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mardi 9 août 2016

Poésie et Rock n' Roll. Tentative d'arrangement.

Vent idiot
Qui m'ébouriffe les cheveux
Courbe les tiges et ne répands
Aucune senteur
Aboie sans visiteur
Vent insensé
Qui souffle sur lui-même
Ne scelle aucune alliance
Ne porte aucun pardon
Vent dément
Qui maltraite les rimes
Et le sens des mots
Qui se maintient sans direction
Vent sans rose
Dépeuplé des semailles
Inerte dans la tourmente
Qui ne fait gonfler
Aucune voile
Vent de crachin de sable
Vent nul
Qui poursuit son ombre
Qui ne réchauffe aucun feu

Dans les lointains
Aux frontières du pays
S'étend la plaine où tu es né

Retourne veiller sur tes rocailles
Et laisse briller les signes
Laisse aussi les oiseaux
Prendre le souffle de l'air
C'est le soir, cesse
De t'étaler à cette table
D'en balayer les reliefs
Rends-nous la place d'êtres
Vivants dans la bise fugace
Boréale ou d'Autan qui choisit
Avec nous et nous aide.


jeudi 26 mai 2016

Fin de la lutte continue dans le triomphe d'un matin.

Mes larmes ont ce goût-là. Le même goût depuis l'enfance.
Donné par l'apreté du combat, l'acharnement à faire mal, l'envie de vivre, l'envie de mourir, le sentiment de perte qui serre la gorge dès le commencement, la déchirure intérieure, le manque de repos, la fatigue guerrière, les insomnies d'effroi, l'usure prématurée, l'impression de suivre un ordre précis qui n'est pas le mien, les contraintes contraires, l'oblique à redresser sans fin, le charivari constant, toutes ces choses et bien d'autres qui ont laissé mon coeur blessé à jamais.
Ennio Morricone, génial.

dimanche 20 mars 2016

Tout le monde à terre, c'est un casse, bande d'enfoirés !

L'autre jour, je parlais de Dick Dale avec un ami. Nous sommes bien peu à écouter du Dick Dale aujourd'hui... Ah si, parfois quelqu'un passe la B.O. de "Pulp Fiction", du clown Tarantino, et "Misrilou" de Dick Dale jaillit dans une paire d'enceintes ou un casque, sans que la personne qui écoute sache vraiment qui joue de cette manière unique de la guitare électrique. Ce n'est pas si grave et toutes les routes mènent au Rock même les plus improbables. Voici une impayable version "exotique" de "Misrilou" par le plus improbable des chanteurs "exotiques" français, le juif turc Dario Moreno, successivement intronisé brésilien, égyptien, italien, mexicain, arabe et même... turc ! Vous avez du mal à l'imaginer en redneck ? C'est que vous manquez d'imagination. Ne vous inquiétez pas, les arrangeurs de Moréno en avaient pour vous !

Mon Youtube me propose d'enchainer avec ce qui suit. Pourquoi pas ? Moi, je ne m'en lasse pas. Quelle classe, ces ploucs !

Pas bégueule, j'enchaine avec une scie métallique imparable d'une autre fratrie qui, bizaremment viens du même pays que celle qui précède, Une terre de contrastes, assurément !

En fait les Ramones sont des émigrés juifs turcs déguisés en rockers punks américains pour distraire les grincheux qui écoutent les Stanley Brothers, en leurs fournissant des cibles vivantes crédibles à dézinguer dans la joie et la bonne humeur (américaines).

samedi 28 novembre 2015

Du plaisir des arrangements chez Serge Gainsbourg.

Serge Gainsbourg a toujours eu de très beaux arrangements sur ses chansons. Musicien accompli lui-même, il a choisi de travailler avec les meilleurs arrangeurs, des anglais, des français qui lui ont rendu des copies hors du commun, remplies d'excellence et de fulgurances musicales. Je vais mettre deux exemples parmi des dizaines. "Ford Mustang" commence par une note tenue par les violons et cette note va se perdre jusqu'au début du premier couplet. L'effet est majesteux, cette tragédie automobile s'annonce par cette note qui file droit comme une flèche, comme une voiture vers l'horizon, sur une ligne qui bientôt zigzaguera vers son destin forcément fatal. La mort, est là dès le début de la chanson et, à chaque description de ce style de vie qui est aussi une manière classieuse d'y passer, l'arrangeur ressortira un tapis rouge de cordes somptueuses et dramatiques à la Hitchcock pour les deux êtres qui font le texte, se partagent les choses qui parlent (cf "Mythologies" de Barthes) et l'histoire. Mais le coup de maître reste l'intro aux cordes. Ecoutez ça, d'entrée, on est dans le mythe (une droite, en musique c'est une figure de style rare, qui plante un décor tragique) et c'est ce que Gainsbourg voulait pour cette chanson.
Serge Gainsbourg : "Ford Mustang"

