui s'occupe des droits des femmes à l'Assemblée Nationale, ce délai de huit jours entre les deux visites médicales obligatoire pour une femme souhaitant une IVG était "Infantilisant et stigmatisant". Un peu comme quand on dit avant les deux tours des Départementales qu'il faut y réfléchir à deux fois avant de voter FN, c'est ça ?

mardi 10 mars 2015

Comment les chats miaulent-ils en japonais ?

L'île d'Aoshima au Japon. Plus que 20 habitants et 120 chats. Un vrai petit paradis pour les amis des petits félins dont je suis. Les chats, c'est spécial. Ce n'est pas attaché comme un chien à son maître mais c'est intelligent et câlin. Un chat peut très bien s'escrimer à vous remonter le moral. Il flaire la mélancolie à l'oeuvre et se love sur vous comme s'il sentait votre coeur battre et l'écoutait, et comme s'il voulait l'apaiser. Un chat se vexe si on se moque de lui après un raté. Il va secouer un peu la tête de droite à gauche, se lécher les babines en faisant comme si on était pas là, regarder les moqueurs, penaud, et tourner le dos ostensiblement devant aussi peu de mansuétude. Les chats aiment les boites, passionnément. Ils veulent les explorer, les percer à jour, aller au bout de ces tunnels bouchés bêtement. Un chat va venir à vous, se frotter à votre jambe, il a sûrement besoin de quelque chose, et peut-être ne veut-il en fait qu'une caresse, jouisseur jusqu'à la moelle. Un chat a mauvais ou bon caractère, il est brave ou peureux. Les chattes sont maternelles, et agressives si des matous s'approchent de leurs petits, elles connaissent les ruses de ces vieux infanticides. Et là, sur cette photo prise à Aoshima, ils sont quand même assez effrayants à bicher tous au même moment, faussement sages, petits démons prêts à bondir.
Une petite anecdote : un chat m'a un jour apporté la preuve que l'Amour existe. Voilà le topo. J'étais parti une semaine en vacances et j'avais laissé mon chat roux à la garde de ma voisine. Ce chat était un bagarreur, un branleur, il me toisait souvent du regard, il se roulait de plaisir sur les charognes de souris qu'il amenait sur ma terrasse (j'habitais au rez-de-chaussée). C'était un dur. Une vieille dame de ma connaissance m'a dit un jour que les chats roux étaient plus "patrons" que les autres. Ma voisine avait pour consigne d'ouvrir un peu le volet de la porte-fenêtre qui donnait sur le jardin de la résidence le matin, et de le refermer le soir, laissant le chat dehors. Cela ne devait pas le gêner tellement puisqu'il passait toutes les nuits dehors en ma présence. Le jour où je suis revenu de vacances le chat était à la maison, il m'a vu rentrer dans l'appartement du bout du long couloir d'entrée et s'est dirigé vers la cuisine. Je l'ai appelé, j'ai posé mes sacs et je l'ai suivi. Il a fait semblant de renifler un peu sa pâtée, m'a évité alors que j'entrais dans la cuisine et s'est dirigé vers le salon et le volet ouvert. J'ai cru qu'il allait sortir. Et, là, tout à coup, il s'est allongé sur le flanc et m'a donné son corps entier à caresser. Je ne l'avais jamais vu faire ça, et je ne l'ai jamais vu le refaire après. Je lui ai labouré le flanc longuement à pleines mains, je l'ai caressé tout entier, des moustaches à la queue et je voyais dans ses yeux qui s'ouvraient et se refermaient lentement qu'il s'abandonnait entièrement au plaisir des retrouvailles, qu'il chassait ses angoisses de perte et d'abandon sous mon étreinte douce. Il semblait se dire : "Il est revenu, Dieu que c'est bon d'avoir cet humain dans le coin". Soudain, il s'est redressé, s'est ébroué et a quitté la pièce en passant sous le volet, rasséréné, rassuré, insouciant. Je l'ai regardé se faufiler et j'ai pensé que j'étais content de le revoir aussi, et surtout surpris de ce comportement si tendre. J'y repense souvent à ce moment avec un des chats qui ont peuplé ma vie. Un moment unique. Une preuve, oui.
Un chat heureux à Aoshima :