Celui-là, d'arrangeur, il est bien connu, c'est Jean-Claude Vannier. L'homme qui a travaillé sur "Melody Nelson" avec Gainsbourg va remettre ça pour la B.O. d'un film réunissant le couple "branché" de l'époque : Gainsbourg, justement, et Jane Birkin. Ce sera le film "Cannabis". Le film n'est pas si mauvais ( et ouais!) et la B.O. est splendide, d'une richesse incroyable. Le thème musical du film - qu'il ait été composé par Gainsbourg ou Vannier, cela n'a guère d'importance - est un Rock psychédélique puissant auquel la version instrumentale arrangée par Vannier rend toute sa justice. Ce qui frappe, et qui se retrouvera dans de nombreux rocks de l'époque, ce sont les deux guitares électriques qui jouent le même solo, absolument écrit, et avec quelle maestria, parfois à l'unisson parfois dans une tonalité différente. L'ensemble est chatoyant, touffu, morbide et correspond exactement à l'ambiance du film, décadent et mortifère. La version chanté, avec les paroles de Gainsbourg est très bien mais je préfère me laisser aller aux arabesques envoûtantes et mystérieuses (si jeunes, si retorses, si vieilles) des guitares de la version instrumentale. Ca pue le shit. Vannier et Gainsbourg, au faîte de leur talent, feront une B.O. complètement en symbiose avec le film. Ils ont construit un autre mythe, encore d'actualité parmi les petits blancs ashishins.
Serge Gainsbourg - Jean-Claude Vannier : "Cannabis".

Bon, je vous épargne "Manon" et "Charlie Brown", démmerdez-vous.

mardi 10 novembre 2015

Lost in music.

Je me souviens d'une musique
Rappelle-toi, mon amie
Ses accents tristes et toniques
Je les chantais pour toi
Dis-moi, t'en souviens-tu ?
Le couplet faisait
"Nous nous marierons bientôt
Et nous aurons des enfants..."
Et à la fin... nous mourrions
Simplement
Tout était rires et fêtes
Nous étions comme deux enfants
Nous étions deux amants
Chante-la pour moi
Mon amie
Tu ne t'en souviens pas ?
C'est bien comme tu as oublié
Tant de chansons furent oubliées
Quand sont morts, douce amie,
Ceux qui les chantaient
Ne t'en fais, tiens-toi calme
J'arrive et je vais mourir aussi



lundi 9 novembre 2015

Dérive à la recherche du cinéma.

Où est le cinéma ? Dans l'actualité ? Chez les lanceurs d'alertes ? Du coté des voyous ? C'est une drogue ? Un signe de ralliement ? Un vadémecum ? Un totalitarisme ? Une bouffée d'angoisse à pas cher le frisson pré-réchauffement climatique ? Une mécanique à jouir, sans âme ni maître ? Des ombres presque immobiles ? Un théâtre (enfin) ? Une grand-messe sans pardon ? Une horreur millésimée ?
Je sais ! En ce moment, le cinéma est dans la musique. Il ne lui reste plus que ça de décent. Les restes sont par trop innomables. Durent un peu les mélodies, au delà de l'orgie. Pianiste les yeux bandés ? Ca ne vous dit rien. Mais si voyons, "Eyes-wide-shut" de Kubrick. Nous en sommes là "Let's fuck" disait Kidman à Cruise. Une drôle d'épitaphe. On s'en contentera. Baisons. Vraiment. Après nous écouterons de la musique. Du delà de nos rêves et de nos désirs...

lundi 8 juin 2015

Bonne nuit, Mr Thornhill !

Alors, reprenons les choses là où nous les avions laissées. Maman vient de me border pour la nuit. De sa bouche qui sent la cerise et qui est si douce elle dépose un baiser sur ma joue. Je ferme les yeux puis les ouvre très vite pour saisir une dernière vision du visage de ma mère dont le profil disparait dans la lumière qui jaillit de la porte de la chambre qu'elle entr'ouvre. Mon père se glisse alors sans bruit par celle-ci et dit "Alors mon bonhomme, c'est l'heure." Je frémis d'impatience. Papa s'assied dans le noir sur une chaise à coté de mon lit et commence à parler "Il était une fois..."Je n'existe plus.  Je n'ai plus conscience de moi, je vois dans mon esprtit les choses que mon père décrit et les héros dont il raconte les actions. Toujours, comme tous les soirs sans exception, il y aura de l'action, du suspens, un bref moment d'angoisse aiguë vite surmonté et un beau dénouement, et aussi, une touche d'humour qui m'arrachera un rire etouffé. Mon père se penche sur moi et m'embrasse sur le front. Il dit "Bonne nuit mon fils." - il sent le tabac - et quitte la pièce. Je ne le regarde pas partir. Dans l'obscurité qui se fait dès qu'il a fermé la porte derrière lui, les silhouettes qu'il a évoquées dans mon âme se mettent à vivre et à danser devant mes yeux en une ronde qui marche à ma guise comme si j'étais le vent soufllant sur les feuilles mortes. Il y a là deux croque-morts ridicules, un cheval qui parle et compte, des monstres tristes de n'avoir pas d'oreilles, des indiens farouches et gros fumeurs, un magicien qui disparait toujours au moment où on croit l'attraper, une créature furieuse qui s'appelle une "goule" et qui revient parfois dans le creux de la nuit noire, une jolie petite fille aux cheveux d'or et aux desseins impénétrables... Cela tourne devant moi, je regarde bien chaque détail et puis mes yeux fatiguent, ils se ferment et je m'endors. Ce qui se passe alors dans ma tête quand je dors semble appartenir à une autre vie, une vie innervée de la vraie mais une autre vie quand même, différente, inaccessible, étrange. Dans cette vie, mes deux parents sont déjà morts plusieurs fois, moi-même, j'échappe à la fin par des subterfuges sans logique ni potentialité, des miracles. Mais dans quel ordre de la réalité ou de la fiction sont vraiment les miracles ? Dans les baisers successifs de mes parents ? Dans les histoires sans fin de mon père ? Dans les songes plus ordonnés qu'il n'y paraît de la nuit et du sommeil ? Quelque chose a été inventé pour décider de cet indécidable et c'est le cinéma. Pourquoi non ? Oui, après toutes les misères de l'existence et les repentirs de la fête qui finit, pourquoi pas un petit film, cette nuit, dans le noir ?

mercredi 30 octobre 2013

En partie(s). 2

J'ai pratiquement été élevé par la télévision. Mes deux parents étaient sérieusement occupés à se détruire. Ça laissait du temps. Et quand il ne se détruisaient pas ils entreprenaient de nous détruire, mon frère et moi. Ça donnait envie de se réfugier "ailleurs". Ça tombait bien, un "ailleurs", il y en avait un à la maison : la télé. Ils nous laissaient voir a peu près ce qu'on voulait. Des trucs pas pour nous, pas pour nos âges. Par exemple ça : "Diaboliquement votre" le dernier film de Julien Duvivier.. Ce qu'il vaut ? Je n'en sais rien. J'ai appris bien plus tard à aimer Duvivier, Senta Berger, la musique de François de Roubaix, à trouver Delon pitoyable, mais à travers d'autres films. Celui-là, je ne l'ai pas revu. Pourtant il fait partie de moi, de mon disque dur. Il est gravé à jamais dans mes circuits neuronaux. Il y a plein d'autres films comme lui, vus à la télé, oui, surtout des films - plus que des séries ou des émissions - qui m'ont marqué, sali, transporté, blessé. Qui s'en souciait ? Qui s'en soucie ? Être un petit pervers polymorphe, ça ne dure qu'un temps, pas vrai ? Ça dépend des films.
Ma phobie de certains chiens vient exclusivement de ce film.

dimanche 7 août 2011

Free advice : Lovers, take you time.

Satchmo en fin de parcours chante John Barry et Hal David sur la B.O. du seul James Bond tolérable " "On her Majesty's secret service" avec Diana Rigg,oui, oui, l'Emma Peel des "Avengers".

La vérité, enfin( du moins en partie )Vas-y Bryan, croone, chante, chante, chante....
You must remember this
A kiss is still a kiss
A sigh is just a sigh
The fundamental things apply
As time goes by
And when two lovers woo
They still say I love you
On that you can rely
No matter what the future brings
As time goes by

Moonlight and lovesongs
Never out of date
Hearts filled with passion
Jealousy and hate
Woman needs man
And man must have his mate
That no one can deny
It's still the same old story
A fight for love and glory
A case of do or die
Though I will always welcome lovers
As time goes by

Moonlight and lovesongs
Never out of date
Hearts filled with passion
Jealousy and hate
Woman needs man
And man must have his mate
That no one can deny
It's still the same old story
A fight for love and glory
A case of do or die
Though I will always welcome lovers
As time goes by

mercredi 27 juillet 2011

Chanteur de nuit

Mon boulot ? Enfonceur de porte ouvertes. Un effort intense pour un résultat bien pauvre. Epuisant.
Mon hobby ? Être le meilleur ami des femmes. Brillant, éclatant, un ou deux crapauds, coupant le verre d'un coup sec, comme ça, chlack !; quelques atomes de carbones étrangement agencés.
Diamant noir.


" J'aime quand un plan se déroule sans accroc...". Et en plus Mademoiselle chante. Bien sur.

samedi 24 juillet 2010

No matter what : moonbeam

Le cinéma a certainement servi à quelque chose, il y a longtemps. Je ne sais pas trop à quoi. Cocteau disait qu'il "permet à des personnes de rêver ensemble dans le noir". C'est peu. C'était déjà pas mal. Ce qui est sur c'est qu'il est mort le jour où des petits malins se sont avisés qu'on pouvait et devait faire de l'"Art" avec ce média. Alors là, ça a été fini tout de suite. De nos jours 99,99 % des films sont mauvais qu'ils soient d'"hauteur" ou simplement des machines à blanchir de l'argent sale. Finis les rêves ensemble et la réalité partagée. Maintenant le cinéma est et hait la réalité, comme il semble que nous nous haïssions nous-mêmes.
Parfois au détour d'une idée portée à l'écran réapparaissent des fantômes de ce qu'a été le cinéma et au travers des visages de Michelle Pfeiffer et Al Pacino on discerne ceux de Déborah Kerr et Cary Grant et même ceux de Charles Boyer et d'Irene Dunne, dérrière Gary Marshall pointe la verve inégalable de Leo McCarey. C'est déjà un miracle que ces fantômes-là reviennent hanter une réalité ectoplasmique aussi éprouvante qu'un cauchemar consenti et recherché. Dans ce bref interstice se donne à voir un ailleurs de l'ailleurs perpétuel où nous habitons, la mémoire nous revient et on se dit qu'il faut oublier et recommencer.
Exactement comme Frankie et Johnny recommencent.

Une Histoire de Famille

Elles sont jolies les musiques de Thomas Newman, non ? C'est parce qu'il a beaucoup écouté celles de son cousin Randy, un peu plus vieux que lui. Tout de même, sacré famille ! En plus, le film est presque bon. Dedans il y a James Whitmore qui a toujours été impeccable de " Bastogne" à "Relic".

Avec ce genre de choses Thomas Newman a largement contribué à l'émergence d'un nouveau style de B.O à Hollywood .
Merci Randy !

mercredi 3 décembre 2008

BULL(sh)IT


ABSTRACTION, DROITES, COURBES, GEOMETRIE : OU SOMMES-NOUS ? A SAN FRANSCICO OU N'IMPORTE OU DANS LE MONDE ?

BULLSHIT

Depuis maintenant une quarantaine d'années les images photographiques et filmées ont connu une évolution fulgurante et étonnante. Elles sont devenues autonomes. Avant une image "représentait" une chose, un objet, un visage, un acte, elle était médiane ou média, comme on dit, c'est à dire a la fois objet en tant que tel et trace d'autre chose. Il y avait dans l'image une dimension d'épiphanie, d'apparition, de révélation et finalement d'incarnation mais aussi une dimension purement ludique, fascinante, hypnotisante, captant le regard, qui épuise la première si on n'y prend garde ( Lang l'a bien montré me semble-t-il) c'est l'image du voyeur et de son maître l'exhibitioniste. C'est l'image du manipulateur, l'image crue du pornographe. Les images se sont dénudées, ont perdus leurs habits, leurs interprétations et la distance qu'elles impliquent que les photographes et réalisateurs devaient savamment mettre au point pour qu'on y voit quelque chose, elles sont maintenant de "belles images"(comme dit Scorcese), nues, sans autre justification que cette beauté inhérente qui ne susciterait pas " Le Sens" par "les Sens" (définition de la fonction de l'Art par Bibi) mais seulement d'autres "belles images" à venir. Le média s'est finalement affranchi de son créateur, de ses spectateurs, de la réalité qu'il ne montre plus, qu'il ne fait plus sentir, qu'il rendait tangible par son invention. L'Art c'est l'invention du réel (rebelote). La réalité en retour a foutu le camp, les spectateurs sont devenus fantômes dans une galerie de "looks", de regards perdus à l'infini dans l'entre deux de deux miroirs qui se font face (où être ?), les créateurs d'images ne font plus sens mais sont des générateurs de flashs fluides, d'un continuum de sensations , agréables ou pas mais qui meublent l'entre deux (comme Ikea), ne s'arrêtant jamais (là). Il est toujours midi quelque part dans le monde donc il est toujours midi dans ce flux d'image qui ne renvoie plus qu'à lui-même. L'espace et le temps de chacun se dilate, s'allonge, se perd dans des images rémanentes qui n'en forment plus qu'une, permanente, espace-temps sans cesse refermé sur sa propre clôture, abstrait du réel. Ainsi, il me semble que les gens qui voient trop de ce genres d'images n'arrivent plus à avoir une conscience claire d'une différence entre eux et ce qu'on leur montre et , partant, ont du mal à se forger une représentation du monde ou ils pourraient se penser, se sentir "chez eux" ( "chez eux" la plupart du temps c'est là où il y a leur télé), à affiner leur ressenti et à définir leurs propres images, leurs propres idées, leurs propres envies et les moyens de les mettre en oeuvre. Reste le champ global de la consommation et de la production réduites à leur minimum d'expression et de valeur, comme si nous n'étions plus que des tubes digestifs avec des yeux, salivant ou pleurant en chien de Pavlov aux stimuli ad hoc. Reste le champ infini de la jouissance du voyeur devant de " belles images ".C'est le règne de la télé-réalité, télé devenue substitut de réalité, substitut du désir de réalité, désir de la télé, désir d'être soi-même une "belle image", et de la publicité, image qui ne donne plus à chacun un substrat collectif plus ou moins inconscient, comme le faisait le cinéma et la télé des débuts, mais un simulacre d'appartenance à une collectivité quelconque définie par l'acte d'achat ou les goûts, aussi indiscutables que volatiles. Voila le mot qu'utilisait Baudrillard pour parler de la réalité maintenant : un simulacre, c'est à dire la réalité travestie, "transgendrée", aplatie par l'image devenue enfin elle-même, despotique, surréelle, autonome. Pour tous et pour chacun son image, dans ce déroulant dont nous sommes les victimes terrorisées et excitées par notre naufrage et l'apparition à ce générique de fin du monde de notre nom enfin sous la lumière artificielle de ce Midi éternel.
Tout ça pour parler d'un film qui a participé à cette évolution, l'aggravant et la démasquant tout à la fois, un film intelligent qui nous rend complice de sa propre vacuité par la jouissance que nous éprouvons à presque disparaître avec lui, niés mais consentants ( comme l'est toujours le spectateur de ces "belles images"). Ce film c'est "Bullit" de Peter Yates. Le problème que Yates pose à son héros, interprété par Steve Mac Queen, est celui de savoir s'il va s'opposer au simulacre de justice qu'on lui tend comme un miroir et si finalement il avalera la pillule de sa démission devant un réel en cours de virtualisation dérrière de "belles images" bien proprettes qui peinent à le simuler et dissimulent un merdier bien odoriférant. Problème épineux. Il y va de l'avenir des images, de celui du réel, du nôtre. Dans le film des corps disparaissent ou sont esquamotés ou morts au lieu d'être vivants ou l'inverse, des corps sont des morts-vivants, quoi !, des millions de dollars ont été, sont et resteront virtuels, tout devient abstrait. C'est la que le spectateur s'angoisse et qu'il prend part au films en voyant toutes ces "belle images" Le film serpente, dessine des figures géométriques fascinantes et vides, enchante par la maestria de ses images-cadres de vacuité et nous amène au même problème que le héros. Allons-nous succomber au charme indéniable du simulacre qui est mis en scène, par ceux que Mac Queen affronte et par Peter Yates, avec tout l'artifice et l'attrait voulu et allons nous sombrer, avec Mac Queen, dans ces simulacres morbides que sont l'intrigue du film et le film lui-même ? Dailleurs nous sombrons presque entierement MAIS. ... Il y a un mais, qui s'appelle Mac Queen. Seul, par sa présence marmoréenne, Steve Mac Queen, pourtant icône high-tech décontractée s'il en est, par son corps qu'il ne bouge qu'imperceptiblement, même s'il court par exemple, sauve le monde de sa destinée liquide vers le tout à l'égout. Je n'invente pas grand-chose. A un moment du film Mac Queen tient a peu près ce discours de rempart protecteur face à la pourriture à sa pure et tendre dulcinée, Jacqueline Bisset. C'est peu dire que Mac Queen joue son personnage tout en retenue. L'interprétation qu'il donne est parfaite, on dirait qu'il a une chiasse monstre et qu'il serre les fesses de toute sa puissance pour éviter de se liquéfier sur place comme le monde semble le faire autour de lui. C'est quasiment surhumain mais il parle entre ses dents et tient le coup. C'est un film tout en courbes lentes et langoureuse (ah han), en petites touches insistantes (ah han), en plans fixes stylisés (ah han), sans sentiments (ah han), avec une musique suggestive 70's (ah han) à l'avenant, qui se laisse siroter benoitement et qui nous absorbe tout heureux. Il incite par son esthétique à se laisser couler hors du réel, à laisser faire, à se laisser faire. Ca coulisse bien à San-Franscisco si vous voyez ce que je veux dire. Mais justement de cela, du mal, du sale, de la vaseline et de la merde, tout est dissimulé et l'on va suivre avec anxiété la lutte du héros pour que la réalité existe face à son clonage imagier et suivre en parallel un dispositif imagier semblable qui est le film et qui masque en une apparente beauté toute la misère à survivre du réel. Que va faire Mac Queen ? Il va faire OBSTACLE. Le corps de Mac Queen est un drôle de rempart, puisque lui-même presque entièrement érotisé. C'est dans le "presque" que tient tout le film. Avec son corps "presque" encore là, Mac Queen fait obstacle à la déliquescence morbide ambiante ET à celle que nous vivons en direct en nous noyant dans ces "belles images", au mal que nous devenons. Mac Queen n'est "presque" plus qu'un corps de plus dans le flux des autres estomacs sur pattes mais pas tout à fait. Il lui reste une once d'humanité toute concentré dans sa volonté de fer qui maintient ses sphincters serrés. La question est : tiendra-t-il jusqu'au bout ? et, corollaire, serons nous sauvé du plaisir coupable des amateurs de porno soft, sauvés d'être les témoins consentants et jouisseurs de notre propre décadence voyeuriste ? La question sera tranchée au bout d'une longue courbe, ou plutôt d'une suite interminable de courbes, celles qu'emprunte la course poursuite entre deux voitures, celle de Mac Queen et celle des tueurs à ces trousses. Cette course-poursuite en voiture est le point culminant du film et son condensé express. Elle peut aussi bien s'écouter les yeux fermés que se regarder avidement tant elle est "presque" parfaitement fluide. Il n'y a "presque", presque plus personne. seuls les deux bruits différents des moteurs alternent. On attend avec avidité, mais sans suspense, la fin de la trajectoire qui se terminera par le bruit adéquat, l'explosion de la voiture des méchants, qui nous laissera là, fascinés, avilis mais finalement sauvés de justesse, la bouteille de jus de pruneau à la main et la mâchoire se dessérant lentement. Ouf ! on est passé à "ça", le corps de Mac Queen, de notre réduction à l'état définitif de voyeur-jouisseur et d'une perte totale de conscience de soi et du monde. Merci Steve ! Mac Queen ira encore plus loin dans l'abstraction, la déréalisation ,et presque l'absurde, dans un autre film fascinant : "Le Mans". Un truc insensé mais qui laisse lubrifié comme un go-go danseur à qui l'on tendrait un poing vengeur à la fin de son show. Croustillant, non ?